AU FIL DES HOMELIES

TRIPLE MANIFESTATION DU MYSTÈRE

Lc 3, 21-38

Vigiles de l'Epiphanie – A

(3 janvier 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e que la fête de Noël nous présentait un petit peu comme à la surface de l'histoire selon le déroulement chronologique des événements, Bethléem, la grotte, Marie, Joseph, les bergers, la fête de l'Epiphanie nous le présente en quelque sorte de l'intérieur. C'est le mystère même qui nous est pro­posé aujourd'hui, ce même mystère, mais dans sa face cachée, sa face intérieure. Plus exactement l'Epipha­nie, la manifestation est l'éclatement, aux yeux des hommes, de cette face intérieure et cachée du mystère de l'Incarnation. Et cette manifestation, cette révéla­tion nous est proposée en cette fête comme un double accomplissement et un dépassement.

Cette fête prend comme événements symboli­ques trois faits de l'histoire de Jésus. Le premier c'est l'adoration des mages à laquelle est plus particulière­ment consacrée la journée d'aujourd'hui. L'adoration des mages, c'est la manifestation de Jésus aux nations païennes. Ces mages, venus d'Orient, d'un pays lointain, n'appartiennent pas à la race d'Israël et en eux, symboliquement, ce sont toutes les nations, qui sont en dehors de l'Alliance avec Abraham, qui viennent à la crèche adorer leur Seigneur. Manifestation aux nations païennes qui est comme l'accomplissement de la création, comme l'accomplis­sement de la toute première alliance, l'alliance natu­relle, l'alliance que Dieu avait faite avec Adam, avec Noé, cette alliance qui précède la naissance d'Israël, cette alliance cosmique qui se manifeste par l'Etoile qui apparaît aux mages et qui les conduit à travers le ciel, alliance cosmique qui nous manifeste le Christ comme le roi, le roi de l'univers, l'accomplissement de cet univers, de toute cette création, des astres et des étoiles, de toutes les créatures qui sont répandues sous le ciel. Et c'est pourquoi cette première manifestation, ce premier aspect de la fête de l'Epiphanie peut être symbolisé par le premier des présents apporté par les mages, l'or, cet or qui vient reconnaître cet Enfant comme le roi, le roi de l'univers. Accomplissement donc de tous ces siècles et ces millénaires pendant lesquels les hommes ont cherché, comme à tâtons, à travers tous les essais des différentes religions natu­relle, ont cherché à saisir quelque chose de Dieu.

Le deuxième événement que célèbre cette fête est le baptême du Christ au Jourdain qui est, à travers la personne de Jean-Baptiste, la manifestation à Israël, la manifestation de Jésus comme le Messie, le Messie promis à Abraham, le Messie promis à David. Et de même que nous chantions "Christ, proclamé chez les païens !" nous chantons aussi : "Jérusalem, sois illu­minée !" Illumination de Jérusalem, accomplissement de l'Alliance de l'Ancien Testament, accomplissement de l'Alliance faite avec Abraham, avec les patriarches avec les rois, avec les prophètes. Cet accomplisse­ment nous manifeste que le Dieu d'Abraham d'Isaac et de Jacob, le Dieu des Pères, ce Dieu nous donne son Fils : "Tu es mon Fils bien-aimé !" Et au Jourdain se révèle que ce Dieu, adoré dans son unité transcen­dante par tout le peuple d'Israël, ce Dieu est Trinité. Il est Jésus baptisé par Jean, Il est la voix du Père, Il est l'Esprit qui descend à la manière d'une colombe. Ac­complissement de l'Alliance cosmique, de l'alliance naturelle avec toutes les nations du monde, accom­plissement de l'Alliance avec Israël, symbolisée par le deuxième présent apporté par les mages, l'encens qui est le parfum réservé à Dieu et qui reconnaît dans cet enfant Dieu Lui-même, Dieu venu sur la terre. "Ah ! si Tu déchirais les cieux et si Tu descendais !" s'écriaient les prophètes. Et bien, c'est fait ! Dieu a déchiré les cieux, Il s'est manifesté, Il est venu nous visiter. "Tu as visité Ton peuple !" et voilà que Jéru­salem est illuminée.

Double accomplissement et puis dépassement aussi. C'est le troisième événement de l'Epiphanie, le premier miracle du Christ aux noces de Cana, quand Il change l'eau en vin et qu'Il se manifeste comme l'Époux véritable, l'Époux de l'Église. Cette fois-ci manifestation non plus aux païens, ni à Israël mais aux disciples qui sont l'Église naissante. Et ce n'est plus un accomplissement mais un dépassement car nous entrons dans "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'es pas monte du cœur de l'homme", l'alliance nouvelle que rien ne permettait d'imaginer ou de prévoir, ni même de sup­poser ou de désirer, cette Alliance Nouvelle qui est le Christ venant épouser l'humanité. C'est cela l'Église. Mais ces noces du Christ avec l'Église ne vont pas s'accomplir seulement dans le symbole de Cana, dans le symbole de l'eau changée en vin. Ces noces ne se réaliseront pleinement qu'à la croix et c'est pourquoi Cana est déjà comme l'esquisse du mystère de la croix où le Christ sera vraiment l'Époux de l'Église née de son côté transpercé. "Mon heure n'est pas encore ve­nue !" dit Jésus à Marie à Cana. Quand son heure sera venue Il épousera pleinement l'Église. Et c'est là le dépassement inimaginable. Jésus n'est pas seulement le roi de l'univers, Il n'est pas seulement le Créateur, Il n'est pas seulement la mort de la croix. C'est là qu'Il sera pleinement l'Époux de son Église, Celui qui donne tout son être à son Épouse. Mystère symbolisé par le troisième présent des mages, la myrrhe, cet onguent qui sert pour ensevelir les morts et qui est offert mystérieusement par ces païens, en pressenti­ment, en prescience de la mort du Christ. Double ac­complissement et dépassement, tel est l'amour de Dieu. Non seulement Dieu, dans le débordement de son amour, nous a créés à son image, non seulement Dieu est venu nous visiter pour se faire l'un de nous, pour se faire notre frère, mais Dieu, pour racheter l'homme déchu, pour racheter l'homme pécheur, Dieu s'enfonce dans les profondeurs de la mort, Dieu revêt le péché, Dieu se fait rédempteur, Dieu porte sa croix. Et c'est là qu'Il épouse le plus profond de notre his­toire, le plus profond de notre existence, ce moment terrible où nous nous sommes séparés de Lui et qu'Il vient racheter, qu'Il vient ressaisir au plus profond de notre péché pour nous réconcilier avec Lui dans un amour plus grand que notre refus d'amour.

Telle est la triple manifestation de l'Epipha­nie, tel est le triple motif de notre joie et de notre ado­ration en ce jour, en cette nuit, tel est ce que nous emportons ce soir dans notre cœur pour le méditer et nous en nourrir.

 

 

AMEN

 

 
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