AU FIL DES HOMELIES

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LES TROIS CADEAUX

Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.4-9 ; Mt 2, 1-12
Epiphanie - année A (dimanche 3 janvier 1999)
Homélie du frère Bernard MAITTE

 

Frères et sœurs, quelle différence y a-t-il, j'es­père que vous aimez les devinettes, quelle différence y a-t-il entre Noël et l'Épiphanie ?

Vous pourriez certainement avoir une multi­tudes de réponses, j'en ai, bien, bien sûr, une, mais qui conviendra peut-être pas. Et l'on pourrait au premier abord se dire : "C'est au moins simple, le premier on fête vraiment le jour de la naissance de Jésus, on fête le jour où les bergers sont venus le contempler, l'ado­rer, et puis le jour de l'Épiphanie on fête cette mani­festation, c'est ce que veut dire ce mot "Épiphanie", on fête cette manifestation aux rois venus des diffé­rents points de l'horizon, et plus particulièrement de l'Orient.

On pourrait aussi répondre que la fête de Noël est plus prisée chez les occidentaux et que notre manière de comprendre les choses comme de les célébrer a été axée plutôt autour de la fête de Noël, de la naissance, de l'Incarnation du Fils de Dieu, et que l'Occident ainsi a su mettre en honneur cette réalité de la présence du Fils de Dieu dans la chair, alors que l'Orient a plutôt développé dans sa liturgie, comme dans sa manière de comprendre ce mystère de l'Incar­nation du Christ par le fait que le Christ se révèle, qu'Il se laisse voir et qu'Il se manifeste, et qu'à travers cette Épiphanie aux mages, il y a ainsi tout le dessein de salut et toute la révélation d'un Dieu qui, depuis fort longtemps veut se montrer aux hommes, veut se laisser voir, et comme l'annoncera saint Jean : "Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu et tou­ché du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons".

En fait si l'on voulait faire une différence en­tre Noël et l'Épiphanie, peut-être effectivement il fau­drait partir là-dessus. Ce ne sont, en définitive, que les deux versants d'une même réalité, c'est comme si je vous demandais de me dire la différence entre le versant nord et le versant sud de la Sainte Victoire. Effectivement, il y a quelques différences. Effectivement il y en a un qui est fait de quelques arbres, un petit peu plus à l'ombre, on ira cueillir sa mousse, ses champignons et de l'autre côté c'est plus raide, c'est plus escarpé, mais plus ensoleillé et ça nous laisse voir la blancheur de la pierre. Cela dit, il faut les deux côtés des versants pour avoir la réalité même de la Sainte Victoire.

Quelle différence y a-t-il entre Noël et l'Épiphanie ? Pas plus qu'il n'y en a entre le versant nord et le versant sud de la Sainte Victoire. Donc nous célébrons, c'est encore Noël, dans cette fête de l'Épiphanie. Mais il ne faut pas penser qu'avec cette fête de l'Épiphanie, nous allons simplement mettre un point final et que nous aurons ainsi vu les deux ver­sants de la fête et que tout sera terminé. Même si la liturgie n'a pas redéployé entièrement, à l'heure actuelle, dans la réforme tout le mystère de l'Épiphanie, il n'empêche que ce mystère même de la célébration de l'Épiphanie ne s'arrête pas avec la venue des mages qui contemplent l'Enfant Jésus. En effet, le concile de Vatican II a notamment remis en honneur la fête du baptême du Christ et cela ne se retrouve (et c'est peut-être un peu dommage), cela ne se retrouve qu'une année sur trois. On a la lecture des noces ce Cana qui, dans la conception même de la liturgie est aussi la manifestation du Christ aux hommes. Tant et si bien qu'une des plus anciennes antiennes, c'est-à-dire comme un refrain que l'on chante dans l'Office est une antienne qui justement développe ce mystère de la visite aux Ma­ges, du baptême du Christ et des noces de Cana. Et cette antienne dit, on la chante aux Vêpres tous les jours : "Nous célébrons trois mystères en ce jour, donc au jour de l'Epiphanie. Aujourd'hui l'étoile a conduit les Mages vers la crèche, aujourd'hui l'eau fut changée en vin aux noces de Cana, aujourd'hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver Alleluia ! "

Cela semble très intéressant d'avoir en tête qu'aujourd'hui, jour de l'Épiphanie, nous n'avons pas une fête simplement, je dirais que, aux yeux de cer­tains tient presque du folklore, mais nous avons une fête qui ne cesse de renvoyer les différents aspects de l'Incarnation du Christ en ce monde, qui ne cesse de redéployer le salut apporté par la naissance de Jésus. Et aujourd'hui, ce ne sont pas simplement les mages que nous célébrons, découvrant l'Enfant Jésus dans la crèche, mais aussi le fait que Jésus a accepté d'être baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain et qu'Il se manifeste dans cet événement, comme dans l'événe­ment de l'eau changée en vin aux noces de Cana, Il se montre, Il se laisse voir, Il se manifeste, c'est l'Épi­phanie.

