AU FIL DES HOMELIES

LE BAPTÊME DU CHRIST

1 Jn 4, 1-6 ; Jn 3, 1-12

Lundi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(7 janvier 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous célébrions hier la fête de l'Épiphanie et la liturgie nous a dit que si la scène de l'adoration des mages venus de l'Orient pour reconnaître en Jésus le roi du monde, si cette scène était au centre de notre méditation en même temps, la fête de l'Épiphanie évoquait la manifestation de Jésus au moment de son baptême. C'est pourquoi la liturgie nous invite à préparer la fête du baptême du Christ que nous célébrerons dimanche prochain comme une deuxième étape dans la révélation du mystère de l'Épiphanie.

Aujourd'hui, dans l'évangile de saint Jean, c'est le dialogue sur le baptême entre Jésus et Nicodème. Nicodème est un notable juif, non pas un des grands-prêtres qui condamneront Jésus, mais un de ces rares notables qui se sont attachés même si c'est en secret à la prédication de Jésus, Nicodème vient donc trouver Jésus et d'emblée Jésus situe la conversion, le salut au niveau d'une nouvelle naissance : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'en-haut, nul ne peut voir le royaume de Dieu". Naître d'en-haut, le mot grec employé ici par l'évangéliste peut signifier soit comme il est traduit : soit naître d'en-haut, soit, naître à nouveau. Les deux sens sont importants pour notre foi, le baptême dont Jésus parle déjà à mots couverts est une naissance qui vient de Dieu. Nous sommes nés de nos parents qui nous ont donné le meilleur d'eux-mêmes, c'est-à-dire cette nature humaine qui fait de nous des êtres humains à part entière, mais par le baptême, Dieu veut aussi être notre père, Dieu veut que nous soyons les frères de Jésus, et que nous soyons donc les enfants de Dieu, que nous naissions de Dieu. C'est donc une naissance d'en-haut, non pas une naissance seulement terrestre, mais une naissance qui jaillit du plus profond du cœur de Dieu.

Cette naissance que nous propose le baptême est précisément un jaillissement du cœur de Dieu, toujours nouveau comme la vie divine elle-même car elle n'est pas une durée définie, la vie divine est un présent sans cesse renouvelé comme une sorte d'explosion de vie. C'est pourquoi la naissance du baptême, cette naissance d'en-haut, de Dieu, est une naissance nouvelle, non pas seulement nouvelle parce qu'elle succède à la naissance humaine, mais nouvelle parce qu'elle est un renouvellement permanent.

Nicodème ne comprend pas ce que dit Jésus, il le prend plus exactement au sens matériel : comment peut-on renaître quand on est vieux ? comment peut-on rentrer de nouveau dans le sein maternel ? Jésus ne parlait pas du sein maternel de nos parents, mais du sein maternel de l'Église dans lequel Dieu intervient pour nous donner sa vie. C'est pourquoi Jésus va préciser : "A moins de naître d'eau et d'Esprit". Naître de l'eau, c'est le rite inventé par Jean-Baptiste qui préparait la venue du Christ, naître de l'Esprit c'est ce que Jean avait annoncé en disant que quelqu'un de plus grand que lui venait après lui et que de même que Jean avait baptisé dans l'eau pour préparer un peuple converti à la venue du Christ, le Christ lui-même nous baptiserait d'un baptême plus grand et plus profond, il nous plongerait (c'est le sens du mot baptême), dans l'Esprit Saint. Ici encore Jésus va utiliser un jeu de mots, non seulement baptiser veut dire plonger, mais baptiser dans l'Esprit c'est évoquer le vent. C'est le même mot en grec comme en latin qui veut dire Esprit et qui veut dire vent. L'Esprit c'est le souffle vital qui, comme le vent, vient vivifier sans qu'on sache d'où il vient ni où il va, car le vent nous traverse et nous emporte au-delà de ce que nous pouvons calculer et imaginer, et c'est pourquoi les langues anciennes ont ainsi pris cette image du vent pour signifier la vie divine, l'Esprit vital de Dieu qui vient de plus loin que nous ne pouvons l'imaginer et nous entraîne là où ne savons pas.

C'est pourquoi Jésus dit que le vent souffle où il veut, on ne sait d'où il vient ni où il va, ainsi en est-il de celui qui est animé par l'Esprit, celui qui est né de l'Esprit de cette naissance nouvelle qui est toujours nouvelle et qui nous entraîne bien au-delà de ce que nous pouvons désirer, imaginer ou simplement concevoir. Jésus dit enfin à Nicodème : si vous avez du mal à croire quand je vous parle des choses de ce monde, de cette vie, comment pourrez-vous entrer dans le mystère d'en-haut, dans le mystère de Dieu, de la vie divine à laquelle nous sommes promis. Ce vent de l'Esprit Saint que nous recevons dans le baptême, ce vent nous entraîne si loin qu'il nous entraîne jusqu'au cœur même de Dieu, jusqu'à la vie même de Dieu, cet amour infini dont le Père et le Fils s'entretiennent sans cesse, cet amour que l'Esprit Saint fait rayonner et qui vient dans notre propre cœur pour nous emporter jusqu'au cœur même de Dieu.

Que ces quelques réflexions sur le baptême nous préparent à la fête du baptême du Christ pour que nous revivions notre propre baptême, cette vie qui nous a été donnée et qui aujourd'hui et chaque jour nous anime et nous entraîne jusqu'au cœur de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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