AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉTOILE DES MAGES DANS LE CIEL D'AUJOURD'HUI

Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.4-9 ; Mt 2, 1-12
Epiphanie - année A (dimanche 4 janvier 1981)
Homélie du frère Michel MORIN


Autun : Le sommeil des mages

Il n'y a guère de personnages aussi connus et aussi populaires dans le Nouveau Testament, que ceux que nous appelons "les rois mages", mais que l'évangile ne fait qu'appeler "les mages". Ils reviennent chaque année, dans la lumière de Noël, le regard toujours plein d'un certain mystère. C'est bien en tant que personnages mystérieux, inconnus, que le monde les as reçus et les reconnaît encore. C'est bien ainsi qu'ils sont entrés par exemple dans le folklore que vous connaissez bien, ainsi qu'ils apparaissent dans la peinture. Et nous savons très bien que depuis des siècles, ils sont présents dans cette peinture de toutes les écoles, avec leurs visages penchés, à genoux devant la crèche, offrant leurs trésors. Ils sont entrés aussi dans la littérature jusqu'en cette années, puisqu'un des derniers romans parus dernièrement est titré : "Gaspard, Melchior et Balthazar", où l'auteur cherche à retrouver l'origine de ces mages mystérieux, et la raison pour laquelle ils sont venus à Bethléem ; son imagination va jusqu'à dire qu'il y avait un quatrième mage et si l'évangile n'en parle pas, c'est qu'il est arrivé en retard. Nous savons aussi que ces mages sont entrés dans la publicité. Le monde les as reçus avec leur halo de mystère, le monde les aime bien, car le monde aime plus les idées, les mythes ou les fables, plus que les personnes. Je ne veux pas dire que les mages ne sont pas des personnages historiques, mais je pense que le monde retient d'eux ce qu'ils ne sont pas vraiment parce que le monde a peur des messages de vérité de tels hommes.

Ainsi dans notre imaginaire, les mages sont des têtes couronnées, ils portent turbans et vêtements chamarrés, et je crains que cet habillement ne cache leur vrai visage et dissimule le fond de leur cœur. Car s'il y avait à retrouver la figure de ces mages, j'aimerais simplement tracer deux traits. Je crois qu'ils ont d'abord été des chercheurs de l'absolu et apparemment, notre monde aujourd'hui n'est guère chercheur d'absolu. Puis, ils ont aussi été des adorateurs silencieux, ce que le monde d'aujourd'hui, en son apparence vous en conviendrez, est encore moins.

Chercheurs de l'absolu, ces mages lointains ont un compatriote, qui s'appelle Abraham. Un jour, lui aussi s'est mis en marche parce qu'il avait regardé le ciel en y découvrant une multitude d'étoiles et que Dieu dans son cœur, lui avait dit : "Pars, seul, tu auras une descendance aussi nombreuse que les étoiles qui brillent dans ta nuit". Il était parti jusque vers la Palestine, et c'est toujours en scrutant les astres du ciel dans la nuit de leur terre, mais aussi dans la nuit de leur cœur, que les mages sont partis, parce qu'ils avaient discerné une lumière plus forte, une lumière vivante, une lumière qui les attirait de sa splendeur. Ils ont aimé cette lumière qui venait du ciel, ils l'ont suivie avec cet entêtement de ceux qui croient en leur étoile. Cette étoile les a conduits à une lumière beaucoup plus grande, plus mystérieuse, plus splendide, qui n'était plus dans le ciel, mais qui brillait sur le visage de l'Enfant de Bethléem et illuminait la terre.

Alors, ces chercheurs de l'absolu ont rencontré Dieu, et comme dit le prophète : "La Gloire du Seigneur a resplendi sur leur visage". Ils ont cherché Dieu avec ce qu'ils étaient. La tradition dit qu'ils étaient astrologues, c'est possible, c'est dans le ciel en tout cas, qu'ils ont vu ce signe de Dieu, et pas sur leur propre terre enténébrée de nuit.

Ils furent aussi des adorateurs silencieux, car dès qu'ils sont arrivés, ils n'ont rien dit, ils se sont prosternés. Nous, nous aurions commencé par discuter, peut-être demander des nouvelles de l'Enfant, comment Il était né, comment cela s'était passé, qui était Marie, d'où ils venaient, etc... Et puis, nous aurions raconté notre voyage, pourquoi nous étions partis, tous les gens que nous avions rencontrés, et surtout toutes les questions que notre cœur nous posait dans la nuit, sans que notre intelligence trouve des réponses. Oh ! nous aurions parlé longtemps, longtemps avec la vierge Marie. Je ne suis pas sûr qu'elle aurait répondu. La première attitude de ces mages, c'est l'adoration et le silence. Pour nous aujourd'hui, c'est une sérieuse leçon. Nous n'avons d'eux qu'une seule parole, lorsqu'ils répondent à Hérode, ils expriment simplement leur foi, car ce n'est rien d'autre : "Nous avons vu son étoile, nous cherchons le Roi d'Israël. Où est-Il ?" C'est une profession de foi, une conviction qu'ils affirment devant celui qui était opposé dans son cœur à la venue d'un autre roi, car il pensait qu'il se ferait détrôner. Mais sur son trône de gloire humaine, il n'avait rien à craindre.

