AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉVANGÉLISATION

1 Jn 4, 15-17 ; Jn 1, 43-51

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie

(6 janvier 2004)

Homélie du Frère Yves HABERT

Gordes

L

a révélation de la venue du Fils n'est pas simplement une belle chose à regarder, n'est pas une chose de l'ordre de l'esthétique devant laquelle on s'arrêterait, bouche bée, comme les bergers, comme les mages, mais la révélation de Dieu est mise en mouvement et appel, une mise à la suite. La révélation de Dieu n'est pas non plus quelque chose qui est réservé, qui doit rester cachée. La révélation est une mise en lumière, et elle est finalement très vite une évangélisation, une manière de faire passer l'évangile dans la vie du monde, et dans nos propres vies tout d'abord. Il ne servirait à rien d'évangéliser, si nous-mêmes ne sommes pas évangélisés. Il est difficile d'avoir un thermomètre qui mesurerait notre degré d'évangélisation.

Il y aurait peut-être quelques critères à définir : est-ce que la foi pour moi est simplement un vernis de surface, un maquillage, quelque chose qui serait posé sur moi, sur mon visage, sur mon histoire, sur mon corps, sur ce que je suis ? Ou bien, suivant ce que dit saint Jean dans sa première épître, est-ce que ce n'est pas vraiment une demeure, Dieu n'a-t-il pas vraiment le souhait de venir habiter en nous pour venir évangéliser tout ce que nous sommes ? Est-ce que ce n'est pas cela la première chose ? Cette demeure dont il est parlé aussi dans l'évangile, quand on appelle les disciples ? "Viens et vois, je veux demeurer chez toi". Avant que les disciples aient pu parler, avant qu'ils aient pu traduire cette révélation, il fallait que Dieu vienne demeurer en eux. C'est pareil, il n'y a pas de thermomètre pour savoir si Dieu demeure vraiment en moi. Il faut avoir cette disponibilité du cœur, cette ouverture, cette manière de se laisser approcher, ces barrières qu'on a fait tomber, parce que ces barrières on les avait dressées. Ces barrières que l'on dresse à nouveau et que Dieu veut détruire en nous, ces murs qui sont un obstacle à l'avancée de Dieu.

S'il y a d'abord cette œuvre d'accueil de cette nouveauté, qui vient irriguer toutes les dimensions de notre être, il y a aussi une réponse à un appel, mais une réponse personnelle, une invitation personnelle. Mais je crains en disant personnelle qu'on traduise individualiste, car c'est exactement l'inverse. L'appel personnel c'est une invitation pressante, mais plus large que nous-mêmes, une invitation pressante qui est plus large que la réponse simplement individuelle que je pourrais moi-même donner. Quand on voit le Christ, alors qu'Il avait vingt mille choses à faire, quand on voit la patience qu'Il a pour constituer des communautés, pour constituer une fraternité, pour constituer quelque chose dans l'évangile, Il aurait pu être confronté à l'urgence des temps, ces guérisons, tous ces affamés, ces aveugles, ces boiteux. Mais non, Il a pris le temps patiemment de constituer une communauté. Donc, la réponse que j'offre, elle sera personnelle, mais jamais elle ne sera individualiste.

Il y a aussi dans cet acte d'évangélisation qui commence effectivement par moi-même, il y a aussi, je crois, profondément à un moment ou l'autre, accepter qu'il conduise ma vie. En fait, avec Dieu, on voudrait souvent le prendre en stop, Il est là au bord de la route, comme le Christ sur le chemin qui se rend là où Il veut aller, et l'on voudrait le prendre pour aller là où on a envie de l'emmener, là où l'on pense qu'on sera bien tous les deux. Or, ce n'est pas cela du tout. Le Christ qui est au bord de la route, mais c'est le Christ qui monte dans la voiture et qui prend le volant, et qui ne fait pas pour autant abdiquer notre volonté et notre liberté mais qui nous prend et nous emmène quelquefois, et c'est l'écho que nous avons dans la fin de l'évangile de saint Jean, là où on ne coudrait pas aller.

Il y a encore avant tout acte d'évangélisation, dans cette convocation à laquelle nous sommes appelés, il y a aussi l'attitude qui est la nôtre quand on vient communier, qui est celle des mains ouvertes, c'est-à-dire : mon Dieu, je te laisse mes mains ouvertes pour que tu les saisisses et que tu m'entraînes, pour que tu fasses ce que moi je n'arriverai pas à faire.

Voilà peut-être les échos de cette évangélisation que le Christ fait à l'aurore de l'évangile quand il veut enjoindre ses disciples à le suivre, quand il veut former cette communauté, cette belle chose à aimer, que le Christ a souhaité ardemment depuis toujours, cette Église qui est faite pour annoncer au monde cette lumière qui est apparue.

 

AMEN

 

 

 

 
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