AU FIL DES HOMELIES

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LA VÉRITÉ DE DIEU, LA DIGNITÉ DES MAGES ET LE MENSONGE D’HÉRODE

Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.4-9 ; Mt 2, 1-12
Epiphanie - année B (dimanche 3 janvier 1982)
Homélie du frère Michel MORIN


Saint Jean de Malte : Epiphanie 2008-2009

Un procurateur romain avait un jour posé cette question au Fils de Dieu : "Qu'est~ce que la vérité" ? Puis, il s'était lavé les mains. Réponse du Fils de Dieu : le silence. Puis, quelques heures après, "inclinant la tête, Il livra son Esprit". Jésus-Christ, Fils de Dieu, Parole de Dieu faite chair, avant sa mort priait ainsi pour ses disciples : "Père, consacre-les dans la Vérité, Ta Parole est Vérité". Qu'est-ce que la vérité ? Question que tout homme se pose, non pas une fois dans sa vie, mais probablement tous les jours, pour peu qu'il ouvre un peu les yeux sur lui-même et sur le monde. La vérité ? Une réalité bien difficile à saisir dans un monde où comme nous le disons souvent, tout change, mais il y a vingt-cinq siècles, le vieux philosophe grec Héraclite disait aussi que tout change. Dans un monde où la pensée est infectée par cette mode de la critique qui veut absolument tout passer au peigne fin pour démonter les choses et les êtres, tant et si bien que quelqu'un qui ne critiquerait pas ce qu'il a reçu serait surpris en flagrant délit de ne plus penser. Dans notre monde, l'intelligence est gangrenée par le scepticisme qui engendre le doute, pour lequel rien n'est accepté, tout est trituré, voire dénaturé, ce scepticisme, ce doute qui se répandent dans la recherche philosophique à un degré tel que tout courant se prévaut d'être une philosophie du soupçon. Et même pour nous, chrétiens, qui croyons en la vérité, il nous arrive bien souvent de la relativiser en fonction du devenir, de ce que nous nommons le sens de l'histoire, en fonction des conditions ou des conditionnements, et même parfois, nous réduisons cette vérité à notre propre sincérité, pensant qu'il suffit d'être sincère pour être dans le vrai, ce qui est faux.

Frères et sœurs, c'est en regardant les mages que nous allons essayer de suivre avec notre cœur et notre intelligence le chemin qui mène vers la vérité, afin d'en vivre. "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie" proclame Jésus. Les mages viennent d'Orient, de cette Perse qui est un des creusets de la culture, de la civilisation et de la pensée, aussi sont-ils en quête d'une vérité philosophique. Les mages, étudiaient le ciel, les astres, pour connaître les lois du monde, ses secrets, sa destinée peut-être, ils avaient dans le cœur cet intérêt pour une vérité scientifique. Mais ce n'est pas de ces vérités-là qu'ils sont aujourd'hui, pour nous, les messagers. Ils sont témoins d'une autre vérité, cette vérité que l'homme ne peut pas saisir dans sa totalité, mais qu'il cherche cependant à différents plans et différents niveaux, celui de la philosophie, celui de la pensée ou celui de la vérité morale tout en sachant bien que son cœur n'est jamais comblé, qu'il se cherche sans cesse lui-même, bien souvent se perd, jamais ne se trouve de façon satisfaisante. Le pape Léon le Grand, au cinquième siècle, écrivait dans un sermon pour la fête de l'Épiphanie : "Oh l'admirable foi et l'admirable science très éclairée ! ce n'est pas la sagesse d'ici-bas qui a informé les mages, c'est l'Esprit Saint qui les instruit avant leur départ, sur la qualité de Celui qu'ils allaient trouver ; les yeux fixés sur l'astre qui les guide, la lumière de la grâce les conduit à connaître la vérité".

En arrivant à la crèche du Seigneur les yeux pleins de lumière et de joie, ils ouvrent leurs trésors, pensant faire à cet enfant de don de ce qu'ils ont de meilleur, mais en vérité, ils ouvrent leurs cœurs pour recevoir le don de Dieu". Or quel est ce don de Dieu ? c'est celui de sa vérité faite chair en Jésus-Christ : "Christ s'est manifesté dans la chair, Christ proclamé chez les païens, Christ cru dans le monde". En Jésus-Christ et en Jésus Christ seul, Dieu nous a révélé, et nous a donné la vérité unique, la vérité immuable, la vérité définitive, Jésus-Christ est le commencement et la fin, l'alpha et l'Omega, en Lui se récapitulent tous les mystères et l'histoire du monde. C'est en cette vérité qu'est Jésus-Christ, que nous puisons, comme dit saint Paul, " la vie, le mouvement et l'être". Cette vérité de Dieu déposée en Jésus-Christ, c'est vers elle que nous marchons, comme le point sublime de notre destinée, car elle nous relie directement avec notre fin, puisque nous avons été créés à l'image du Fils et nous sommes destinés à la ressemblance avec ce Fils unique "plein de grâce et de vérité". Cette vérité de Jésus-Christ, Dieu nous l'a donnée une fois pour toutes. Il ne nous l'a jamais reprise, nous la possédons, nous possédons la vérité de Dieu, non pas comme quelque chose que l'on s'accapare en le retenant jalousement, mais parce que nous avons été baptisés dans l'Esprit Saint, l'Esprit de vérité dont saint Jean dit "qu'il nous conduit à la vérité tout entière". Nous possédons cette vérité comme une source en nous de désir, de connaissance et d'amour de Dieu. Car cette vérité de Dieu, il nous faut l'aimer, la désirer, la fréquenter, nous devons nous en revêtir le plus totalement possible, car si elle nous permet de connaître Dieu Elle nous permet aussi et elle seule, d'être vraiment hommes. Car, voyez-vous, frères et sœurs, le moment de leur vie où les mages ont été le plus hommes, le plus humains, le plus dignes, le plus libres, c'est lorsqu'ils étaient à genoux devant leur Seigneur, en l'adorant, en Lui offrant tous leurs biens. A ce moment-là, et à ce moment-là seulement, les mages ont été en vérité des hommes. Saint Irénée écrivait : "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant" souvent nous citons cette phrase de Saint Irénée, comme si nous avions peur de la suivante car il ajoute : "La vie de l'homme c'est la vision de Dieu". Voilà la dignité, la grandeur, l'humanité des mages devant la crèche : car ils sont à genoux et ils le voient leur Dieu. C'est cela la dignité première, la liberté ultime et la destinée de chacun d'entre nous.