La richesse de l'Epiphanie est très grande, je dirais, elle est aussi grande que les trois symboles que nous avons en tête lorsque nous célébrons l'Épipha­nie: "Le symbole de l'or, de l'encens et la myrrhe", ces trois présents que les mages offrent à Marie et à son Enfant. Ils ont, comme tout symbole, une interpréta­tion. On pourrait, bien sûr s'arrêter à la réalité pre­mière et dire : "Quand on vient voir quelqu'un, on lui apporte des petits calissons pour lui souhaiter la bien­venue", et là les mages ont apporté ce qu'ils avaient, ils ont apporté leur or, leur encens et leur myrrhe. Ce sont des biens précieux, mais ce sont surtout, pour nous, ce sont trois symboles : c'est le symbole de l'or offert au Messie, c'est Celui qui est reconnu comme le chef, comme le roi, comme celui qui a le pouvoir, Celui qui doit conduire, à celui qui doit être le pas­teur, à celui qui doit exercer le gouvernement est re­mis l'or, le signe même de la puissance, celui de la richesse et de l'exercice de la cohésion d'un peuple, de son gouvernement. Et cet or ainsi offert à l'Enfant Jésus nous rappelle cette peur même qu'a Hérode que Jésus est vraiment le chef, le pasteur, Il ne l'est pas à la manière des rois comme Hérode, mais Il est bien le Messie, Il est bien celui qui doit conduire le Peuple, toutes les nations, comme le dit le prophète Isaïe : "Viendront auprès de Lui et déposeront de l'or à ses pieds".

Il y a l'encens. Et l'encens renvoie à autre chose, l'encens est un parfum, une résine que l'on fait brûler et qui s'élève dans le ciel. Et de tout temps l'en­cens a été attribué à la divinité. Il signifie cette es­sence divine qui est au ciel, parce que le ciel est im­mense, qu'il est grand, qu'il nous dépasse, comme tous les anciens imaginent Dieu, le plus grand, le plus éternel, celui qui dépasse toutes les réalités, ce vers quoi l'homme aspire, ce vers quoi le désir de l'homme est tendu. Et c'est pourquoi, en offrant l'encens, on reconnaît dans la faiblesse de la chair ce petit Enfant qu'Il est réellement Fils de Dieu. Il est Celui qui mani­feste ainsi la grandeur et la toute-Puissance de ce dé­sir que les hommes ont de reconnaître, de voir et de contempler Dieu Lui-même.

Il y a la myrrhe. La myrrhe, c'est un parfum et comme tous les parfums, le parfum s'adresse aux sens, il s'adresse au corps, il s'adresse à l'intimité de l'être parce que sentir et connaître le parfum de quel­qu'un, le parfum même de sa peau, c'est rentrer dans l'intimité de l'être, c'est connaître sa corporéité. La myrrhe est offerte pour reconnaître en l'Enfant Jésus qu'Il est réellement homme, Il ne fait pas semblant, Il ne fait pas exprès d'être une image d'homme, mais Il est réellement incarné, n a pris chair, n est dans la plénitude de l'humanité, capable de dire par son corps, ses gestes, par sa voix et par ses yeux toute la grandeur et la beauté d'un Dieu qui aime l'humanité, qui dit aussi la fragilité et la beauté de l'humanité. Et c'est pourquoi aussi dans l'Antiquité, on oignait le corps qui venait de mourir de ce parfum de myrrhe, pour dire justement à la fois cette fragilité et la beauté de ceux qui nous quittent.

De l'or, de l'encens et de la myrrhe. De l'or, de l'encens et de la myrrhe pour manifester tout ce qu'est l'Enfant Jésus : n est vraiment le Roi et le Messie. Il est vraiment le Dieu par excellence, Tout-Puissant, Eternel et qui nous dépasse, et Il est réellement l'homme qui se manifeste, qui se dit dans le concret de toute vie d'homme. Et cela nous renvoie exacte­ment à ce qu'est l'Épiphanie et que l'antienne des Vê­pres de l'Épiphanie nous révèle. C'est aujourd'hui que le Christ se manifeste à toutes les nations parce que les mages sont le symbole de toutes ces nations. Comme le dira l'Apocalypse : "D'un peuple de toutes races, de toutes langues, de toutes couleurs, de toutes cultures, pourrait-on ajouter capable de recevoir, dans cette réalité même tout ce qu'est Dieu". Il est notre chef, Il est notre guide, Il est notre pasteur, Il est celui qui, comme une lumière dans la nuit, conduit. Il est celui qui révèle que tous les désirs des hommes et, quelle que soit leur origine, et bien tous les désirs des hommes se retrouvent en Lui, dans le bonheur et dans la plénitude qu'ils recherchent. Il a ce pouvoir d'être réellement le guide. Il a réellement ce pouvoir que, pour tous les hommes il y ait une possibilité d'univer­salité. Nous dirions tout simplement aujourd'hui de catholicité aussi. Il est aussi vraiment Dieu, et par son baptême, c'est le deuxième volet de l'Épiphanie, par son baptême c'est bien ce qui se passe lorsque la voix du Père retentit dans le ciel et qu'elle dit : "Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, mon Élu, en qui j'ai mis tout mon Amour" et que, sous forme d'une colombe, l'Es­prit Saint vient sur le Fils, c'est pour manifester tout ce qu'est Dieu, un Dieu d'Amour, un Dieu de relation, donc un Dieu trinitaire, et cet être-là est bien Dieu Lui-même, manifesté à son peuple d'Israël qui atten­dait la venue du Messie et qui découvre qui Il est. Il est le Fils de Dieu et Il appelle à la conversion.

