AU FIL DES HOMELIES

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 VOCATION BOULEVERSANTE

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 35-42

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie

(5 janvier 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Metz : Jean-Baptiste n'est qu'un homme !

 

F

rères et sœurs, nous ne cessons pas d'explorer les différentes facettes de cette fête de l'Épiphanie et aujourd'hui, le mot Épiphanie pourrait être remplacé par un autre mot, le mot "vocation". Comme Dieu advient-il et naît-il au cœur du monde, comment Dieu advient-il et naît-il au cœur d'une personne bien en chair, bien présente, bien physique ?

C'est vrai que nous avons plutôt l'habitude d'observer une vocation du côté de l'objectivité, d'un Dieu qui vient comme s'imposer, de ce Dieu fait homme qui prend quelqu'un et qui lui dit : "Viens et suis-moi", de ce Fils qui passe toute la nuit en prière avant le lendemain de décider qui le suivra et qui ne le suivra pas. Et paradoxalement, dans l'évangile saint Jean nous invite à explorer la vocation d'un autre versant, un versant plus subjectif.

Vous aurez remarqué que ce passage nous fait part d'une vocation un peu plus subjective, un peu plus phénoménologique, un peu plus humaine. D'abord, c'est un homme, Jean-Baptiste qui désigne le Messie, il dit : "C'est l'Agneau de Dieu". C'est un homme qui désigne à d'autres hommes le Messie. La deuxième chose, c'est que le dialogue qui s'instaure entre les futurs apôtres et Jésus, ne repose que sur des questions. Première question qui est d'abord celle de Dieu : "Que cherches-tu ?" et la réponse des disciples sous forme d'une autre question : "Où demeures-tu ? " Ce versant subjectif est extrêmement intéressant. Pourquoi ? Il faut reconnaître que le côté logique pourrait sembler à certains de nos contemporains presque insupportable. Si la vocation, l'appel, c'est Dieu qui s'impose à moi, puisque Dieu ne m'est jamais apparu en chair et en os, je ne me sens pas appelé par Dieu ! Et ce qui est aussi intéressant dans le versant humain de la vocation, c'est qu'elle pose deux problèmes parmi d'autres, mais assez contemporains. Le fait que ce soit un homme qui désigne Dieu et non pas Dieu qui vienne s'imposer à nous pose le problème de la méfiance. Nous vivons dans une société, et l'Église elle-même a fait beaucoup de péchés et d'erreurs, et l'on peut toujours les remettre au premier plan, mais il faut reconnaître que beaucoup de nos contemporains disent : moi, je ne suis pas sûr que cette personne humaine me désigne véritablement l'Agneau de Dieu, parce que cette personne est comme moi, elle a ses fragilités, elle a ses péchés, et qu'est-ce qui me permet d'être sûr qu'elle a raison quand elle me désigne l'Agneau de Dieu ? C'est une première chose.

Et la deuxième chose, méfiance, méfiance, que nos contemporains aiment, surtout à travers la religion, c'est l'assurance. À ce moment, tout est bouleversé, c'est Dieu qui pose en premier une question : "Que veux-tu ?" et les disciples répondent : "Où demeures-tu ?" Notre monde contemporain a plutôt pour habitude de renverser les choses, c'est-à-dire que nous cherchons une assurance auprès de Dieu. Nous arrivons avec des questions toutes faites, par rapport à notre petite personne, la manière dont nous devons nous comporter, et nous considérons que Dieu doit nous apporter des réponses et des assurances.

Vous soyez, frères et sœurs, cette vocation vue par saint Jean est bouleversante à maints égards. Elle est bouleversante parce que d'abord, elle nous présente la vocation du côté de l'homme, et elle est bouleversante parce qu'elle nous rappelle que l'appel de Dieu passe par des médias humains, par nos frères, par nos sœurs, par des gens dont on pourrait se méfier. Et l'appel commence et est supporté par une interrogation. Généralement, nous n'aimons pas ces interrogations. Enfin la manifestation de Dieu passe avant tout par une question, cette question que Dieu nous pose à chaque instant de notre vie : "Et toi, que cherches-tu ?" et notre dialogue à nous repose sur une autre question : "Maître, où demeures-tu ?" C'est une question qui en fait, peut parcourir toute notre vie et elle ne trouve pas totalement de réponse ici-bas.

Frères et sœurs, que cet appel, cette manifestation que saint Jean décrit dans le début de son évangile soit pour nous l'occasion de revivifier et de reprendre à nouveau cette vocation qui est la nôtre.

 

AMEN

 

 

 

 
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