Cette vérité, frères et sœurs, nous a été donnée par Dieu. Elle a été confiée à l'Église, saint Paul écrivait dans sa première lettre à Timothée : "L'Église est le fondement et la colonne de la vérité". Dans l'Église, ensemble, il nous faut croire en cette Vérité et l'aimer pour l'approcher le plus possible. La vie chrétienne, est cette approximation de la vérité, approximation, non pas dans le sens d'un à peu près, mais dans le sens du plus près possible. Dans la mesure où nous serons proches de Dieu et de son Christ, dans la proximité de la vérité, nous serons vraiment homme et vraiment, chrétien. C'est cette vérité-là, et elle seule qui a conduit tant d'hommes, tant de femmes et tant de jeunes au martyre. Qu'est-ce que le martyre si ce n'est le témoignage pour la vérité de Dieu, et non pas celle des hommes. Qu'est-ce que le martyre ? C'est ce moment ou dans la vie d'un homme, la Vérité de Dieu atteint son paroxysme de réalité et de présence si bien que tout autre valeur, même la vie, y est soumise. Dans de très nombreux textes de l'Église primitive, je pense au récit du martyre de Saint Polycarpe ou aux lettres d'Ignace d'Antioche marchant vers son martyre à Rome, nous saisissons avec une profondeur aiguë que, pour les premiers chrétiens, l'homme le plus digne, l'homme le plus grand, le plus beau, c'était celui qui dans sa mort acceptait de manifester que Dieu est seul vérité pour lui et pour le monde. Le martyre c'est la condition permanente de tout chrétien, car le chrétien est un témoin de cette vérité, martyre veut dire ultime témoignage à cause de cette vérité. Le martyr, c'est celui qui refuse d'adorer et de servir la créature de préférence au créateur. Le martyr, c'est celui qui refuse de troquer la vérité de Dieu contre le mensonge.

Le pape Jean-Paul II, dans son message de paix pour le premier janvier dernier, écrit que "la violence est un mensonge". Mais nous pourrions dire aussi que le mensonge est une violence, une violence contre la vérité de Dieu, et par conséquent contre la vérité de l'homme. Et remarquez bien que l'attitude d'Hérode dans l'évangile que je viens de proclamer, c'est exactement celle du mensonge. Dans un superbe et secret raffinement d'hypocrisie, en parlant avec zèle d'adoration, Hérode offre son concours pour aider les mages à trouver le Roi des juifs, tout en machinant dans son cœur l'assassinat de l'auteur du salut, c'est-à-dire la destruction de la vérité au nom d'un pouvoir temporel qui ne tolère pas que des hommes puissent s'agenouiller devant d'autres valeurs que celles qu'il veut représenter. Hérode n'est pas mort. Aujourd'hui encore, des hommes ou des systèmes parlent avec zèle de liberté, de promotion et de paix, mais dans leur cœur, ils machinant l'assassinat de ces hommes pour détruire la vérité dont ils sont porteurs. La vérité de Dieu, la dignité des mages, le mensonge d'Hérode, vraiment, frères et sœurs, l'évangile est d'une lumineuse actualité. Et ceux qui disent que l'évangile n'a rien à voir avec le monde d'aujourd'hui, je voudrais bien savoir de quel évangile ils parlent, sûrement pas de celui-là.

Au cours de cette eucharistie, nous prierons les mages, oui, pourquoi pas, ce n'est pas habituel de prier les mages, c'est regrettable. Ils ne sont pas au calendrier des saints, et pourtant, ils le mériteraient bien. Nous allons prier les mages pour qu'à leur suite nous sachions nous prosterner devant l'unique vérité qui demeure le corps et le sang de Jésus-Christ. Nous allons prier les mages pour que chacun dans l'Église, quelles que soient sa place et son ministère, vive de la vérité de Dieu et en témoignons sans honte et sans peur, sachant bien que cette vérité de l'homme est manifestée et vient de la vérité de Dieu. Nous prierons aussi les mages pour qu'ils nous aident non seulement à condamner le faux dans ses effets et ses conséquences, et à le dénoncer dans ses causes qui ne sont pas toujours les mêmes. Nous prierons les mages pour qu'ils nous aident, à leur exemple à ne pas retourner auprès d'Hérode, pour ne pas frayer, pour ne pas flirter avec ce mensonge qui détruit la vérité en assassinant l'homme, mais à vivre sur un autre chemin. Puisque cet évangile nous est donné en ce premier dimanche de l'année, nous le garderons vivant, très vivant dans notre cœur et notre conscience de chrétiens. Nous redirons souvent, sans doute comme les mages ont appris à le murmurer, ce verset du psaume 42 : "Envoie ton Esprit et ta vérité, qu'ils soient mon guide, et me conduisent au lieu de ta demeure".

 

AMEN


 
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