AU FIL DES HOMELIES

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DEMEUREZ, VENEZ ET VOYEZ

1 Jn 3,18-24 ; Jn,1,35-42

Mardi de la première semaine d'Épiphanie – B

(4 janvier 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

R

abbi où demeures-tu ? Venez et voyez leur dit Jésus ". Demeurer, venir, voir, je ne connais pas de mots plus galvaudés actuellement dans les comportements et dans la civilisation contemporaine. Demeurer, c'est habiter dans un ap­partement, c'est quelque chose de provisoire, en géné­ral on sait que ce ne sera pas pour la vie, venir... aller et venir, c'est la réalité du voyage, c'est ce qu'il y a de plus commun de plus habituel, avec l'avion, le TGV, et le VTT, et voir, et bien, il suffit d'ouvrir le poste de télévision.

Autrement dit, ces trois mots sont devenus dans notre univers actuel des choses presque sans importance, je n'ose pas dire sans intérêt, mais cela fait partie de notre manière de raisonner et de vivre.

Dans le monde ancien auquel écrit saint Jean, ces trois mots ont un sens tout différent. Demeurer, c'est avoir un lieu, et dans l'antiquité bâtir une maison, ce n'était pas l'affaire de Bouygues, c'était l'affaire de toute une vie, c'était quelque chose qui vous plantait, vous insérait, qui vous tenait dans un lieu dans une cité, demeurer, c'était l'identité. Venir, ou suivre c'était quelque chose d'extrêmement grave, se dépla­cer, c'était toujours prendre des risques, risques de la mer, risques du voyage avec les brigands, instabilité précarité de l'existence du voyageur, ce qui est encore resté aujourd'hui dans le thème du pèlerinage. Et voir, c'était ce qu'il y avait de plus important. Tous les philosophes avaient promis aux hommes de voir, tous les philosophes avaient dit que tout ce que nous voyons dans ce monde n'est rien par rapport à ce : regarde vers les vérités éternelles. Voir, ce n'était pas ouvrir le bouton de la télévision, mais voir c'était la plus grande disponibilité, le plus grand accueil aux plus profondes et aux plus essentielles réalités.

C'est précisément ce qui nous permet de com­prendre l'appel des disciples. Pour les disciples, quand ils posent la question : "Où demeures-tu ?" c'est : "où pouvons-nous trouver notre identité " ? C'est déjà toute la question de la cité de Dieu qui est posée, "où habites-tu", dans la mesure où les disciples ont pres­senti qu'ils pourraient vivre avec lui, ils veulent savoir où ils peuvent planter leur demeure. C'est exactement la réciproque du prologue, il a demeuré parmi nous, lui est venu se faire un citoyen du monde, et eux di­sent où demeures-tu, avec l'arrière-pensée : où pou­vons-nous rester avec toi, comment pouvons-nous devenir tes concitoyens. Puis, venez, voyez, alors que chez les anciens, on allait, et ensuite on se stabilisait et l'on voyait, ici, le Christ dit en même temps, insé­parablement, simultanément, venir et voir. On ne peut pas voir sans bouger. C'est cela le mystère et la révolution dans la recherche de Dieu. Pour les anciens, dans le monde antique, voir, c'était le moment du repos, de l'arrêt, de la station, de l'immobilité. Ici le Christ dit : "Venez et voyez", c'est dans la mesure où vous marcherez à ma suite que vous verrez. Le "voir" n'est pas après le "venir", il est en même temps, il est concomitant.

Petit à petit dans la tradition chrétienne, cet ensemble venir et voir a pris un sens très spécifique, c'est celui de la conversion. La conversion c'est le fait de chercher Dieu en étant toujours en mouvement, en étant toujours en devenir, c'est cela le sens de l'exis­tence chrétienne, c'est cela le changement que le christianisme a apporté dans la conscience religieuse de l'humanité, il a dit que le "voir" n'était pas au bout, il a dit que le "voir" commençait déjà dans "le marcher à la suite du Christ".

 

 

AMEN

 

 
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