AU FIL DES HOMELIES

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DEUX VOCATIONS

1 Jn 4, 1-6 ; Jn 1, 43-51

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(6 janvier 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

'évangile selon saint Jean est souvent construit selon un procédé que j'appellerais radio­graphique. Vous savez ce que signifie passer une radio. Tout d'abord on vous ausculte de l'exté­rieur, on voit que vous toussez, que vous crachez, que vous mouchez, puis grâce à la radio on voit d'où ça vient : vous avez une grosse tache sur le poumon gau­che ou sur le poumon droit. Et bien pour écrire son évangile saint Jean a souvent procédé ainsi. Il prend le miracle de l'aveugle-né puis il montre de l'intérieur ce que veut dire l'illumination baptismale. Il prend la rencontre de Jésus avec la samaritaine et à partir de ce fait, comme par une sorte de radiographie, il fait ap­paraître tout le problème de l'annonce du Royaume à ces étrangers que sont les samaritains.

Dans le texte que nous venons de lire, il y a également un procédé radiographique. Deux voca­tions sont posées l'une à côté de 1'autre, celle de Phi­lippe et celle de Nathanaël. Je dirais que celle de Phi­lippe correspond à la phase d'observation externe. Jésus rencontre Philippe et lui dit : "Viens ! Suis-Moi !" et Philippe part. Cela c'est ce que l'on peut constater de l'extérieur. Toute vocation est ce moment où Dieu dit à quelqu'un "viens ! Suis-Moi !" et l'on se met en route. Mais tout est dit parce qu'effectivement déjà on sait que l'homme est en route à la suite de son Seigneur et qu'il est appelé ensuite à témoigner de cet appel pour lui en faveur des autres et de manifester ainsi que la grâce de Dieu l'a totalement saisi.

Mais dans la vocation de Nathanaël saint Jean nous montre une vocation par procédé radiogra­phique. Sans doute que la vocation de Nathanaël s'est déroulée un peu de la même façon que cet appel pro­fond de Philippe, même si saint Jean ne nous rapporte pas un dialogue analogue. A chaque appel du Christ, il fallait ce moment où il est dit : "Viens ! Suis-Moi !" Mais Jean nous montre les tenants et les aboutissants de la vocation de Nathanaël avant même que l'événe­ment puisse se produire. De même que si l'on va chez le médecin parce que l'on mouche ou l'on tousse c'est qu'il y a une maladie à l'intérieur décelable par la ra­diographie, de la même façon, quand il y a vocation, il y a quelque chose d'antérieur. Il y a quelque chose de plus profond qui fait que, effectivement, tout le processus est mis en route. Or quel est ce processus ? Il est de deux sortes.

Il y a d'une part le fait que Nathanaël reçoit l'annonce de Jésus-Christ comme de "Celui dont il est parlé dans la Loi et les Prophètes". Cela c'est la pre­mière ligne, la première visée. Le Christ n'est pas simplement quelqu'un qui passe, mais Il est "Celui dont il est parlé dans la Loi et les Prophètes". Depuis toujours le Christ devait venir et devait être annoncé et devait être manifesté comme "Celui dont il est parlé dans la Loi et les prophètes". Cela c'est la pre­mière ligne.

De l'autre côté, c'est la répartie du Christ : "Avant que Philippe ne t'appelle, je t'ai vu sous le figuier ". Cet avant ne signifie pas que trente secondes avant Jésus avait eu une sorte de vision, mais Jésus a vu Nathanaël sous le figuier comme il a vu Abraham, c'est-à-dire du cœur même de son éternité. C'est dire qu'à la ligne dans laquelle Jésus vient dans la ligne de la Loi et des prophètes, il y a l'autre ligne dans la­quelle nous sommes aimés, appelés par Dieu depuis avant la fondation du monde. Et c'est précisément le moment du "viens et Suis-Moi !" qui est comme l'in­tersection de deux lignes : la ligne du Messie qui vient selon l'accomplissement des Écritures, selon le dessein de Dieu, et d'autre part son regard qui nous croise selon la connaissance qu'Il a de nous de toute éternité, et dans laquelle précisément Il nous appelle.

Toute vocation baptismale se situe toujours à la rencontre de ces deux lignes. Chaque fois qu'un homme est appelé à devenir un chrétien c'est la ren­contre de celui qui est depuis toujours et qui est at­tendu par le monde entier comme "Celui qui vient selon la Loi et les prophètes", et d'autre part ce mysté­rieux appel qui retentit déjà dans son cœur depuis toute éternité, car il n'aurait pas existé si ce n'était pour être appelé et entendre la parole "viens et suis-Moi !"

Il en est de même dans notre vie. Il y a tou­jours l'aspect d'observation externe. C'est le fait que Jésus nous dit jour après jour : "Viens et suis-Moi !" Mais il y a aussi l'aspect par lequel nous savons, par révélation du Seigneur, que nous sommes appelés à rencontrer Celui-là même qui nous connaît depuis toute éternité, et qui avait décidé, de toute éternité de venir à notre rencontre. C'est cela qui tisse notre his­toire humaine. C'est cette intersection entre le plan du déroulement des événements les uns après les autres et d'autre part le fait que tout ce plan a une cohérence, une unité qui ne vient pas de nous, pas même de notre volonté ni de notre désir, mais de la connaissance que Dieu a de nous, Lui Jésus-Christ, le Messie selon la Loi et les prophètes qui nous a déjà vus depuis long­temps "sous le figuier".

 

AMEN

 

 

 
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