Et ce troisième volet qui nous fait prendre conscience de ce qu'est vraiment Dieu Incarné, c'est celui des noces de Cana et cette symbolique du par­fum. Dieu épouse notre humanité, comme un époux épouse une vierge. Dieu se fait proche, Dieu rentre dans l'humanité parce qu'Il entre en intimité et Il creuse avec chacun des hommes une relation proche, une relation sensible, une relation, je dirais presque affective, parce que corporelle, parce que incarnée et c'est tout le mystère du troisième volet de cette épi­phanie.

Frères et sœurs, pour nous, c'est important parce que, vous le voyez, l'Épiphanie, cela va très loin, cela ne va pas simplement que jusqu'aux mages, cela ne va pas simplement que jusqu'au peuple d'Israël qui se doit de reconnaître le Fils de Dieu, cela ne va pas simplement aux quelques participants des noces de Cana, mais cela nous atteint aujourd'hui parce que le salut de Dieu est bien pour tous les hommes. Nous aimons aujourd'hui, dans notre monde culturel que nous aimons tisser d'ailleurs de différents éléments, la France ne s'est-elle pas reconnue comme capable d'unir des hommes de toutes races et de toutes langues, voire de tous peuples au lendemain du 12 juillet, mais depuis fort longtemps le salut est proposé à tous les hommes, et sans que cela soit confusion des peuples ou des cultures ou des races, mais bien comme quelqu'un capable de donner sens à ce monde. Et depuis fort longtemps le peuple d'Israël n'est-il pas le témoin de la mémoire vivante d'un Dieu qui s'était révélé dans l'histoire et que, parce qu'il y a ce mémorial et cet enracinement profond, Dieu nous dit notre avenir. Il nous dit d'où nous venons parce qu'Il nous dit où nous allons. Nous sommes, nous aussi, appelés fils de Dieu par notre baptême et à manifester aux hommes d'aujourd'hui ce mystère de l'Épiphanie. Et c'est cela aussi qui dans le troisième volet dit le sens même de notre assemblée et de ce qu'est l'Église : l'Église est l'épouse du Christ, l'Église est là pour dire combien Dieu est concret, Dieu est proche, Dieu est réel, Dieu est sensible, Dieu est parmi nous, Dieu est capable encore de nous donner son corps et son sang, c'est cela qui nous est révélé à travers le mystère des noces de Cana et à travers cette Épiphanie que nous fêtons.

Alors, frères et sœurs, il y a derrière tout cela un enjeu, c'est de savoir quel est le Dieu que nous manifestons. Si vous Le réduisions simplement à l'or ou à un Dieu universel, nous n'aurions pas ce qu'est réellement Dieu. Si nous avions simplement le Tout-Puissant, le Dieu à qui l'on offre notre encens, nous n'aurions pas pleinement le Sauveur. Si nous avions simplement le Dieu qui n'est plus un Dieu, tellement Il se fond dans notre humanité, qu'Il est tout au plus quelqu'un qui a dit un peu meilleur ou semblable à d'autres prophètes ou à d'autres réalités divines, nous n'aurions pas celui qui est capable de rassembler tous les hommes en un seul peuple.

Or, frères et sœurs, nous ne pouvons pas faire l'économie d'un Dieu dont les symboles le l'or, de l'encens et de la myrrhe veulent dire toute la réalité. Donc la fête de l'Épiphanie ne s'arrêtant pas, ni à l'universalisme, ni à la divinité, ni à l'intimité mais au contraire nous renvoyant à toutes ces dimensions, nous dit ce Dieu à la fois puissant et proche, ce Dieu capable de sauver, mais de sauver parce qu'Il naît aujourd'hui dans notre humanité, encore faut-il en avoir conscience pour que la manifestation ou l'Épiphanie du Seigneur peu à peu puisse toucher le cœur de tous les hommes, pour que chaque homme puisse se reconnaître, lui aussi, manifesté fils de Dieu. Que l'homme, la femme, la terre, le ciel, l'Église et le monde soient réconciliés dans la manifestation d'un Dieu qui nous aime et qui nous le montre.

 

 

AMEN

 

 
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