AU FIL DES HOMELIES

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CELUI QUI A L’ÉPOUSE, EST L’ÉPOUX

Gn 37, 2b-11 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

Lundi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(9 janvier 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, bref passage de l’évangile de saint Jean auquel peut-être nous ne prêtons pas beaucoup d’attention d’ordinaire et qui pourtant est plein d’enseignements fort intéressants. Nous nous situons immédiatement après le baptême de Jésus par Jean dans le Jourdain et nous apprenons d’abord que Jésus, lui aussi, baptise comme Jean. C’est étrange. Jean avait proclamé : "Je baptise dans l’eau, mais quelqu’un vient après moi qui est plus grand que moi et lui vous baptisera dans l’Esprit". Effectivement, quand Jésus est venu au Jourdain pour recevoir de Jean le baptême d’eau, l’Esprit s’est manifesté à la manière d’une colombe venant planer et demeurer sur Jésus, que la voix du Père proclame comme son Fils bien-aimé en qui Il a mis tout son amour. Au moment donc, où Jésus se soumet au baptême de Jean, s’inaugure en lui ce baptême de l’Esprit qui avait été annoncé par Jean lui-même.

Alors, comment se fait-il que Jésus pratique le geste de Jean comme s’il n’était pas déjà dépassé ? Il faudra, pour que cet Esprit qui remplit Jésus "que le Père lui donne sans mesure", comme nous le dit aussi l’évangile de Jean, pour que cet Esprit se répande sur l’Église, sur les disciples et qu’il devienne le baptême chrétien, il faudra que Jésus passe par sa Pâque, par ce qu’il appelle lui-même, le baptême de sa mort. C’est dans la mesure où Jésus sera allé jusqu’au bout de ce chemin d’identification à nous, il faudra que Jésus prenne sur lui toutes nos infirmités, toutes nos pauvretés, notre propre mort, le poids de nos péchés, pour que s’ouvre pleinement ce baptême dans l’Esprit, ce baptême chrétien qui s’inaugurera, vous vous en souvenez, le jour de la Pentecôte.

En attendant, Jésus ne laisse pas tomber le geste de Jean. Il le reprend à son compte, et d’ailleurs, n’a-t-il pas dit à Nicodème qu’il fallait être baptisé "dans l’eau et dans l’Esprit" ? Il baptisera dans l’Esprit certes, mais, ce don de l’Esprit gardera la forme du baptême d’eau qu’avait inventé Jean-Baptiste. C’est la première explication qui nous est donnée dans ce passage de l’évangile.

Une deuxième explication concerne le fait, comme nous le disait la dernière phrase, que ce n’était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais ses disciples. Cela nous induit à comprendre que lorsque les disciples accomplissent ce geste du baptême, c’est comme si Jésus le faisait lui-même. Les disciples sont tellement partie prenante du mystère de Jésus qu’ils deviennent les ministres de ses propres gestes. Et saint Augustin commentera : "Quand Pierre baptise, c’est Jésus qui baptise, quand Jean baptise, c’est Jésus qui baptise", et il ajoutera même "quand Judas baptise, c’est Jésus qui baptise". C’est tout le mystère du sacerdoce ministériel, celui des prêtres, des évêques, des diacres qui prêtent leur parole, leurs mains, leurs gestes au Christ, pour qu’à travers eux, soit donnée la grâce du Christ, non pas qu’elle leur appartienne en propre, puisque comme le dit Augustin, "quand Judas baptise, c’est Jésus qui baptise", ce n’est pas la sainteté du ministre qui nous est communiquée, c’est la sainteté du Christ.

Il y a encore dans cette page d’évangile un troisième enseignement, le plus profond sans doute, celui qui nous touche au plus intime de nous-même, ce sont ces paroles de Jean-Baptiste qui se situe par rapport au Christ. Il avait déjà dit : "Il est plus grand que moi celui qui vient après moi". Il avait dit aussi : "Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales". Maintenant, il va donner le sens profond de cette relation du Christ avec lui, il dit : "Celui qui a l’épouse, c’est l’Époux". Seul le Christ est l’Époux. Il est l’Époux qui est venu épouser l’humanité tout entière. De cela, Jésus seul est l’auteur, l’acteur, cela seul Jésus peut le réaliser. Jean-Baptiste, comme aussi bien les ministres que sont les disciples et dont je viens de parler, n’est pas l’époux. Un prêtre, un évêque, n’est pas l’époux de l’Église, seul le Christ est l’Époux de l’Église. Nous sommes seulement "les amis de l’Époux". C’est ce que dit Jean-Baptiste. "Celui qui a l’épouse, c’est l’Époux, mais l’ami de l’Époux (il parle de lui-même), se tient là près de la chambre nuptiale", mais en-dehors de celle-ci, il n’est pas celui qui épouse l’humanité, il est simplement celui qui "entend la voix de l’Époux". Mais cette voix de l’Époux le remplit d’une joie indicible, car il est plus heureux que l’Époux soit uni à l’humanité qu’Il épouse, que de se glorifier lui-même indûment en prenant la place de cet Époux. Il n’est que l’ami de l’Époux. Nous ne sommes que les amis de l’Époux, nous ne sommes que les serviteurs de cette union nuptiale du Christ avec l’humanité qu’Il vient sauver, salut qui précisément nous est donné par le baptême.

C’est pour cela que, comme les disciples, comme Jean-Baptiste lui-même, les ministres aujourd’hui encore, ne sont que des délégués, des "tenant-lieu" du Christ, qui, par leurs gestes, permettent à celui-ci d’épouser l’humanité, de la sanctifier, de la transfigurer, de lui pardonner tous ses péchés, comme Il le fera du haut de sa croix.

Frères et sœurs, que nous comprenions cette grandeur qu’il y a à être des serviteurs. C’est le contraire de la réaction, naturelle des hommes, celle que nous avons vue tout à l’heure dans la lecture de la Genèse. Quand Joseph semble l’emporter, lui qui est le plus jeune, sur ses frères, ceux-ci sont jaloux. Leur jalousie provoque en eux la haine. Se sentir dépassé par quelqu’un, risque toujours de provoquer en nous, amertume, jalousie, envie, finalement haine, et nous le verrons dans la croix du Christ mis à mort, meurtre. C’est ce que dit saint Jacques dans son épître : "Vous n’avez pas ce que vous désirez, alors, vous tuez". C’est le péché du cœur humain que de préférer que l’autre n’existe pas plutôt que de savoir qu’il est plus grand que nous, alors que nous devrions nous réjouir de cette grandeur de notre frère, surtout quand ce frère est Jésus lui-même. Mais c’est vrai aussi de tous nos frères. Que nous sachions comme Jean-Baptiste être heureux du bonheur de qui a l’épouse, et de mettre toute notre joie à entendre ce bonheur.

 

 

AMEN

 

 

 
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