AU FIL DES HOMELIES

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DEMEURER

I Jn 4, 7-14 ; Jn 1, 35-42

Lundi de la première semaine après l'Épiphanie – B

(5 janvier 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

R

abbi, où demeures-tu ? " Ce petit texte de l'évangile de Jean est en réalité d'une assez grande portée pour essayer de situer l'un par rapport à l'autre, Jésus et Jean-Baptiste. Comme on le sait par ailleurs les disciples de Jean-Baptiste n'avaient pas de lieu stable de rassemblement.

Jean est un prédicateur itinérant le long du Jourdain, il baptise à plusieurs endroits et ce sont les foules qui viennent à lui. Même si un certain nombre de gens plus proches, plus sensibles à sa prédication restent dans son entourage, il ne semble pas que la prédication du Baptiste ait suscité des vocations stables. Pourquoi ? Je crois que la raison principale est sans doute la suivante, c'est que Jean ne considérait pas qu'il était comme une sorte de maître à penser, il ne voulait pas se mettre dans la figure d'un rabbin qui forme des disciples. Il état plutôt dans la tradition prophétique de ceux qui annoncent leur message, qui le délivre à ceux qui l'entourent, mais sans prendre soin ni de les former, ni de faire qu'ils trouvent un lieu stable autour de lui.

Dans la question des deux disciples à Jésus, question éveillée par le fait qu'ils ont entendu désigner Jésus comme étant l'Agneau de Dieu, la question est immédiatement différente. Ils disent : "Où demeures-tu ?" cela d'ailleurs suppose probablement que Jésus pouvait avoir un lieu de résidence, peut-être provisoire, mais à proximité.

La seule question "où demeures-tu ? " montre que les disciples ont perçu qu'il pouvait y avoir un changement de perspective. S'ils s'attachent à Jésus, ce n'est pas comme jusqu'à maintenant, ils avaient fréquenté Jean de façon un peu épisodique et d'une certaine manière, en pointillé, mais c'est parce qu'ils pressentent que désormais, avec Jésus, il s'agit de demeurer. Par-delà les connotations théologiques que prendra ce mot de "demeurer", dans l'évangile de Jean, on veut dire évidemment, une certaine stabilité. Les deux disciples qui sont sans doute issus des groupes qui circulent autour de Jean, ont tout à coup l'intuition qu'ils ne peuvent pas rester dans cette situation de distance vis-à-vis du maître, mais qu'il faut qu'ils s'attachent à lui et qu'ils vivent où il demeure.

Cela sera une des caractéristiques essentielles du ministère de Jésus qui le distinguera de Jean. Jésus aura un groupe institué, choisi, qui le suivra régulièrement. On en trouvera encore les traces lorsqu'il s'agira de remplacer Judas, Luc fera dire à Pierre : "trouvons quelqu'un qui a suivi Jésus de façon stable depuis son baptême jusqu'à sa mort". Ici, Jésus n'est plus exactement perçu comme Jean, comme une sorte de parole prophétique qui passe, mais comme une parole qui peut former, qui tout normalement crée une sorte de stabilité d'orientation.

Dans d'autres textes, cette même préoccupation est exprimée non plus de la part du désir des disciples mais de la part de la parole même de Jésus : "Viens, suis-moi". Dans les deux cas, c'est la même chose. C'est l'idée que Jésus, seul, à la différence de Jean-Baptiste, est capable de créer ce qu'on pourrait appeler une école, un lien stable et durable de vie et de formation qui garantira l'itinéraire spirituel de ceux qui seront les disciples.

Aujourd'hui dans l'Église, nous vivons sur ce modèle-là. Nous ne vivons pas sur le modèle prophétique et épisodique de la parole de Jean-Baptiste, nous vivons sur le modèle d'une parole stable, d'une demeure, d'un lieu de rassemblement, de l'écoute d'une parole qui forme et accompagne chacun d'entre nous. C'est le style même de ce qui constitue la vie chrétienne, une parole qui accompagne l'itinéraire spirituel de chacun, et qui demande à chacun de rester toujours auprès du Maître.

 

 

AMEN

 

 

 
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