AU FIL DES HOMELIES

Photos

ROYAUTÉ USURPÉE

1 S 8, 1-9 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

(9 janvier 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Un roi selon le coeur de Dieu (Les Fontenottes)

F

rères et sœurs, nous allons recommencer un nouveau cycle de lecture qui nous fera parcourir pendant quelques semaines, le premier livre de Samuel. Il s'appelle livre de Samuel parce que la majeure partie de ce livre est consacrée à ce prophète, à la fois prophète et gouverneur des tribus d'Israël. Ce n'est pas un roi, ce n'est pas un chef militaire, ce n'est pas une sorte de sauveur à proprement parler, c'est plutôt un prêtre prophète qui a été choisi par Dieu dans des circonstances assez mystérieuses. Sa mère n'avait pas d'enfants et sa naissance a été un peu miraculeuse. Enfant, Samuel a été voué au temple de Dieu qui était à cette époque-là la tente de réunion abritant l'Arche d'Alliance, située à Silo, à la limite entre les tribus du nord et les tribus du sud. Là, Samuel a grandi, et a été appelé par Dieu.

Auparavant, était chef de ce sanctuaire, un certain Héli qui lui aussi accomplissait des fonctions sacerdotales, mais comme on l'a entendu dans le texte, ses deux fils n'étaient pas à la hauteur de leur tâche. Les peuplades autour de Silo se rendaient compte que ces deux hommes ne feraient pas l'affaire. Ils sont donc allés voir Samuel et ont demandé à avoir un roi comme les peuples des alentours. C'est là que la situation se corse parce que la royauté à cette époque-là n'existait pas en Israël, c'était une invention des peuplades non israélites : les Ammonites, les Élamites, les Moabites qui étaient des cousins des tribus d'Israël. Eux avaient des rois, mais Israël n'en avait pas. Qu'est-ce que cela voulait dire ? L'interprétation donnée par le texte est assez radicale : Israël n'avait pas de roi parce que Dieu était son roi. Dieu s'occupait lui-même de gouverner le peuple et suivant les besoins, il suscitait un chef charismatique, un chef de guerre, ceux que l'on a appelé les Juges. Ces hommes délivraient Israël d'une situation d'oppression, d'injustice, de pillage et ensuite, ils retournaient à leurs travaux quotidiens. On ne connaît pas exactement le mode de fonctionnement, mais quand il y avait des Juges, c'était uniquement une intervention ponctuelle. Or ici, les israélites vont voir Samuel et demandent un nouveau modèle politique sous la forme d'une royauté. Ils disent à Samuel à cause de son autorité : trouve-nous un roi.

Samuel est choqué parce que c'était nouveau. Comme il est en relation avec Dieu de façon assez suivie, il interroge Dieu concernant cette requête des israélites. Pourquoi veulent-ils un roi ? Jusqu'à maintenant, nous avons bien fonctionné sans roi, que va-t-il se passer ? La réponse ne se fait pas attendre, vous l'avez entendu tout à l'heure et elle est terrible. Dieu dit à Samuel : "Ecoute la voix du peuple en tout ce qu'ils te diront, car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, mais c'est moi, leur Dieu qu'ils rejettent. Ils ne veulent plus que je règne sur eux". Verdict radical et définitif. "Conformément à tout ce qu'ils ont fait depuis le jour où je les ai fait sortir d'Égypte, ils m'ont abandonné. Ils ont servi d'autres dieux, et ainsi, ils agissent également envers toi. Maintenant, écoute leur voix, mais tu les avertiras solennellement, et tu leur apprendras le droit du roi qui va régner sur eux". Ce texte est évidemment terrible.

Dans un premier temps, Samuel pense que les israélites auraient pu trouver qu'il ne faisait pas bien le métier et qu'il fallait nommer un successeur et il le prend contre lui. Dieu lui dit : non, ce n'est pas contre toi, mais contre moi. Ce peuple jusqu'à maintenant a toujours désobéi, et il met sa désobéissance à son comble en refusant que je sois roi pour eux, en demandant à un homme d'exercer le droit de royauté et de possession que j'avais sur mon peuple. En langage technique, cela s'appelle une usurpation. Les israélites veulent mettre un roi à la place de Dieu, ils veulent donner à un homme le pouvoir royal que Dieu jusqu'ici exerçait pour conduire son peuple. C'est une faute extrêmement grave.

Or, la royauté a marché ! C'est invraisemblable, Dieu était contre le principe, et cependant, ça a marché. Dieu pouvait le prendre comme une injure particulière qui lui était adressée à lui, Dieu. Il veulent un roi, tant pis, il l'auront et ils verront ! Mais Dieu insiste auprès de Samuel pour qu'il explique bien ce qu'est le "droit du roi", ils ont l'air de croire que tout ira très bien, mais ce ne sera pas aussi simple qu'ils le pensent. S'ils veulent pécher, qu'ils pèchent en connaissance de cause, et qu'ils voient les conséquences. S'ils s'entêtent et veulent un roi, tu les laisseras faire.

La morale de l'histoire est claire : Dieu écrit droit dans des lignes courbes ! Manifestement la royauté est une institution qui n'a pas été acceptée de gaîté de cœur en Israël. Elle n'a pas subi ce processus de labellisation qui consistait à dire que le roi était parfait et excellent et qu'on aurait pu y penser plus tôt. Il n'y a rien eu de tout cela. Les origines de la royauté en Israël on en retient surtout que les israélites ont voulu un roi, et comme dit la chanson : tu l'as voulu, tu l'as eu. C'est pour cette raison que Dieu dit : ils m'ont rejeté, ils ne veulent plus que je sois leur roi, ils verront si c'est mieux quand c'est un homme qui exercera mes fonctions royales. Mais comme avec moi ils avaient déjà désobéi, ce sera pire après, ils ne l'auront pas volé ! Laissons-les aller jusqu'au bout de la désobéissance.

Cela peut paraître cruel de la part de Dieu, mais c'est extraordinaire, car finalement, la royauté réussira. Elle réussira parce que Dieu, et c'est tout le sens des livres de Samuel et des Rois, Dieu verra bien que les rois ne sont pas parfaits, mais il essaiera sans cesse de reprendre cette institution de la royauté, de l'améliorer, de la corriger, de maintenir un dialogue permanent entre lui, ses prophètes et ses rois, pour que petit à petit les rois correspondent quand même au cœur de Dieu.

Je crois que c'est exactement la parabole de notre propre vie. Nous voulons à tout moment nous instituer des rois, nous voulons que telle idée soit reine dans notre cœur, nous voulons que l'argent ou le pouvoir soient rois dans notre cœur, nous voulons que telle facilité soit reine dans notre cœur. Pourquoi Dieu n'empêche-t-il pas tout cela ? Dieu nous laisse la liberté, mais il avertit de ce qui peut arriver, cela peut tourner à la catastrophe. Dieu n'est pas là pour faire respecter la discipline. Dieu va s'adapter, et c'est ce qui est arrivé avec la royauté. Le peuple veut un roi ? Il l'aura, mais après, il faudra que Dieu aide et accompagne le peuple pour vivre correctement et inventer la vie qui correspond à cet état.

C'est tout le sens de notre vie spirituelle. A tout moment, nous nous créons des rois et des reines, des royautés, des pouvoirs, des principes et des idoles, et Dieu est obligé de faire avec tout cela. Avec toutes les infidélités, les égarements que nous nous constituons au fur et à mesure de notre vie, Dieu doit nous conduire et doit accepter d'adapter sa propre conduite et son dessein de salut et d'amour sur nous, envers et contre tout, malgré notre péché et notre infidélité.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public