AU FIL DES HOMELIES

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OÙ DEMEURES - TU ?

1 Jn 3, 7-10 ; Jn 1, 35-42

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(5 janvier 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Capharnaüm : première église - fouilles

C

 

ette page de l'évangile de saint Jean est sans doute le souvenir le plus émouvant qu'il pouvait garder dans son cœur, parce que, sans doute, et la tradition l'interprète ainsi, les deux disciples qui entendent la parole de Jean-Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu" et qui, sur cette parole simplement, se mettent à le suivre et demandent : "Maître où demeures-Tu ?" sont saint André et saint Jean lui-même. Autrement dit, on aurait là le tout premier souvenir de la rencontre de Jésus avec des disciples.

Et ce qui est curieux, ce n'est pas Jésus Lui-même qui appelle ces deux disciples à le suivre. Mais simplement, parce qu'ils ont compris le sens de la mission de Jean, les disciples, sans aucun appel du Maître, mettent simplement leurs pas dans les pas du Seigneur, avec cette seule question : "Où demeures-Tu ?" Jean et André, à ce moment-là comprennent que la prédication de Jean-Baptiste vient d'arriver à son terme. Lorsque Jean-Baptiste a désigné le Christ comme "l'Élu de Dieu" puis comme "l'Agneau" c'est-à-dire celui qui doit porter le péché du monde, celui qui doit laisser marquer sa chair par tout le poids de haine et de violence dont le monde s'accable lui-même, lorsqu'ils ont compris que cet homme qui passait devant eux était vraiment Celui qui était promis à Israël, alors, sans aucune parole, ils se mettent à sa suite. Et c'est après, que le Christ se retourne et, comme embarrassés, ils lui posent cette question qui peut paraître d'une terrible banalité : "Seigneur, où est-ce que tu habites ?" - "Où demeures-Tu" ?

En réalité ils ne se rendent pas compte, et saint Jean le comprend simplement à de nombreuses années d'intervalles qu'en posant simplement cette question, "Où demeures-Tu ?" ils posaient la question même qui est le cœur du mystère. Car, ce que les disciples ont découvert, petit à petit, c'est que le "Rabbi" à qui ils posaient la question n'avait pas simplement cette demeure qu'il leur a sans doute montrée, sans doute une petite maison modeste, un ermitage, mais que le Rabbi Jésus de Nazareth, avait comme demeure le cœur de l'homme. Au fur et à mesure que s'éveille leur foi, leur compréhension dans ce mystère du Messie qui demeure au milieu des hommes, à ce moment-là, André va voir son frère Simon et c'est sur Simon que se jette le premier regard de Dieu. Jean nous le rapporte : "Jésus le regarda et lui dit : Désormais, tu t'appelleras Pierre, tu t'appelleras Roc, tu t'appelleras Rocher." Dès le premier moment où le Christ se manifeste dans sa mission publique, au cœur du peuple d'Israël nous avons déjà tous les éléments de l'Église.

Le fait que l'Église c'est le peuple de ceux qui suivent le Christ, sans même que le Christ leur adresse une seule parole, le simple fait de savoir qu'Il est l'Agneau, à ce moment-là, on ne peut pas faire autrement que de marcher à sa suite. Et puis l'Église c'est la demeure de Dieu parmi les hommes. L'Église, c'est ce peuple qui interroge sans cesse son Seigneur : "Rabbi, où demeures-Tu ?" Non pas qu'elle ne le sache pas, mais pour qu'elle s'entende toujours proclamer qu'Il est là au milieu de nous. Et enfin l'Église est fondée sur la foi des disciples et plus spécialement sur ce Roc qui est Pierre parce que le Christ l'a regardé et a voulu en faire un rocher un appui pour notre propre confession de la foi, pour dire nous-mêmes que Jésus est Seigneur.

Qu'en ce temps de l'Épiphanie où nous approfondissons petit à petit le mystère de la manifestation du Sauveur, nous comprenions que le Christ veut se manifester dans son Église et à travers son Église. Que nous sachions que nous-mêmes nous sommes merveilleusement et gratuitement investis de cette mission d'être témoins, porteurs de la gloire de Dieu.

 

AMEN

 
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