AU FIL DES HOMELIES

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L'INTÉGRATION DES PAÏENS

Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.4-9 ; Mt 2, 1-12
Epiphanie - année B (dimanche 8 janvier 2012)
Homélie du frère Christophe LEBLANC


Nous l'avons trouvé !
Frères et sœurs, nous allons faire un peu de sport ce matin. Rassurez-vous cela va être très tranquille, on va compter les points parce que dans cet évangile de l'Épiphanie nous ne soupçonnons pas qu'il y a dans ce texte deux partis en présence. D'un côté il y a les mages et nous pourrions d'une manière assez rapide arriver à cette conclusion : envisager les mages comme des scientifiques d'aujourd'hui. Il y a une étoile, il y a un fait, il y a des lois qui gouvernent la nature, le monde, le cosmos où chaque chose obéit à une loi, et l'étoile les guide. Or, l'étoile ne suffit pas aux mages pour arriver à l'Enfant Jésus.

Nous pourrions donc compter les points et dire : les scientifiques et les athées, les cartésiens, zéro, les religieux, un ! Nous allons arriver à égalité car nous oublions trop souvent que dans cet évangile, si les mages n'étaient pas venus rencontrer Hérode et les autorités religieuses, les scribes, pour leur dire qu'ils avaient été guidés et prévenus que le roi des juifs était né, mais qu'ils ne savaient pas où, s'il n'y avait pas eu les mages, Hérode et les autres n'auraient pas su que Jésus était né. Autrement dit, un à un !

Frères et sœurs, pourquoi est-ce que je vous raconte cela ? Vous le savez très bien, au cœur des problématiques de notre société, demeure ce fameux problème des relations entre ce qu'on appellerait trop rapidement la foi et la raison et le fait d'opposer la foi et la raison. La foi est nécessairement, obligatoirement irrationnelle, et dans la raison, il n'y a bien sûr pas de place pour la foi. Dans cet évangile, le seul moyen de trouver l'Enfant Jésus, le seul moyen de contempler Dieu fait homme, c'est de fonctionner ensemble. D'une part ce que les mages avaient à dire en tant qu'interrogateurs de la nature, de sa structure, de son fonctionnement et de ses lois, et en même temps, ce que la tradition d'Israël avait à offrir à un moment donné à ces mages en leur fournissant une histoire, des événements dans lesquels on pouvait effectivement découvrir la rencontre entre un Dieu et son peuple. Ce sont les deux conjugués qui permettront aux mages de venir contempler l'Enfant Dieu.

Traditionnellement l'Épiphanie est la fête dans laquelle nous fêtons l'entrée des païens dans l'économie divine, intégrés dans le plan de Dieu et dans l'Église. Sans vouloir jouer les provocateurs, pour nous cela coule de source. Il est commode de dire que les juifs c'est une religion ethnique, que c'est un système clos, alors que nous, on a une religion universelle on accueille tout le monde. Est-ce vrai ou n'est-ce pas vrai ? Comment accueille-t-on d'ailleurs les païens ? Nous reléguons facilement le texte de saint Paul dans le passé, l'intégration des païens a été faite il y a deux mille ans, donc la question ne se pose plus. Nous sommes une religion universelle et tout fonctionne parfaitement.

Or, la grande question de l'Église c'est à chaque instant de son histoire, à chaque moment et dans toutes les sociétés, c'est de savoir réfléchir sur notre capacité ou non à accueillir les païens et pas seulement les païens historiques du temps de Jésus, de saint Paul et des premiers siècles, mais encore aujourd'hui. Où en sommes-nous de notre capacité à intégrer et à accueillir des païens qui envisagent ce chemin de découverte de la vérité pas tout à fait comme nous ? Pour la plupart de nos contemporains, le seul moyen de découvrir une once de vérité dans leur vie, c'est d'interroger les sciences, la biologie, la société, le fonctionnement du corps humain, les catastrophes. Dans ces domaines, les gens ont une certaines expérience, ils ont quelques idées qui ne sont pas toujours très justes surtout si elles sont basées sur Internet ou les commentaires, on ne sait pas si on doit en rire ou en pleurer !

C'est la base de leur interrogation, sur la raison pour laquelle ils vivent dans ce monde. En conséquence, les textes sacrés que nous connaissons tous par cœur parfaitement et que nous avons parfaitement intégré ressemblent à un album familial que l'on feuillette et dont nous tournons les pages, sans plus nous poser de questions. Mais en même temps les païens nous demandent aujourd'hui de nous interroger sur la signification de la présence de l'homme sur terre, sur le futur et les projets de l'humanité ? Est-ce que ces questions-là ont une place dans notre album de famille ? peut-on en trouver des traces ?

Ce je trouve très beau dans la fête de l'Épiphanie ce n'est pas uniquement de savoir si oui ou non on a bien fait d'intégrer les païens il y a deux mille ans ? maintenant la question est réglée. Ce n'est pas vrai. En fait, ce qui est extraordinaire dans la fête de l'Épiphanie, c'est que ce sont ces gens qui viennent un peu comme la mouche du coche, qui peuvent parfois nous énerver car nous, on aimerait tourner les pages tranquillement de notre album de famille sans plus. Eux viennent nous interroger et nous dire : voilà ce que je vous apporte. En fait, je vous apporte à la fois quelque chose, comme on dit maintenant que les journalistes apportent une parcellisation de l'information, moi je vous apporte ça, je sais que le fils du roi est né mais je ne sais pas où. Et nous, que faisons-nous ? Comment répondons-nous à cette attente ? et comment grâce à la tradition, comment grâce à la Bible sommes-nous capables d'apporter des éléments de réponse ?

L'intégration des païens est toujours en cours, car en fait, c'est le dialogue entre la société telle qu'elle est aujourd'hui, face à ce qu'est la Bible et ce qu'est véritablement le plan de Dieu sur l'humanité. Nous vivons à l'ère de la mondialisation, mais quand l'évangile a été annoncé au début, cet évangile avait une origine juive, hellénistique et a été annoncé à des romains, à des grecs qui ne connaissaient pas grand-chose au système de pensée des juifs. On a mis en place un modèle qui a fonctionné pendant longtemps mais en même temps ce modèle a été réinterrogé quand on a découvert les Amériques, et ce modèle a été à nouveau interrogé avec l'expansion auprès de la Chine, auprès de l'Afrique.

Mais frères et sœurs, la grande question demeure : est-ce que nous avons toujours su accueillir et intégrer ceux que nous appelons les païens ? N'avons-nous pas plutôt voulu les faire plier à notre propre modèle qui n'est pas évangélique puisque c'est un modèle qui a été construit à partir de la société grecque et romaine de l'époque ? Vous imaginez l'ampleur du chantier qui s'ouvre à nous ? Nous n'avons pas à nous contenter simplement d'une religion qui serait purement culturelle que nous imposerions telle quelle au Bénin, en Chine ou en Amérique du sud.

En fait, l'Église encore aujourd'hui, doit absolument sous peine de se scléroser et de mourir, se laisser interroger par ces païens qui viennent nous questionner, non pas pour nous piéger, mais avec un véritable souci de recherche de la vérité, de recherche du sens de leur vie. Nous avons à les accueillir, à nous laisser même ébranler par leur questionnement qui nous gêne, pour véritablement vivre ensemble une Épiphanie.

 

AMEN

 

 

 
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