AU FIL DES HOMELIES

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LA VOCATION

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 43-51

Lundi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(6 janvier 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

omment peut-on raconter sa conversion ? Comment peut-on dire ce moment dans le­quel on a l'impression que le plus intime de nous-mêmes et que le fond de notre cœur a subite­ment basculé parce qu'il a été appelé à vivre dans un espace et dans une dimension nouvelle ? C'est un peu la question que nous devrions nous poser lorsque nous lisons ces récits de vocation. Au fond, ils sont d'une simplicité et d'un schématisme étonnant. A peine quelques mots de la part du Seigneur : "Viens et suis-Moi !" ou "Tu verras mieux encore !" Mais à travers tout cela il faut imaginer que lorsque les disci­ples racontaient ces premiers moments de rencontre avec le Seigneur, ce qu'ils disaient, ce qu'ils procla­maient n'était pas réductible à tous les éléments de détail qu'ils auraient pu accumuler concernant ces quelques instants du premier contact, mais qu'en ré­alité, c'était toute leur vie qu'ils étaient ainsi capables de relire dans la lumière fulgurante de la mort et de la Résurrection du Seigneur.

En effet, ce "Viens ! Suis-Moi !" ne désigne pas simplement une parole prononcée à un moment donné, qu'il suffirait ensuite de se rappeler de temps en temps. Non ! Ce "Viens ! Suis-Moi !" dans le cœur de chacun des apôtres qu'il s'agisse de Pierre ou de Nathanaël c'est quelque chose qui n'a jamais fini de résonner dans le secret de leur vie. Il en va un peu de la même manière pour nous aussi. Lorsque nous rece­vons la grâce du baptême, ce n'est qu'un instant, le temps de la célébration, le temps de verser l'eau sur notre front. Et cependant ce geste a une sorte de ré­percussion fondamentale à travers toute notre vie et il porte littéralement tous les moments de prière, toutes les grâces de joie, de bonheur, de paix et aussi toutes les grâces dans les épreuves qui marquent notre vie dans ce tête à tête et ce face à face permanent avec le Seigneur tout au long de notre vie chrétienne.

Ainsi devons-nous comprendre l'appel des apôtres. Et je pense que c'est ce qui explique pourquoi l'appel de Nathanaël est si riche et si profond, car l'appel de Nathanaël contient en réalité toute la vie de Nathanaël, depuis le fait qu'un être est venu en lui disant : "Viens et vois !" c'est Philippe, puis ces phases de doute, d'épreuve : "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?" ensuite cet éclair :"Je t'ai vu sous le figuier" ce saisissement parce déjà, avant même de connaître le Seigneur on a été saisi. Et encore le Seigneur qui lui dit : "Tu verras mieux encore : tu verras les cieux ouverts et les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme " c'est-à-dire tout le mystère de la Pâque, de l'exaltation et de la gloire du Christ.

Autrement dit, dans l'instant même où Natha­naël a rencontré son Seigneur, c'est tout le mystère du Christ qui s'est dévoilé à lui. Et il lui a fallu rien de moins que toute sa vie pour qu'il comprenne exacte­ment ce qui lui était arrivé à ce moment-là. Il en va de même pour nous. Il y a dans notre vie des moments de lumière, des moments où une sorte de fulgurance traverse tout notre être, notre esprit, notre cœur, notre affectivité, notre vie tout entière. Et dans ces mo­ments-là, nous ne comprenons pas très bien ce qui se passe, mais c'est ensuite, au long d'une vie, d'un tête à tête avec le Seigneur, souvent un peu laborieux et pénible, dans lequel, à tout moment, nous avons envie de nous décourager et de nous dire : "Ce n'est plus comme avant !" qu'en réalité s'accomplit, s'élucide et se manifeste toute la richesse de ce qui avait été donné d'un seul coup.

Alors, prions les uns pour les autres, prions pour nous-mêmes. Et que par l'intercession des pre­miers appelés, nous sachions découvrir toute la mer­veille de la grâce qui nous est donnée dans le premier appel.

 

AMEN

 

 

 
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