AU FIL DES HOMELIES

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LA VÉRITABLE ÉCHELLE DE JACOB

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 43-51

Lundi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(6 janvier 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous verrez le ciel ouvert et les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme."

A travers cette vision prophétique de Jésus au début de son ministère, c'est la reprise du récit de la Genèse lorsque Jacob, arrêté à Béthel pour y passer la nuit, voit entre le ciel et la terre, une échelle, sorte de tour à étages, parcourue par des anges. C'est donc "le grand rêve de l'humanité", c'est la communication du ciel et de la terre. Rêve d'autant plus important dans la tradition juive que l'on a toujours eu le sens aigu de la séparation absolue entre le monde de Dieu, le ciel, et le monde de l'homme, la terre. Souvenez-vous de ce petit verset de psaume : "Le ciel, c'est le ciel du Seigneur, la terre, Il l'a donnée aux fils d'Adam." Il y a donc une sorte de séparation, de cou­pure, de répartition spatiale du cosmos entre Dieu qui habite le ciel et l'homme qui habite la terre. Par conséquent c'est le vieux rêve de l'humanité qu'un jour, ciel et terre communiquent. C'est pourquoi aussi, dans la Bible, nous avons ce cri du prophète Isaïe, chanté à plusieurs reprises dans le temps de l'Avent : "Ah ! Si Tu déchirais les cieux et si Tu descendais ! " C'est aussi pourquoi dans la pensée dans la pensée biblique, dans la représentation de la Bible, le fait qu'à certains moments "les cieux s'ouvrent" pour laisser passer la pluie ou l'orage qui vont féconder la terre, est le signe de la bénédiction divine car alors le "pro­duit des cieux" c'est-à-dire la pluie, vient comme une semence fertiliser la terre et lui faire porter du fruit.

Tout ceci est donc l'arrière-fond de la parole de Jésus sur son rôle et sa messianité mais ce qui est intéressant c'est précisément que la communication entre le ciel et la terre se passe par un seul individu. Lorsque de façon très mystérieuse Nathanaël a confessé Jésus : "Tu es le roi d'Israël", immédiate­ment Jésus lui explique que cette messianité, cette filiation divine et cette royauté ne sont pas une sorte de pouvoir de divination ("quand tu étais sous le fi­guier, je t'ai vu !") mais qu'elle est faite pour la communication du ciel et de la terre.

C'est cela qui constitue le propre de notre foi chrétienne, de croire que un seul, Jésus venu dans la chair, est capable de faire communiquer le ciel et la terre. Il n'est pas simplement "celui qui est entre le ciel et la terre, celui qui par sa divinité habite au ciel et qui par son humanité habite sur la terre parmi nous : Il a demeuré parmi nous" , mais par rapport au Prologue, c'est que demeurant parmi nous et demeu­rant auprès du Père Il fait le lien entre le ciel et la terre. Vous voyez donc toute l'importance de notre foi en l'Incarnation. Ce n'est pas de croire qu'un Dieu s'est fait homme c'est-à-dire qu'il y a Quelqu'un qui est aussi à l'aise dans le ciel que sur la terre, mais nous croyons qu'Il s'est fait homme pour être l'échelle de Jacob, pour être, pour l'humanité, le moyen d'entrer dans le cœur même de Dieu. Voilà ce que nous avons fêté à Noël.

Voilà ce qui a été le premier acte de foi de Nathanaël, de croire que le Christ est vraiment l'échelle de Jacob, c'est-à-dire le lien réel, vivant, ce­lui qui effectue le lien entre le ciel et la terre. Donc, pendant ce temps de l'Epiphanie, au fur et à mesure que nous entendrons les passages d'évangile, les vo­cations d'apôtres, essayons de réaliser comment nous-mêmes nous regardons notre propre vocation. Ce n'est pas simplement de "réciter" le Credo mais c'est d'abord de réaliser que Celui en qui nous croyons est véritablement Celui qui fait le lien entre le ciel et la terre. Il n'est pas simplement entre les deux. Il n'est pas situé dans un entre-deux, mais Il est Lui-même l'entre-deux Il est le lien, Il est Lui-même la commu­nion de Dieu et de l'homme.

En recevant cette eucharistie où nous prenons le corps et le sang du Christ Ressuscité, recevons-la avec autant de joie et de confiance que Jacob qui di­sait : "En réalité, Dieu était ici, Dieu était vraiment là !" C'est pour cela que nous sommes ici dans cette église, pour célébrer le fait que le Christ, par sa pré­sence, par son salut, par son amour, s'est fait la com­munion de l'homme et de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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