AU FIL DES HOMELIES

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 A TRAVERS LE PEUPLE D'ISRAËL LE MYSTÈRE DU CHRIST EST RÉVÉLÉ AUX PAÏENS

Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.4-9 ; Mt 2, 1-12
Epiphanie - année A (dimanche 2 janvier 2011)
Homélie du frère Jean-Philippe REVEL


L'olivier franc
Frères et sœurs, la nuit de Noël, nous avons accompagné Marie, Joseph dans l'étable, nous avons vu naître le Fils de Dieu qui s'est fait homme, nous avons adoré avec les bergers. Maintenant l'Église nous invite à entrer plus profondément dans ce mystère, à découvrir ce que signifie la naissance de cet Enfant qui n'est pas seulement enfant d'homme, mais qui est aussi l'Enfant de Dieu.

Aujourd'hui, nous commençons la contemplation, l'écoute de la manifestation du Fils de Dieu dans une chair d'homme. Aujourd'hui cette manifestation se concrétise dans la démarche des mages païens venus d'Orient, qui, à la suite d'une étoile, s'avancent à la recherche de celui qui est l'Astre radieux du matin. Ils vont se prosterner devant cet Enfant au milieu de cette crèche, ils vont se prosterner comme devant un Dieu. Dimanche prochain, nous continuerons ce parcours de la manifestation de Jésus avec la fête du Baptême du Christ, commencement de la vie publique, quand la voix du Père proclamera qu'il est le Fils Bien-Aimé en qui le Père a mis tout son amour. Le dimanche d'après, nous continuerons cette manifestation avec le premier miracle de Jésus qu'il a accompli à Cana de Galilée, et où il a en quelque sorte, déjà épousé l'Église, la communauté naissante de ses disciples.

Aujourd'hui donc, c'est avec les mages que nous sommes conduits vers celui qui est l'Astre du matin. Ces mages sont des païens, ils n'appartiennent pas au peuple d'Israël, ils viennent de très loin, du fond de l'Orient. On les appelle quelquefois les "rois mages", mais ce ne sont pas des rois, ce sont des chercheurs de Dieu, ce sont des gens qui cherchent dans la nature, dans l'univers, des signes de la présence de Dieu. C'est pourquoi cette étoile leur a été adressée et elle les a conduits ainsi pas à pas jusqu'à Bethléem. Ce sont des païens, et il est très important et très intéressant de voir que saint Matthieu, dès le deuxième chapitre de son évangile, nous manifeste que Jésus est venu pour les païens. Il n'est pas venu pour Israël seulement, mais aussi à travers Israël, pour atteindre tous les peuples païens. Après avoir vu l'adoration des mages, nous avons entendu qu'ils sont retournés pas un autre chemin sans prévenir Hérode qui, pour se débarrasser de ce rival qu'il craint, fera tuer tous les enfants de Bethléem, de deux ans et en dessous. A ce moment-là, Joseph, sur l'ordre de l'ange, prendra l'Enfant et Marie et partira en Égypte, ce qui est encore une manifestation de l'Enfant Dieu aux païens, puisque l'Égypte c'est le lieu où Israël a été captif pendant de longues années et dont il a été délivré en traversant la Mer Rouge.

Ce n'est pas un hasard si Matthieu commence son évangile par l'annonce des mages païens, c'est intentionnel. Tout au long de l'évangile, il va y avoir ce refrain de la manifestation de Jésus à tous les peuples de la terre, à l'univers tout entier. C'est pourquoi l'Église en ce jour nous fait lire ce passage de l'épître aux Éphésiens où saint Paul nous dit en quoi consiste le mystère du Christ, le mystère par lequel il est le Fils du Père jaillissant du cœur du Père de toute éternité, ce mystère du Christ qui est aussi le mystère du Fils de l'Homme et du fils de Marie à Bethléem. Ce mystère, quel est-il ? c'est précisément que Dieu, par son Fils, appelle à lui, à sa manifestation, appelle tous les peuples. Je vous relis ce texte de saint Paul qui est si important et si beau : "Ce mystère n'avait pas été communiqué aux hommes des temps passés, comme il vient d'être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes dans l'Esprit : les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, bénéficiaires de la même promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l'évangile" (Ep. 3, 5-6).

