AU FIL DES HOMELIES

Photos

SÉPARATION ET INTÉGRATION

1 Jn 4, 7-14 ; Jn 3, 13-21

Mardi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(8 janvier 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

N

ul n'est monté au ciel hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'Homme". Ce verset, frères et sœurs, nous renvoie bien sûr en ce temps de Noël au début du premier chapitre de l'évangile selon saint Jean, c'est le Verbe fait chair, le Christ, le Fils de l'Homme qui est descendu du ciel pour venir habiter au milieu des hommes. Pourtant, je trouve que ce verset pourrait nous interroger de deux autres manières en soulevant deux problèmes.

Le premier problème, c'est que le Fils de l'Homme qui descend du ciel, qu'est-ce que cela veut dire à l'époque de Jésus ? Dans un milieu carrément apocalyptique, la figure du Fils de l'Homme est étroitement associée à la fin du monde, à la destruction, au jugement. On retrouve ainsi régulièrement dans les textes l'épisode de Sodome et de Gomorrhe, ou l'épisode du Déluge associés au jugement de Dieu qui vient juger en séparant, en détruisant ce qui est péché, ce qui est mal et en préservant ce qui est bien et juste.

Deuxième problème dans ce verset que j'ai isolé, nous avons le sentiment que le Fils de l'Homme descend seul du ciel, oui, d'accord, mais nous avons aussi l'impression qu'Il remonte auprès de Dieu, seul. Par rapport au premier problème que j'ai soulevé, c'est vrai que le Fils de l'Homme pourrait nous apparaître comme un inspecteur aux comptes, qui vient vérifier la trésorerie de la société, qui vient mettre en lumière les comptes qui ont été trafiqués, qui vient juger, frapper du poing, condamner et repartir en laissant la société jugée et condamnée. Est-ce que le Fils de l'Homme est celui qui vient nous condamner et repartir en laissant en état la situation telle qu'elle est. Je crois que la grande délicatesse et la grande intelligence de Jésus, c'est de faire suivre ce verset en le mettant en rapport avec cette image que nous retrouvons dans le Pentateuque, Il dit : "Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'Homme". Je crois que pour répondre aux deux questions que j'ai soulevées tout à l'heure, nous avons intérêt de méditer à partir de cette image du serpent dans le désert et aussi à travers une autre image que le Christ nous donne juste après quand Il se présente comme étant l'envoyé.

En effet, ce discours de Nicodème, plus particulièrement le passage que nous avons lu, nous renvoie à une sorte de double mouvement qui est évoqué dans le verset treize : Dieu descend dans une crèche parmi les hommes, pour que les hommes puissent siéger un jour à la droite de Dieu. En fait, c'est déjà fait puisque l'humanité du Christ siège à la droite de Dieu à la suite du mystère de l'Ascension. Mais ce que je veux dire c'est que l'épisode du serpent d'airain et l'image de l'envoyé, autrement dit le Fils de l'Homme qui est envoyé par Dieu auprès des hommes, nous montre que le salut ne se fait plus en séparant; Je l'ai dit tout à l'heure, nous pourrions imaginer à travers certains événements bibliques, nous pourrions même imaginer ce que nous faisons quand nous jugeons, nous séparons. Nous faisons une critique, nous discernons, et nous tranchons, ce qui est bien, pas bien, ce qui est possible, impossible. C'est vrai que pour nous, le jugement par définition passe par ce critère comme un couperet qui vient juger, qui vient trancher.

L'épisode du serpent d'airain qui consiste en ce que les hommes soient sauvés par l'image même de ce par quoi ils meurent, c'est-à-dire le serpent, et l'image de l'envoyé qui ne vient pas pour condamner mais pour sauver, nous fait apparaître le Fils de l'Homme, l'envoyé, mais aussi le juge, nous fait apparaître ces trois mages à travers une autre lumière. Cette fois il n'est plus question de sauver le monde par le déluge, le feu ou etc … mais il s'agit de sauver le monde en intégrant ce qui nous semble absolument impossible à intégrer, la mort, le péché, etc … Je crois que c'est cela la grande nouveauté dans l'incarnation et la venue du Fils de l'Homme. Il ne vient pas trancher et séparer, mais il vient intégrer au cœur même de l'économie de Dieu, au cœur même du plan du salut, ce qui nous semble pour nous absolument impossible, nos péchés.

Frères et sœurs, que ce temps de Noël et tous ces textes que nous lisons notamment avec Nicodème, et souvent l'idée aussi que nous nous faisons de Dieu juge, que cette vision du Dieu juge soit pour nous l'occasion de découvrir non pas un juge qui vient nous condamner ou qui vient même nous détruire, ou séparer ce que nous sommes, mais que ce juge qui vient s'incarner le jour de Noël, ce juge, est celui qui vient intégrer à l'intérieur même de sa vie et de sa Passion la mort la souffrance et le péché pour nous appeler à siéger à sa droite.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public