AU FIL DES HOMELIES

 LA CONSOLATION

2 Co 1, 3-7 ; Jn 3, 13-21

(9 janvier 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Stèle funéraire

P

 

uisque nous commençons la lecture de la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens, je voudrais vous inviter à réfléchir sur un mot qui est revenu plusieurs fois dans son introduction. Quand Paul emploie plusieurs fois le même mot dans une introduction, cela veut dire qu'il est très important, et c'est le cas aujourd'hui, pour le mot "consolation".

La deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens, c'est l'épître de la consolation. Il ne faudrait pas croire que dans la bouche de saint Paul, car ce n'est surtout pas son tempérament, consoler, la consolation signifieraient les gros câlins un peu débordants et dévorants que l'on imagine parfois.

Dans le vocabulaire de saint Paul, la consolation est directement liée à la compréhension de l'Église et c'est très important. Pour Paul, "Dieu est le Dieu de toute consolation" et si "nous recevons nous-mêmes consolation, c'est pour vous consoler". La consolation est une expérience que l'on fait non pas tellement pour soi-même, mais pour pouvoir ensuite consoler. Et Paul ajoute même : "Et nous, si nous sommes dans l'épreuve, nous sommes consolés par vous, et si vous, vous êtes dans l'épreuve, c'est nous qui vous consolons". Autrement dit, qui parle consolation, dit une interaction incessante entre le consolateur et les consolés. Comment cela ? Précisément, chez Paul, la consolation renvoie à deux termes et nous pouvons le pressentir dans l'expérience la plus courante que nous avons de la consolation.

Pourquoi y a-t-il consolation en général ? Pourquoi un enfant a-t-il besoin d'être consolé ? Que se passe-t-il quand une mère console son enfant ? Il y a la faiblesse qui est traduite par la fragilité de l'enfant, sa peine, son chagrin, son univers qui tout d'un coup s'est complètement désarticulé, il est perdu, et deuxièmement, il y a la force de l'amour maternel qui vient ressaisir l'enfant dans sa fragilité et le rétablit dans une relation heureuse et paisible. La consolation est donc toujours l'articulation des deux choses : c'est l'épreuve d'une force qui vient de rétablir quelqu'un de fragile.

C'est pour cela que pour saint Paul, la consolation vise directement la structure même de l'Église. Pourquoi Dieu est-il le Dieu de toute consolation ? Parce qu'au cœur de la fragilité humaine, Jésus est venu nous manifester la force de l'amour de Dieu. Et par conséquent, notre rapport à Dieu est un rapport d'êtres, d'hommes qui ont besoin d'être consolés, c'est-à-dire d'éprouver à la fois leur fragilité et la consolidation que Dieu vient apporter par son amour et sa vérité. Et alors, saint Paul en tire la confusion. Entre les membres de l'Église, c'est la même chose, celui qui est consolé va consoler celui qui fait l'épreuve de la fragilité. Et réciproquement, quand on fait l'épreuve de sa fragilité, on a besoin du consolateur.

La consolation chez saint Paul, et surtout dans cette épître, et Dieu sait qu'il va les consoler en discutant vertement avec eux, ces Corinthiens qui menaient une vie pas tout à fait conforme à ce que Paul attendait, la consolation signifie très exactement la communion des saints. Consoler et être consolé, c'est faire, les uns par les autres, dans notre propre faiblesse, l'expérience de la force de Dieu.

Quand l'apôtre vient consoler les Corinthiens, il le fait au nom de la force qu'il a reçue de Dieu, il les raffermit, il les solidifie dans cet amour de Dieu. Mais tout cela en leur faisant découvrir l'expérience de leur propre fragilité. Et réciproquement, saint Paul va jusqu'à leur dire : s'il m'arrive de faire l'épreuve de ma propre fragilité, à ce moment-là, c'est vous, Église de Corinthe qui me consolez, qui me réinstallez dans la solidité de l'amour de Dieu.

Vous voyez, comment à travers un seul mot, saint Paul nous évoque tout le mystère de l'Église. Qu'est-ce que le mystère de l'Église tel que nous le vivons aujourd'hui, au jour le jour ? Ce n'est rien d'autre car l'expérience de notre fragilité est le pain quotidien de notre vie spirituelle. Mais heureusement, au cœur même de cette fragilité, soit pas grâce de Dieu directement donnée, soit par grâce de Dieu accordée par tel ou tel frère, nous sommes, à tout moment, consolés, c'est-à-dire raffermis dans la solidité même de l'amour du Christ, de l'amour du Père manifesté en Jésus-Christ.

Et c'est cela même qui a motivé la raison pour laquelle le Christ s'est manifesté de cette façon. Il s'est manifesté dans la fragilité et la faiblesse de notre chair. Il s'est manifesté jusque dans la fragilité de la mort pour nous montrer par la Résurrection, l'œuvre consolatrice du Père.

Et désormais, chacun d'entre nous ne peut pas se prévaloir d'une solidité qu'il tiendrait de lui-même. Pour saint Paul, cette idée est insupportable, c'est ce qu'il appelle la glorification et cela ne peut être que de la fausse gloire, du mensonge, du vide. Par contre, c'est dans l'épreuve même de notre fragilité que nous pouvons vraiment découvrir le seul point d'appui, la seule chose, la seule racine de notre vraie solidité : l'amour du Père, manifesté en Jésus-Christ.

 

AMEN

 

 

 
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