AU FIL DES HOMELIES

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JE NE LE CONNAISSAIS PAS

1 Jn 3, 11-17 ; Jn 1, 29-34

Lundi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(3 janvier 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette fête de l'Épiphanie que nous avons célébrée hier et qui va accompagner notre prière et nos célébrations pendant pratiquement tout ce mois de janvier, cette fête de l'Épiphanie est donc celle de la manifestation de Dieu en cet homme qu'est Jésus. Hier, nous avons davantage considéré cette manifestation telle qu'elle s'est produite aux yeux des mages venus d'Orient, symbole de ces nations païennes à qui Dieu se manifeste aussi désormais, puisque les promesses, le même héritage est accordé à toutes ces nations païennes, qu'il est donné déjà à Israël.

A partir d'aujourd'hui et cela culminera dimanche prochain, c'est une autre manifestation du Christ, celle qui s'est produite au moment de son baptême, qui va retenir notre attention et aujourd'hui, nous avons entendu le témoignage de ce baptême, que nous donne le quatrième évangile. Ce texte est très riche et profond. Tout d'abord, il nous manifeste comment Jésus est venu recevoir le baptême de Jean. C'est ce que proclame Jean : "Voici l'Agneau de Dieu". C'est lui qui vient, celui que toutes les générations attendent, celui qu'on attend comme le Messie, le Sauveur, c'est l'Agneau, l'Agneau de Dieu. Référence à l'agneau pascal qui était immolé en Égypte et à chaque anniversaire de la Pâque dans toute l'histoire d'Israël, cet agneau pascal qui était immolé pour sauver par son sang, les enfants d'Israël qui étaient en esclavage en Égypte.

Ainsi donc, cette figure de l'agneau nous inique déjà que ce Messie, ce sauveur attendu va venir non pas comme un chef de guerre, non pas comme un chef politique, mais comme se donnant en sacrifice à la manière de l'agneau pascal pour, en quelque sorte, se mettre à notre place, se substituer à nous malgré nos fautes, malgré nos péchés, pour nous sauver en assumant dans son sang toute la malédiction que le péché fait peser sur nous. Et c'est ce que dit saint Jean Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu qui ôte (qui enlève, et l'on peut traduire aussi qui porte), le péché du monde". Si Jésus est venu parmi les pécheurs pour recevoir le baptême de Jean, c'est parce qu'Il prend sur lui nos péchés. Il ne les efface pas d'un geste de toute-puissance, mais Il les prend sur lui, Il les assume en lui jusqu'à répandre son sang comme l'agneau pascal, jusqu'à mourir pour que nous soit donnée la vie. Il est l'Agneau de Dieu qui porte tous les péchés du monde et qui par la puissance de son amour, efface, enlève, tous les péchés des hommes. C'est le sens de la venue de Jésus qui vient recevoir le baptême de Jean-Baptiste au milieu des pécheurs, se disant pécheur comme les autres, de nos péchés qu'Il a pris sur lui.

Ainsi, s'inaugure une nouvelle dimension du baptême. Pour Jean-Baptiste, le baptême était un geste de pénitence qui préparait le peuple à la venue du Messie, mais parce que le Messie a rassemblé sur lui tous les péchés des hommes, puisque par son sacrifice, il assume lui-même la pénitence de nos péchés, désormais, le baptême n'est plus seulement purification, il est don de la vie. "C'est pour qu'Il soit manifesté que je suis venu baptiser dans l'eau, et lui, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint, dans le souffle de Dieu, dans la vie de Dieu, dans la présence de Dieu". Voilà ce que nous dit le texte de ce passage d'évangile. Mais il va encore plus loin, car Jean-Baptiste nous dit une chose étrange : ce Jésus qui vient derrière lui, que Jean-Baptiste a manifesté, a montré aux hommes, voici qu'Il est passé devant lui, et Jean-Baptiste dit : "Je ne le connaissais pas !" Il est évident que Jean-Baptiste connaissait son cousin, et r'ailleurs, s'il a manifesté Jésus, c'est bien parce qu'il le connaissait. Alors que veut dire ce : moi je ne connaissais pas ? Il le dit à deux reprises : "Je ne le connaissais pas, mais c'est pour qu'Il fut manifesté que je suis venu baptiser". Un peu plus loin : "Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'avait dit : c'est lui qui baptise dans l'Esprit". Un peu avant, dans la page d'évangile qui précède celle que nous venons de lire, quand les émissaires des grands-prêtres sont venus auprès de Jean pour savoir s'il était lui le Messie, Jean a répondu: "non, je ne suis pas le Messie, mais au milieu de vous, se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas". Ainsi, ces pages d'évangile insistent sur l'ignorance, tant du peuple juif, tant des grands-prêtres et de leurs envoyés, que de Jean-Baptiste lui-même à l'égard de Jésus. Vous ne le connaissez pas, quelqu'un qui est au milieu de vous, et moi, je ne le connaissais pas.

En réalité, ce que veut dire Jean-Baptiste, ce n'est pas qu'il ignorait l'existence de Jésus, mais il ne connaissait pas le mystère profond de Jésus. Pour lui, Jésus était un envoyé de Dieu, un prophète comme lui, Jean-Baptiste, un plus grand prophète : "Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales". Un envoyé comme sauveur, pour sauver le monde, mais ce qu'il a découvert, c'est que cet envoyé de Dieu n'est pas simplement un prophète, mais Il est celui sur qui repose, en qui demeure l'Esprit même de Dieu. Il est rempli par l'Esprit de Dieu. Il est l'élu de Dieu. Il est, selon la voix du Père au moment du baptême, le Fils Bien-Aimé du Père. Voilà ce que Jean-Baptiste ne pouvait pas deviner, voilà ce que les juifs ne peuvent pas comprendre, ne voudront pas comprendre, c'est pourquoi ils mettront Jésus à mort : Il n'est pas simplement un envoyé de Dieu, Il est Dieu lui-même, le Fils de Dieu en personne qui vient parmi nous.

Ainsi cet événement du baptême tel que Jean-Baptiste en est le témoin et tel qu'il l'a compris dans un émerveillement intérieur, cet événement du baptême nous introduit au cœur même du mystère de Jésus : Jésus Fils de Dieu, Jésus Dieu lui-même, Jésus Dieu venu en manifestation humaine. Jésus Dieu et homme, ce Jésus, ce Fils de Dieu qui est né dans la nuit de Noël, et qui maintenant, progressivement tout au long de l'évangile, va se manifester jusqu'à ce que, comme l'agneau, Il achève sa course sur la croix, qui sera la plénitude de la révélation du Fils de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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