Oui, Israël a été choisi en la personne d'Abraham et de tous ses descendants, Israël a été choisi pour être le peuple de Dieu, pour ne former qu'un seul corps avec Dieu. Israël a été choisi pour être l'héritier de Dieu en vertu de la promesse déjà esquissée au premier paradis, la promesse approfondie avec Abraham précisément et ensuite avec le roi David. Donc, l'héritage, la promesse, le même corps, c'est le mystère d'Israël. Saint Paul est en train de nous dire que ce mystère est le mystère du Christ, le mystère des païens, que la promesse, l'héritage, le même corps avec le Christ ne sont pas des privilèges qui seraient la possession unique du peuple d'Israël. Si Israël a été l'héritage de Dieu, le peuple de Dieu, si Israël a reçu la promesse, ce n'est pas pour la garder pour lui, c'est pour la donner à tous les peuples. Ce qu'Israël a vécu comme intimité avec Dieu, c'est le prototype de ce que Dieu veut pour tous les hommes, pour chacun d'entre nous. C'est pourquoi Israël doit se déposséder de son privilège pour le partager avec tous les hommes, puisque c'est pour cela qu'il l'a reçu.

Certes, les promesses de Dieu ne sont pas caduques. Et dans un passage de l'épître aux Romains, saint Paul le rappelle : "Ils sont israélites, à eux appartiennent l'adoption filiale, la gloire, l'alliance, la législation, le culte, les promesses, et aussi les patriarches de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est Seigneur au-dessus de tout, Dieu béni éternellement" (Rm 9, 4-5). Si Israël doit ouvrir cette promesse, doit ouvrir cet héritage pour que les païens puissent le partager, c'est parce qu'il est l'olivier franc sur lequel on peut greffer les branches des oliviers sauvages. Israël est la racine et la souche, mais cette souche ne se replie pas frileusement sur elle-même ni sur son privilège. Cette source, elle est pour donner son eau, cette souche, elle est pour donner la vie à toux ceux qui sont greffés sur elle.

C'est cela le mystère qui nous est présenté dès le premier jour de l'Incarnation du Christ sur notre terre. Au moment même où Jésus naît fils de David par Joseph, naît fils de Marie, à ce moment même où Jésus naît fils d'Israël comme vient de le rappeler saint Paul aux Romains, car c'est d'Israël que le Christ est issu selon la chair, cette promesse qui a été faite, elle s'ouvre, elle prend tout son sens dès le premier chapitre de l'évangile en appelant tous les païens à la partager avec Israël.

Frères et sœurs, nous devons tout à la fois savoir que nous sommes les héritiers d'Israël, que nous recevons l'Alliance, que nous recevons la promesse par Israël qui l'a reçue le premier pour être le prototype de cette alliance. Donc, nous savons qu'à la fois Israël est notre source, notre racine et notre souche, nous savons qu'Israël est le premier bénéficiaire de ce mystère, et ce mystère, il nous le donne, il n'est pas fait pour le garder mais pour le donner à tous les hommes. Nous sommes nous, ces païens qui ont été admis à la même promesse, au même héritage et qui formons le même corps avec le Christ.

Que le Seigneur nous donne d'être à la fois conscients de notre enracinement dans le peuple d'Israël, et de l'appel universel que Jésus, par ce même peuple, fait à tous les hommes pour que tous nous devenions les enfants de Dieu, pour que cette adoption filiale qui fait de nous des fils comme Jésus est Fils, que cette adoption filiale se répande par toute la terre et jusqu'aux extrémités du monde. Mais prenons garde, nous chrétiens qui sommes l'Israël nouveau, de ne pas céder comme le premier Israël à la tentation de garder pour nous la révélation et la promesse. Elles sont faites, à travers nous, pour ces païens qui nous entourent et qui, comme les mages à la lumière de l'étoile, recherchent Celui qui les appelle avec nous à ne former qu'un seul Corps du Christ.

 

AMEN

 

 

 
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