AU FIL DES HOMELIES

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JE T'AI VU ... TU VERRAS ...

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1,43-51

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(4 janvier 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

P

our l'évangile, il n'y a dans la vie que deux choses à voir. La première c'est nous-mêmes, la seconde c'est "le ciel ouvert". "Je t'ai vu", dit Jésus à Nathanaël. Donc si tu veux, "tu verras le ciel ouvert."

Etre vu de Dieu, non pas que Dieu soit un voyeur. Etre vu de Dieu pour croire. Parfois la foi est pour nous une sorte de réflexion abstraite, ce qui n'empêche pas qu'elle soit théologique, de moins je l'espère, mais elle reste peut-être à un niveau juste­ment au-dessus des yeux, dans le cerveau, ce qui n'est pas mauvais, mais il faut qu'elle descende un peu. Nathanaël a cru. Lui qui était intelligent, qui scrutait les Écritures, il savait de quoi il retournait quant-à la venue du Messie. Il a cru simplement quand il a su qu'il était regardé, qu'il avait été vu, sans que lui-même s'en aperçoive, lorsque Jésus discrètement était passé près de lui et l'avait regardé, l'avait contemplé sous son figuier. Or nous savons par l'évangile du "jeune homme riche" que celui que Jésus regarde, Il l'aime. "Il le regarda et Il l'aima." Et cet amour est certainement applicable à Nathanaël dans le regard même de Jésus.

Croyons-nous que nous vivons chaque ins­tant, même sans le savoir toujours, dans ce regard de Jésus posé sur nous ? "Il le regarda et Il l'aima." Il nous regarde et Il nous aime. Ce regard est celui qui crée, celui qui recrée. C'est le regard de la tendresse, du pardon. C'est le regard de la miséricorde et donc de l'exigence de la foi. Sommes-nous des croyants qui acceptons de vivre ce que nous avons à vivre, pas autre chose, ce serait une illusion, sous ce regard du Christ continuellement posé sur nous ? Sommes-nous des croyants qui, à un certain moment, comme Natha­naël, laissons notre foi non pas être nourrie de ce que nous pensons ou faisons, mais simplement, très sim­plement et profondément, du regard de Jésus posé sur nous ?

Et puis ce regard posé sur nous creuse lui-même, illumine, donne le sens de notre vie qui est de voir le ciel ouvert. C'est cela que nous aurons à voir. Nous sommes vus de Dieu pour, un jour, "voir le ciel ouvert". Ce n'est pas simplement le terme de notre vie, c'est aussi chaque pas qui nous conduit vers le terme. Ce n'est pas simplement le but final, c'est la fin de chacun de nos pas, de chacune de nos étapes, de chacune de nos rencontres, de nos engagements, de nos souffrances ou de nos amours, peu importe si tout ceci est un pas que nous faisons sous le regard du Christ pour découvrir dans notre propre vie cette ou­verture du ciel qui lui donne sens, qui lui donne pré­sence, qui lui donne son exigence.

Oui, au fond, au plus profond de notre cœur, notre foi se vit dans ce double jeu de regards, celui de Jésus posé sur nous qui, un jour, transformera com­plètement le nôtre pour que nous puissions le voir à ciel ouvert, c'est-à-dire sans limite, sans inquiétude, sans questions. Et là nous pouvons nous rappeler celui que nous fêtions, il y a quelques jours, saint Etienne : "Je vois le ciel ouvert et Jésus dans la gloire !"

Que ce temps de l'Epiphanie nous ramène à la réalité la plus simple de la foi, la plus profonde, peut-être la plus immédiate, la plus proche et donc la plus difficile à vivre pour nous, ce regard de Dieu, ce regard de Jésus posé sur nous, posé en nous et qui nous fait nous proposer de le voir un jour et déjà de vivre aujourd'hui de cette vision, même si elle reste souvent obscure, lointaine et difficile. Cette vision c'est sa présence dans notre propre vie.

 

 

AMEN

 

 
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