AU FIL DES HOMELIES

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LES TROIS TÉMOINS

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(9 janvier 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, dans la première lecture, nous avons entendu cette phrase qui est bien connu et qui revient souvent dans notre cœur et notre mémoire, comme une ritournelle : "Il y en a ainsi trois à témoigner, l'Esprit , l'eau et le sang et ces trois tendent au même but". Ce dont Jean veut parler, c'est donc du témoignage évangélique, le témoignage rendu à Jésus. Cela dit, il ne faudrait pas se méprendre sur la nature et la fonction du témoignage, car lorsque nous pensons témoin ou témoignage, il s'agit d'attester de la vérité. Autrement dit, le témoignage ou le témoin parle des choses qui ont eu lieu, des événements qui se sont produits, des personnes qui les ont réalisés. C'est la première dimension du témoignage. De ce point de vue-là, l'Esprit, l'eau et le sang sont les témoins de la mort et de la résurrection du Christ puisque c'est l'eau et le sang qui ont coulé du côté du Christ qui manifestent et témoignent de sa mort réelle, et c'est l'Esprit qui a ressuscité Jésus d'entre les morts qui témoigne de ce qu'il est vivant. C'est le témoignage du côté de l'objet, du côté de ce qui s'est passé.

Il y a une deuxième fonction du témoignage qui n'est pas négligeable non plus et qui est très importante : c'est la fonction du témoignage, du témoin en tant que tourné vers les personnes à convaincre. En effet, quand on témoigne à la barre dans un tribunal, non seulement on a la qualité de témoin parce que normalement on a vu ce qui s'est passé ou l'on a des idées sur l'événement, mais surtout, on vient à la barre pour convaincre les juges. Cette deuxième dimension du témoignage est celle par laquelle la réalité qui a eu lieu prend corps non seulement comme elle l'a fait dans le cœur du témoin, mais dans le cœur des auditeurs et dans le cœur de ceux qui écoutent le témoignage, cette dimension-là est aussi importante sinon plus importante que l'autre. Si c'est témoigner simplement pour raconter des histoires, on n'a qu'à mettre des cassettes. Or le problème n'est pas le témoignage cassette, ce n'est pas le témoignage vidéo, c'est le témoignage qui consiste à témoigner auprès de personnes pour les convaincre et leur faire partager la vérité que l'on peut attester.

Là, il faut bien reconnaître que les trois témoins ne sont pas tout à fait égaux. L'eau et le sang témoignent du Christ en tant qu'il a subi la mort, l'Esprit témoigne du Christ en tant qu'il est ressuscité, mais la différence, c'est que l'Esprit est à l'œuvre comme témoin pour convaincre les auditeurs. C'est tout le problème de l'Église. Certes, l'eau et le sang peuvent toujours servir de témoignage pour appuyer la parole, pour appuyer la vérité, mais l'Esprit, c'est tout autre chose. L'Esprit a donc véritablement une double fonction de témoin : à la fois pour ressusciter le Christ et poser la réalité même du salut pour toute l'humanité, mais surtout, l'Esprit continue ensuite à témoigner, c'est-à-dire à convaincre avec la mission apostolique, avec la vie de l'Église, avec l'attente du Royaume.

Frères et sœurs, c'est très important de bien comprendre le rôle de l'Esprit qui est témoin dans cette double fonction : attester ce qui s'est passé, et convaincre ceux qui sont appelés à croire. C'est cette double fonction de l'Esprit que nous réalisons dans notre vie baptismale ou notre préparation baptismale, à la fois l'Esprit qui nous éclaire sur la réalité et l'origine de notre salut, qui nous éclaire sur ce qu'a été Jésus, ce qu'il a fait, ce qu'il a réalisé pour nous. Mais l'Esprit en même temps crée l'adhésion à l'intérieur de notre propre vie et il ne faut pas négliger cette deuxième dimension. C'est le même Esprit qui fait les deux choses, qui éclaire notre intelligence sur la réalité du salut, qui donne la puissance de conviction pour que notre cœur, notre intelligence, notre amour adhère à cette réalité. Ce n'est pas tout à fait la même chose. C'est l'Esprit qui réunit les deux choses.

C'est vrai que l'eau et le sang le réalisent imparfaitement, comme des témoins matériels de ce qui s'est passé. Mais l'Esprit est véritablement celui qui pousse jusqu'au bout la dynamique du témoignage au plus intime de notre vie, de notre foi, et de l'adhésion que cela suppose.

 

AMEN

 

 

 

 
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