AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT L'EAU ET LE SANG, TÉMOINS DE LA FOI 

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

(9 janvier 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Saint Flour : Le Beau Dieu noir

Il y en a ici trois à témoigner : l'Esprit, l'Eau et le sang..." Frères et sœurs, lorsque saint Jean écrit ces lignes à la fin du premier siècle, il ne se trouve pas dans la situation des tout premiers chrétiens, de ceux qui, dans le jaillissement même de la Pentecôte, annonçaient au peuple la bonne nouvelle et voyaient s'agrandir chaque jour le nombre des disciples. Jean se trouve dans une situation où il s'agit de durer. L'Église ne peut durer que par le témoignage. C'est ce qu'il y a de plus extraordinaire dans son histoire. L'Église n'est pas poussée à vivre par un certain nombre de contraintes. Il n'y a pas de contrainte indispensable pour que l'Église existe encore aujourd'hui. Si par hypothèse impossible, l'Église n'avait pas réussi, notre emploi du temps serait sans doute changé, la vie serait peut-être un peu plus triste et une dimension spirituelle aurait disparu dans l'humanité présente, mais on peut supposer que l'histoire du monde continuerait quand même. Sous la contrainte de se nourrir, de vivre ensemble, de se vêtir, de poser certains actes, les hommes et les sociétés humaines arriveraient quand même à subsister et à tenir. Or ce n'est pas par de telles contraintes que l'Église tient. L'Église est parfaitement inutile. Voyant donc que l'Église n'avait pas à subsister sous prétexte qu'elle serait indispensable aux hommes pour vivre, saint Jean a voulu expliquer à la communauté à laquelle il s'adressait (nous ne savons pas de laquelle il s'agit, mais elle se situait sans doute dans la région d'Ephèse) pourquoi cette communauté tenait.

"Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu ..." C'est sur le témoignage que l'Église tient. Les évangiles sont des témoignages rédigés par des hommes, membres d'une communauté, qui attestent de la vérité de ce qu'ils disent. Mais on sait bien ce que valent dans les témoignages les protestations de bonne foi. Elles peuvent cacher le meilleur ou le pire ! La bonne foi peut être réellement de la bonne foi. On promet, on s'engage sur l'honneur, sur la Bible. On proteste de bonne foi de la vérité de ce qu'on dit. L'interlocuteur peut cependant rétorquer que ce témoignage par Lui seul ne vaut pas. Cette méditation de la première épître de saint Jean est précisément une réflexion sur ce qui constitue la vérité du témoignage.

Qu'est-ce qui fait aujourd'hui que l'évangile, l'annonce de Jésus-Christ Seigneur et sauveur de l'univers, de l'humanité, peut être reconnu comme chose vraie ? Le problème est infiniment actuel, saint Jean y répond. C'est la première fois où l'on fait une sorte de traité de théologie destiné à montrer la vérité de la foi qui est annoncée. Saint Jean atteste de la vérité de son témoignage. Il le fait à la fin de son évangile, au moment où il atteste que l'eau et le sang sont sortis du côté du Christ. Mais ce n'est pas sa protestation de bonne foi à Lui qui constitue le véritable témoignage. Ce sont précisément l'eau et le sang qui sont témoins, c'est l'Esprit qui est témoin. Le véritable témoin, ce n'est pas saint Jean ni ce qu'il écrit. C'est l'Esprit, l'eau et le sang qui sont les véritables témoins. Il y a donc un témoignage que l'on peut dire objectif. Nous traduirions aujourd'hui : une preuve.

Il y a donc une sorte de triple preuve de la vérité de l'évangile, de la vérité du témoignage. Preuve qui ne vient pas seulement de la conviction ou du désir des témoins. Or, que veut dire saint Jean à travers l'Esprit, l'eau et le sang ? Je crois qu'il veut dire une chose assez simple au fond. Il veut dire que l'Église, la communauté chrétienne de son époque, et je dirais qu'il en est de même aujourd'hui, subsistent comme telles par l'Esprit, l'eau et le sang. L'Église subsiste par l'Esprit car nous croyons que c'est l'Esprit qui fait naître l'Église. Nous croyons que toute communauté ecclésiale rassemblée est visitée par la puissance de l'Esprit. Et la vérité ultime du témoignage de la communauté ne vient pas d'elle puisque, précisément, elle est visitée par un autre. La vérité de son témoignage vient de l'Esprit. En outre, pour que cette communauté ecclésiale puisse porter témoignage, l'eau et le sang qui viennent du côté du Christ sont nécessaires et renvoient au baptême et à l'eucharistie. Vous voyez, frères et sœurs, que nous avons ici le premier petit traité de ce qu'on a appelé plus tard l'apologétique, c'est-à-dire l'art de répondre aux objections que les non-croyants adressent aux croyants. L'Église n'a jamais été fidéiste. Elle n'a jamais dit : "c'est vrai parce que j'y crois". Cette position a d'ailleurs été condamnée du point de vue théologique. A la suite de saint Jean, l'Église fonde donc la vérité de son témoignage sur le triple témoignage de l'Esprit qui la constitue comme assemblée, de l'eau du baptême par lequel chacun de ses membres baptisés reçoit son identité et du sang de la Pâque du Christ et de l'eucharistie par laquelle tout croyant vit de la vie même du Christ.

Nous avons donc une sorte de renversement de situation. On pourrait croire qu'il faut d'abord avoir la foi pour reconnaître les signes comme signes. Jean nous montre de façon très fine qu'on ne peut être croyant sans les signes. Les signes nous constituent comme croyants autant que la foi nous aide à lire les signes. Nous touchons là le mystère même de la rédaction et de la pensée de l'évangile de saint Jean. Cet évangile nous montre comment les signes engendrent la foi et comment la foi est nécessaire pour lire les signes. Les signes nous ramènent à la vérité de notre foi, à la question fondamentale de cette vérité. Vous savez qu'aujourd'hui on affirme d'abord la conviction du croyant. Il y a une mort de la théologie en discussion et réflexion chrétiennes. Il n'est pas si sûr que ce soit la bonne manière d'aborder la chose. La vérité de l'évangile ne dépend pas de nos convictions, car après tout nous pouvons croire des bêtises, cela arrive d'ailleurs plus souvent qu'on ne pense ! La vérité du témoignage de la foi, c'est le triple témoignage, le triple sceau, la triple présence, de l'Esprit, de l'eau et du sang. C'est la force des signes.

 

AMEN

 

 

 
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