AU FIL DES HOMELIES

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LE PARFUM DE LA FLEUR

Hb 10, 32-36 ; Jn 17, 11b-19

Vendredi de la deuxième semaine de carême – B

(20 janvier 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous poursuivons ce temps de l’Épiphanie, le déploiement de ce temps de l’Épiphanie que nous proposons dans cette paroisse, avec la célébration des martyrs, des saints Fabien et Sébastien. Fabien, pape au milieu de troisième siècle, et Sébastien, soldat au début du quatrième siècle. Nous poursuivons ce temps de L’Epiphanie par la manifestation de ce grand amour, déjà la croix, qui se révèle dans ces martyrs qui n’ont pas hésité à confesser leur foi. Les martyrs, pour toute l’Église, c’est vraiment un trésor, c’est vraiment quelque chose de très précieux. Ne célèbre-t-on pas d’ailleurs justement l’eucharistie, le don le plus précieux que nous fait le Seigneur, justement sur ces reliques de martyrs, comme vous le savez, il y a des reliques de martyrs dans tous les autels dignes de ce nom, parce qu’on célèbre le don du Christ justement sur le don de ces hommes et de ces femmes qui ont été jusqu’à donner leur vie.

Pour nous, l’horizon du martyre s’est éloigné, nous vivons simplement un martyre à coups d’épingles, comme on pourrait dire, un martyre à petit feu, mais nous avons à cœur quand même de célébrer ces martyrs.

Pourtant, il y a comme une sorte d’interpellation dans l’actualité. Tous les jours, l’actualité nous parle d’un kamikaze qui s’est fait exploser à Tel-Aviv, Bagdad, il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait ainsi quelqu’un, un homme, une femme maintenant, qui aille dans un attentat suicide, faire exploser un bus, une voiture … Alors, on distingue, on dit kamikaze, c’est-à-dire on renvoie là aux avions suicides pendant la dernière guerre au Japon, mais à côté de cela on a aussi des images où l’on voit telle famille qui est heureuse que son fils, sa fille, soit "martyr". C’est une difficulté pour nous, et l’on a du mal à séparer les deux, à comprendre ce qui distingue le martyre chrétien de celui qui par désespoir ou fanatisme, va aller jusqu’à cet acte complètement absurde, et je pense d’abord aux victimes de ces kamikazes.

Je crois qu’on est là dans un registre complètement différent (heureusement que je le pense). Il n’y a jamais eu de martyr chrétien qui se soit fait exploser dans un bus. Ce n’est pas du tout le type de martyr que nous célébrons. Il ne viendrait pas à l’idée de l’Église de célébrer de tels martyrs. On est dans un registre complètement différent parce que le martyr chrétien va se rapprocher de la croix, va se rapprocher du don total du Christ. Le don de la croix, ce n’est pas un acte de désespoir, mais c’est un acte qui va jusqu’au bout. Tous ceux qui approchent le mystère de la croix, justement au pied de la croix sont comme saisis par ce don-là, jusqu’à ce centurion qui dit : "Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu". Un poète a écrit quelque chose qui m’aide à comprendre la différence entre le kamikaze et le martyr chrétien : "La fleur parfume la main qui l’écras"». Je crois que le sacrifice du Christ a comme parfumé, même ses bourreaux, même ses bourreaux ont été touchés par le parfum de la charité de cet homme qui est allé jusqu'au bout par amour pour nous. Je crois que le parfum des martyrs chrétiens se répand jusque dans la main de celui qui l’écrase. On a le témoignage de ce parfum dans les martyrs de Lyon, qui, en allant au martyre, dégageaient une sorte de parfum, le parfum du ciel, mourir en odeur de sainteté.

Je crois que le martyr chrétien est quelqu’un qui dans l’offrande de sa vie, dégage quelque chose de positif, quelque chose qui touche le cœur. C’est peut-être cela qui est le plus frappant et que l’on a une sorte d’articulation. Ce n’est pas simplement l’horreur du carnage, mais on a le parfum d’une fleur qui se répand dans le martyre chrétien. Ce parfum est si fort qu’il touche les bourreaux, il touche le cœur de ceux qui assistent au martyre, et il y a plein d’exemples dans l’histoire des martyrs, mais il touche l’Église encore aujourd’hui. De la même manière que nous vivons encore du parfum du Christ, nous respirons ce parfum de la mort et de la résurrection du Christ de manière particulière à chaque eucharistie, nous en vivons encore, et nous en respirons encore le parfum, de la même manière, unis au parfum du Christ, les martyrs aussi nous donnent aussi un peu de cette manière de se donner.

 

 

AMEN

 

 

 
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