AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉLU DE DIEU

1 Jn 3, 1-6 ; Jn 1, 29-34

(4 janvier 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Baptême du Christ

C

 

e texte de saint Jean qui est le récit du baptême du Christ est parallèle à celui des synoptiques et en même temps il en est très différent. D'abord au lieu d'être un récit direct c'est une version du baptême, de la bouche de Jean s'adressant à ses disciples. Mais surtout l'insistance est mise dans la révélation extrêmement profonde du mystère que Jean-Baptiste a eue à l'occasion de cet événement. Dans l'acte de baptiser Jésus, de verser sur sa tête, l'eau symbole du repentir, de la conversion, Jean-Baptiste a compris, non seulement que celui qui venait ainsi recevoir ce baptême inaugurerait un autre baptême, non plus un baptême d'eau et de repentir, mais le baptême d'Esprit Saint. Donc le baptême qui donne la vie, ceci les synoptiques aussi nous l'ont rapporté, mais Jean-Baptiste a compris en même temps, que ce Jésus était comme il le dit en termes propres :"l'élu de Dieu". L'élu de Dieu c'est une référence explicite au prophète Isaïe qui, annonçant le Messie comme un serviteur souffrant dit de lui : "Voici mon Serviteur, celui que j'ai élu, que j'ai choisi". Et le choix de Dieu, est un choix pour la mission, pour l'apostolat certes, mais aussi pour la souffrance. Et c'est dans l'Ancien Testament ce qu'il y a certainement de plus extraordinaire dans toute la parole prophétique que cette annonce bouleversante et qui va à l'encontre de tout ce que l'on aurait normalement attendu, que le Messie ne viendrait pas seulement pour sauver, ou plus exactement qu'il viendrait pour sauver non pas par un acte de puissance, même pas par un acte de sanctification, mais plus profondément il viendrait sauver en assumant lui-même la souffrance des hommes. Cette révélation du prophète Isaïe, qui a été d'ailleurs si peu comprise, non seulement de ses auditeurs mais même des Juifs des générations qui l'ont suivi, cette révélation qui a été si peu comprise qu'ils n'ont pas reconnu en Jésus souffrant le Messie annoncé par Isaïe, est pourtant ce qu'il y a de plus profond et de plus décisif dans tout l'Ancien Testament.

Jean-Baptiste a eu, au moment du baptême de Jésus, cet éblouissement intérieur révélation intérieure, que ce Messie qui venait c'était l'Élu de Dieu, c'est-à-dire le serviteur de Dieu, celui que Dieu avait choisi pour la souffrance. C'est pourquoi il complète son témoignage en disant : "C'est Lui l'Agneau qui porte les péchés du monde." Mais en même temps qu'il a cette révélation de la mission de rédemption par la souffrance de Jésus, Jean-Baptiste a cette révélation plus extraordinaire encore, celle de la préexistence divine de cet homme Jésus. En effet, il nous dit : "Je ne le connaissais pas." Il ne s'agit pas d'une connaissance humaine puisque Jean-Baptiste était le cousin de Jésus, il le connaissait parfaitement, humainement parlant. Mais, "je ne le connaissais pas" veut dire : je n'avais pas compris quelle était la réalité profonde de ce Jésus que je côtoyais presque chaque jour, dont j'étais le proche et l'intime. Je n'avais pas compris quel était son être profond car : "Il est venu après moi, mais Il est passé devant moi, parce que avant moi Il existait". Jean-Baptiste comprend que la mission de Jésus qui succède à la sienne puisqu'il en est le Précurseur, va supplanter sa propre mission qu'il va réaliser tout ce que Jean a annoncé à la suite des prophètes. Et pourquoi va-t-il ainsi passer devant moi ? Pourquoi, moi Jean ne suis-je que le préparateur de son chemin ? Parce que "avant moi Il existait." Il existait avant que je sois formé dans le sein de ma mère, c'est-à-dire qu'Il existait avant d'être Lui-même formé dans le sein de sa mère puisque l'Annonciation à Marie est postérieure à l'annonciation à Zacharie. Et s'il existait avant moi, c'est qu'Il existait en dehors de cette sphère humaine, du monde, qu'Il existait antérieurement à l'existence du monde, qu'Il existait de toute éternité.

Ainsi Jean-Baptiste pressent la divinité de Celui dont il est bien placé pour connaître l'humanité. Vous voyez quelle est la richesse de cette révélation, encore obscure certes, encore voilée, que reçoit Jean-Baptiste au sujet de la personne de Jésus. Quelle profondeur déjà dans cet acte du baptême est perçue par Jean-Baptiste. Telle est la manifestation que nous célébrons à l'Épiphanie, à travers l'adoration des mages, le baptême du Christ et les noces de Cana. C'est le dévoilement de la divinité du Christ qui le fait plus ancien que le monde, et la révélation que cette divinité va se manifester, non pas dans l'éclat, non pas dans la gloire, non pas dans la puissance mais dans l'humilité, dans la souffrance et dans la croix. Soyons remplis de ce mystère qui est au cœur de notre foi et sachons rendre grâce pour ce Dieu qui s'est fait proche de nous et si petit qu'Il a accepté de souffrir et de mourir pour nous.

 

AMEN

 
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