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QU'IL SOIT ADORÉ !

Lc 3, 21-38

Vigiles de l'Épiphanie – C

(5 janvier 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

A

u psaume 66, deuxième de ces Vigiles, nous avons chanté : "Qu'Il nous bénisse et qu'Il soit adoré !" Le temps de Noël et de l'Epi­phanie nous est signifié sur un rythme ternaire. Nous célébrons un don, celui de la grâce de Dieu pour l'humanité, grâce qui a pris chair, chair qui est un visage, visage qui nous illumine. C'était le premier verset du psaume. Nous avons célébré ce don de Dieu, ce don sans mesure, ce don inouï, ce don qui est Dieu Lui-même, l'infini.

Après ce don, et en même temps d'ailleurs, il y a la manifestation du don : "Son Nom sera connu de toutes les nations et son salut manifesté à tous les peuples de la terre." C'était le deuxième verset du psaume. Le Christ est Don de Dieu, Il est grâce, Il est bénédiction de grâce. Et ce don qui a été et qui est encore caché dans le sein de la terre, de l'humanité, doit être manifesté car toute semence doit porter un fruit. Le fruit est la manifestation visible et achevée de la semence cachée qui a germé, qui est morte pour donner ce fruit. Cette manifestation du don de Dieu dans le Christ, nous allons la célébrer ce dimanche dit de l'Epiphanie, ce dimanche des rois d'Orient, le se­cond dimanche de l'Epiphanie celui du baptême de Jésus dans le Jourdain et le troisième dimanche de l'Epiphanie, sa manifestation aux noces de Cana. Le don doit être manifesté.

Mais il y a une troisième étape. "Qu'Il nous bénisse !" Cela est donné, cela doit se manifester. "Qu'Il nous bénisse pour qu'Il soit adoré !" le don, la manifestation, pour l'adoration. C'est le terme de la manifestation, c'est l'achèvement du don, c'est le mo­tif de la grâce de Dieu et de sa bénédiction pour les hommes. D'ailleurs les bergers eux-mêmes, tout pro­ches, ont reconnu ce don lorsque les anges du ciel le leur ont manifesté par leur chant et leur annonce. Les mages venus d'Orient ont reconnu ce don lorsque sa présence leur fut manifestée dans la nuit par l'étoile. Les uns et les autres, en recevant cette manifestation, en reconnaissant ce don, ont abouti à l'adoration.

L'adoration c'est la réponse de l'homme à la bénédiction de Dieu, c'est la réponse de l'homme au don de Dieu, c'est la réponse de l'homme à sa mani­festation. C'est le terme ultime du mystère de Noël, du mystère de l'Epiphanie, de tout chemin humain, que ce soit celui du plus humble berger ou du plus savant des mages, que ce soit celui qui est tout proche de la crèche, que ce soit celui qui en est encore apparem­ment fort éloigné.

L'adoration c'est la destinée même de l'homme, c'est pourquoi c'est l'activité la plus difficile pour l'homme. C'est l'activité la plus difficile pour l'homme parce que c'est celle qui demande la plus grande énergie car, dans l'adoration, il faut savoir ne rien faire, et c'est le plus difficile.

L'adoration à laquelle nous sommes destinés dans la vie éternelle, dans la possession complète du Don, dans l'action de grâces pour sa manifestation, cette adoration peut commencer dès aujourd'hui. D'abord en recevant le don, puis en le manifestant. Et ainsi de ces deux étapes, à l'intérieur même, il y a l'adoration. L'adoration demande que tous les élé­ments constitutifs de l'univers, rassemblés dans l'homme, soient entièrement tournés, entièrement saisis par l'absolu de Dieu. Et cela dans le silence, car c'est la meilleure façon d'harmoniser tout ce qu'est l'homme, dans le silence, dans la pauvreté, dans l'ap­parente absence de Dieu, c'est-à-dire dans sa présence réelle, tel qu'Il veut être au milieu de nous, comme Il fut caché, humble, silencieux et pauvre, dans la crè­che, tant au visage des plus pauvres qu'au visage et au regard des plus riches.

Il ne faut pas oublier l'adoration. C'est se lais­ser saisir totalement par le don et la manifestation de Dieu au cœur de notre humanité. C'est se laisser saisir tout entier par Lui, c'est-à-dire c'est la meilleure façon d'être totalement et sûrement humanisé c'est-à-dire devenir totalement pour Dieu.

Qu'en cette Vigile de l'Epiphanie, nous n'ou­bliions pas que la première démarche des hommes lorsque Dieu s'est fait chair au milieu d'eux et pour eux, ce fut de parvenir à l'adoration.

Que nos chemins, quels qu'ils soient, que les chemins de nos frères, quels qu'ils soient, puissent, eux aussi, parvenir un jour à cette adoration, mais elle commence dès aujourd'hui, a l'instant même où l'homme accepte le don total de Dieu pour lui, que ce don se manifeste à tout ce qu'il est et qu'ainsi il se laisse saisir, se laissant totalement, silencieusement, pauvrement, douloureusement attirer par Celui qui, en étant élevé un jour sur la croix, attirera l'homme dans cette louange éternelle d'adoration.

 

AMEN