AU FIL DES HOMELIES

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 UN AMOUR SANS CRAINTE

1 Jn 4, 18-21 ; Jn 3, 1-12

(7 janvier 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Lavaudieu : Saint Jean

O

 

n pourrait qualifier saint Jean de maître de l'amour dans ses épîtres, et le passage en particulier que nous avons lu en première lecture nous fait défaut. C'est un peu comme une sorte de refrain continu : l'amour de Dieu, l'amour pour les autres, l'amour répandu dans les cœurs. Dans ce passage que nous avons écouté, saint Jean nous dit : "il n'y a pas de crainte dans l'amour". IL y a comme une sorte d'itinéraire que nous pourrions suivre avec saint Jean sur ce qu'est le véritable amour car bien sûr pour lui, ce n'est pas un mot galvaudé, mais c'est une expérience intime de cette proximité avec le Christ, Jean dont on dit qu'il reposait la tête sur la poitrine du Christ lors du dernier repas, entendant presque battre son cœur, la source de cet amour.

"Il n'y a pas de crainte dans l'amour". L'amour pour Dieu, transcende celui que les hommes peuvent se porter entre eux. Saint Jean n'est pas dupe, que lorsqu'il utilise ce mot, cela fait écho dans l'expérience des hommes à ce qu'ils connaissent et à ce qu'ils vivent eux-mêmes. Or, on le sait, trop souvent, l'amour entre les hommes n'est pas parfait, il peut être teinté de tellement de malentendus qui encombrent aussi bien le cœur que l'esprit, que cet amour est un amour qui trouve en lui-même une réponse autrement dit, limitée. Alors que l'amour pour Dieu et que l'amour de Dieu pour l'homme est au contraire un chant d'action de grâces, un chant illimité.

Ainsi, l'amour pour Dieu, contrairement à l'amour que les hommes échangent, c'est un amour qui ne se recherche pas lui-même. Ce n'est pas un amour où la recherche de son identité, de sa personnalité, à travers l'autre, serait un sorte de réponse à la quête de sens que tout homme porte en lui. L'amour pour Dieu n'est pas une recherche simplement de l'autre, qui serait encore ainsi une manière détournée d'essayer de combler nos propres attentes. A plus forte raison ne s'agit-il pas d'un amour comme on peut le connaître, comme l'amour paternel, ou éventuellement d'autres amours, qui peuvent inspirer la crainte ou la peur. Dans ces cas-là, c'est une sorte de défiance, ou d'amour infantile, où l'on n'a pas confiance définitivement en l'autre, même si sans compter, on peut s'appuyer sur lui. La crainte n'est pas dans le parfait amour, parce que le parfait amour, dit saint Jean, "bannit la crainte".

Il nous rappelle aussi, deuxième chemin ou itinéraire de cet amour parfait, c'est que très souvent nous considérons que nous sommes à la source de notre propre amour. Or saint Jean nous dit que c'est "Lui qui nous a aimés le premier". Il est bien le Dieu créateur qui nous a créés, donc qui a mis en nos cœurs, dans notre vie, toutes les actions, toutes les pensées dont nous sommes capables. L'homme par orgueil peut aussi se détourner du parfait amour en pensant qu'il en est à la source. Ainsi, le parfait amour n'est ni dans l'égoïsme, la recherche de soi, ni dans l'orgueil, en pensant que c'est soi-même qui est à la source de l'amour.

Troisième chemin et troisième itinéraire de ce parfait amour, c'est qu'il a comme une sorte de vérification. L'amour de Dieu c'est gentil, mais cela ne dérange personne. En revanche l'amour de Dieu vérifié dans l'amour des frères, c'est une tout autre affaire. En effet je peux dire aimer Dieu, mais si je n'aime pas mes frères, alors, je suis un menteur, dit saint Jean. Il fait du frère comme on a aimé à le dire, comme le sacrement de la charité, celui par qui et avec qui nous passons tous ensemble dans cette plénitude de l'amour de Dieu qui nous aime à la fois personnellement, et qui appelle tout homme à sa gloire et à son amour. Ainsi, un amour de Dieu qui ne comprendrait pas que cet amour est pour l'ensemble de tous les hommes, et que je suis solidaire de tous ces frères, que je suis en communion avec eux et que cela ne sera jamais sans eux que j'irai à Dieu, ainsi nous est-il ouvert ce chemin de l'amour parfait. Ainsi nous est-il fait une invitation à découvrir le visage de Dieu à travers la réalité du visage de nos frères.

Oui, le parfait amour bannit ainsi la crainte, on le voit bien puisqu'une des plus grandes peurs, c'est de se frotter les uns aux autres, une des plus grandes peurs, c'est celui qui est à côté de moi, parfois et que j'ai du mal à aimer. Quand je dis aimer Dieu, je n'ai plus peur, forcément, ni de Dieu, mais surtout pas de l'autre.

 

AMEN

 

 

 
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