AU FIL DES HOMELIES

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L'AGNEAU DE DIEU

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 35-42

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(5 janvier 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est en entendant le Baptiste leur dire : "Voici l'Agneau de Dieu !" que ses disciples André et Jean ont suivi Jésus. C'est un mot unique parce que, dans l'ensemble de la Bible, seul l'évangé­liste Jean l'emploie, à deux reprises, toujours d'ailleurs dans la bouche de Jean-Baptiste et à la première fois pour signifier que cet Agneau de Dieu porte le péché du monde. Dans sa première épître, saint Pierre fera écho à cette expression de Jean-Baptiste lorsqu'il parlera d'un "agneau sans tache et sans reproche, le Christ". Il s'agit donc d'une expression unique et il est étonnant, curieux, peut-être bouleversant, que des disciples de Jean-Baptiste, Jean et André le quittent sur cette simple dénomination d'Agneau de Dieu, portée par Jean-Baptiste sur Jésus qui passait par là. Que pouvait bien signifier dans le cœur et dans la foi de ces deux disciples cette expression "Agneau de Dieu " ? Elle est, comme en raccourci, un résumé extrêmement fort au plan théologique du Messie. Je voudrais simplement en rappeler quelques notes, puisées dans l'Ancien Testament.

L'Agneau ! Lorsque Jean et André ont en­tendu ce mot, ils ont, dans leur foi, immédiatement pensé à l'agneau de l'holocauste, du sacrifice d'Abra­ham, cet agneau que Dieu a donné à Abraham pour qu'il puisse l'immoler en place et rôle de son fils Isaac. Cet agneau du premier sacrifice n'est pas un agneau expiatoire, ce n'est pas un agneau de douleur, ce n'est pas l'agneau de l'abattoir, c'est l'agneau de la pure offrande, de la gratuité, pour Dieu seul, sans autre raison que le fait d'avoir été demandé par Dieu. C'est la réponse et le signe de la réponse totale parce que Dieu est unique et attende de l'homme que celui-ci lui donne tout ce qu'il est, par pure gratuité, sans aucune raison, sans autre motif que Dieu est Dieu. Et pour Jean et André, il y a donc eu, dans leur esprit, en entendant le mot "Agneau de Dieu" cette répercussion forte de la gratuité absolue. C'est probablement d'ail­leurs un de ces éléments qui les mettra en route pour suivre le Christ.

Le deuxième écho, c'est cet agneau de la Pâ­que, l'agneau de la nuit, l'agneau de l'Exode qui fut non pas là encore un agneau expiatoire mais l'agneau du repas, l'agneau de la communion, l'agneau d'une communion qui libère, l'agneau d'un repas pris en­semble et qui constitue déjà un peuple car la première notion de peuple, ce n'est pas d'exister les uns à côté des autres ni par je ne sais quelle idéologie, mais c'est de prendre son repas ensemble. Et cet agneau que Dieu a donné dans la nuit de la Pâque est la première constitution d'un peuple, du peuple de Dieu qui est appelé à la communion avec Dieu. Après la gratuité, il y a eu donc l'écho théologique de la communion avec Dieu mais également entre eux. D'ailleurs ceci se répercutera puisque eux-mêmes seront les ministres de cette communion ecclésiale, puisque Jean et André appelleront leurs amis et leurs frères pour constituer le premier noyau d'un peuple de communion.

Un autre écho est celui du livre d'Isaïe qui est l'agneau de douleur, l'agneau de l'innocence, l'agneau conduit à la mort, l'agneau du silence, l'agneau de l'offrande pour porter le péché du monde, non plus le bouc émissaire chassé dans le désert, mais l'agneau immolé qui réintroduit le peuple dans la ville, dans la cité, justement pour que ce peuple puisse continuer à vivre cette communion avec Dieu, malgré son péché, malgré ses blessures et malgré sa mort. Et l'agneau du repas est donc aussi ici l'agneau de l'innocence et de la souffrance.

Il y a deux autres échos moins importants, mais qu'il ne me déplaît pas de rappeler. Le psaume 114 dit que "le berger rassemble son troupeau et les agneaux bondiront de joie sur les collines." L'agneau est donc aussi le symbole de la joie, le symbole de cette espèce de spontanéité, de cette espèce de gaieté immédiate, première de ceux qui viennent de naître. Et le deuxième texte c'est celui du chapitre onzième d'Isaïe où il est annoncé que "le loup habitera avec l'agneau", non pas pour que le second soit mangé par le premier, mais pour que le loup soit transfiguré et devienne un ami de l'agneau. C'est un petit peu la parabole de notre conversion de pécheurs par la fré­quentation de l'agneau qui nous transfigure à son image, à sa ressemblance et selon son cœur.

Voila quelques-uns des échos scripturaires et profondément spirituels que Jean et André ont laissé peut-être répercuter dans leur cœur d'homme, dans leur cœur de croyant, dans leur cœur qui cherchait Dieu. Et ces échos de la Parole de Dieu les ont mis en route pour suivre Celui que Jean-Baptiste désignait prophétiquement, c'est-à-dire comme étant réellement présent devant eux, l'Agneau de Dieu.

Nous aussi, c'est cet Agneau de Dieu que nous suivons, en tout cas que nous voulons suivre. Suivre l'Agneau de Dieu c'est demeurer avec Lui jus­qu'à son heure, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'Il manifeste et prenne sur Lui toutes les images, toutes les préfigu­rations de l'Agneau dans l'Ancien Testament, l'Agneau offert en sacrifice d'expiation pour nos pé­chés, corps livré, sang versé pour le pardon des pé­chés de la multitude, et en même temps Agneau pas­cal de la communion qui, en nous libérant du péché, nous permet de redevenir frères et donc de constituer l'Église, l'humanité nouvelle.

Et en même temps, suivre le Christ, c'est déjà comme saint Pierre le pressentira encore "tressaillir d'allégresse comme l'agneau sur les collines du prin­temps". Et c'est aussi déjà être allégé de toute cette turpitude des loups pour que nous puissions apprendre à vivre avec le Christ Agneau de Dieu et également agneaux les uns avec les autres. Et ceci dans l'attente qu'un jour, tous ensemble, avec l'Agneau devenu no­tre pasteur, nous bondirons de joie sur les collines éternelles dont Il est l'unique désiré.

 

AMEN

 

 

 
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