Cet épisode des mages peut nous paraître lointain, enrobé de tradition et de folklore. Nous avons peut-être une vue de la crèche qui est aussi éloignée dans le temps, et je ne suis pas sûr que si nous regardions les étoiles dans le ciel, nous en verrions une qui puisse nous attirer comme celle des mages. Mais cet évangile est proclamé aujourd'hui : Dieu né à Bethléem n'a pas quitté le monde. Nous le savons très bien, nous croyons qu'Il est toujours là ce Dieu qui s'est fait petit enfant. Il est toujours petit, non plus physiquement, mais parce que nous lui laissons une place bien étroite dans notre cœur et dans notre monde. Dieu est là, la crèche n'est pas fermée, Dieu est toujours présent au cœur de notre humanité. Les mages marchent encore sur nos routes, car il y a tant d'hommes et de femmes, jeunes ou âgés qui sont eux aussi à la recherche de l'Absolu, qui le cherchent aussi dans les étoiles ou dans les horoscopes, je ne sais pas. Il y a aussi tant d'hommes dont le fond du cœur reste silencieux, en deçà des bruits du monde, en deçà de leur propre parole peut-être et qui cherchent un Dieu à adorer, pas simplement à utiliser, qui cherchent dans cette adoration leur véritable attitude d'homme qui n'est pas simplement d'être debout ou de se battre, mais qui est d'être à genoux devant un Dieu qui est plus petit que nous. Oui, frères et sœurs, des hommes au visage des mages et au cœur des mages, il y en a beaucoup, attirés par une lumière, mais qui seront peut-être perdus dans la nuit de notre terre, parce que la lumière qu'ils ont trouvé a disparu, et peut-être que dans cette église, parmi nous, il y a ces hommes-là.

La crèche, les mages, mais il manque une troisième réalité pour les réunir : l'étoile. La foi chrétienne a commencé sous le signe des étoiles, comme je le rappelais tout à l'heure lorsque Abraham a contemplé le ciel et que son cœur s'est réjoui à la perspective d'avoir une postérité aussi nombreuse que les étoiles. Les mages ont quitté leur terre lointaine toujours attiré par une étoile. Frères et sœurs, aussi sombre que soit notre ciel aujourd'hui, aussi nuageux que soit l'horizon sur notre terre, ce n'est pas la peine d'épiloguer sur tous les nuages, sur toutes les tristesses, sur toutes les ténèbres de notre cœur, de notre monde, car je crois qu'il y a toujours une étoile dans notre ciel, que cette étoile, c'est l'Église de Dieu, c'est nous-mêmes. Cette étoile n'est pas simplement unique comme celle des mages, mais elle a la multitude des visages des croyants, et que si les hommes se perdent aujourd'hui, si les hommes n'arrivent pas à trouver la crèche, à parvenir jusqu'à Bethléem, c'est parce que l'étoile dans le ciel qui devrait leur faire signe est trop enténébrée, c'est parce que nos visages ne sont pas assez illuminés de la splendeur du Seigneur, c'est parce que nous sommes des miroirs ternis par le péché et l'indifférence qui ne reflètent plus Dieu de Dieu? Oui, nous sommes l'Église de Dieu, nous sommes nés de la lumière dans note baptême, et nous sommes à la suite du Christ, lumière du monde, c'est Lui qui nous l'a dit, nous sommes étoiles, nous sommes cet astre que Dieu ne cesse de faire se lever dans l'orient et la nuit de notre monde, pour éclairer les hommes qui marchent dans la ténèbre, à la recherche de Dieu. Nous nous sommes réjouis ensemble, en cette période de Noël, de la beauté de Dieu venu sur notre terre. Et nous avons raison de nous réjouir, nous ne devons pas en avoir honte, mais nous devons peut-être avoir honte de nous réjouir tout seul de notre bonheur et de cette lumière.

Frères et sœurs, que cette fête de l'Épiphanie nous rappelle que nous sommes lumière du monde, dans un monde où Dieu est venu pour attendre les hommes, les rassembler en adoration au pied de la crèche, dans un monde où Il nous a envoyés comme des enfants de la lumière, afin que nous puissions briller de la splendeur de son amour, révélant ainsi la Gloire du Seigneur qui s'est levée sur le monde et que toutes les nations sont appelées à la clarté de son aurore.

AMEN

 
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