AU FIL DES HOMELIES

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LES CIEUX SE DÉCHIRENT

1 Jn 5, 1-4; Mc 1, 9-15

Mercredi de la première semaine du temps de l'Épiphanie – A

(11 janvier 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

A

 

vant de commenter brièvement cet évangile du début du ministère de Jésus, en saint Marc, je voudrais vous relire quelques phrases du chapitre 63 du prophète Isaïe. Ceci pour nous aider à comprendre ce mystère que nous nous préparons à fêter dimanche le baptême de Jésus. Le chapitre 63 d'Isaïe prend la forme d'un long psaume de supplication et en même temps d'espérance. Il rappelle les hauts faits que Dieu a accomplis pour son peuple et il interpelle ce Dieu pour qu'il ne cesse de combler son peuple de ses dons, car, sans ses dons, son peuple n'est plus un peuple. "Vraiment, ils sont mon peuple ! "proclame Isaïe. "Mais ils se révoltèrent, ils contristèrent son Esprit Saint." - "Alors, ils devinrent ennemis de Dieu. Il leur fit la guerre." - "Il se souvint des jours du passé, de Moïse, son serviteur." - "Où est Celui qui mit en lui son Esprit-Saint ? qui fit agir la droite de Moïse son bras glorieux, qui fendit les eaux devant eux ? qui les fit marcher au fond de l'abîme aussi aisément qu'un cheval dans le désert ? L'Esprit du Seigneur les menait au repos."

Et un peu plus loin, c'est ce cri du prophète que nous avons chanté pendant l'Avent : "Si tu déchirais les cieux ! Si tu descendais ! pour faire connaître Ton Nom à tes ennemis !''

Or, dans cet évangile que nous venons d'entendre, saint Marc, au moment où Jésus remonte de l'eau, décrit les cieux en disant qu'ils se déchirent, puis il ajoute que l'Esprit est descendu et qu'une voix proclame : "Tu es mon Fils bien-aimé, Tu as toute ma faveur." Saint Marc est le seul évangéliste à dire, en rapportant la scène du baptême de Jésus, que "les cieux se sont déchirés". Luc et Matthieu emploient un mot moins fort, j'allais dire moins dramatique, ils disent seulement : "les cieux se sont ouverts."

Saint Marc a repris cette image des cieux qui se déchirent à la prophétie d'Isaïe. Lorsque les cieux se déchirent, c'est que la détresse de l'homme va se terminer. C'est que Dieu, qui a entendu et qui entend toujours les cris de son peuple, va y répondre. C'est que la longue prière, prière émouvante du prophète, va s'accomplir. Dieu l'a écouté et Dieu va lui donner un bienfait nouveau. Or vous avez vu tout à l'heure que ce que le prophète appelait, c'était l'Esprit du Seigneur, cet Esprit qui conduisait le peuple par le ministère de Moïse, cet Esprit qui était descendu, qui avait investi les rois au moment où ils recevaient l'onction, cet Esprit qui devait faire que, par le ministère des rois, le peuple soit dirigé selon la volonté et selon le désir de Dieu. Isaïe a supplié Dieu d'en terminer avec sa vengeance, avec sa colère, avec son silence. Il a interpellé les cieux pour que ces cieux se déchirent et qu'enfin Dieu donne son Nom, c'est-à-dire qu'Il manifeste sa Face, qu'Il vienne Lui-même, en personne pour sauver son peuple. Cet accomplissement de la prière d'Isaïe se trouve dans le baptême de Jésus.

Les cieux se déchirent, non plus de la déchirure de la colère, comme le manifestait l'orage mais pour une manifestation de tendresse car c'est l'Esprit qui est donné c'est l'Esprit du Père qui descend, manifestant la proximité, la tendresse du Père pour son Fils bien-aimé, en qui repose toute sa faveur. Cet Esprit descend. C'est la pluie, c'est la rosée qui vient féconder, sur la terre, le peuple nouveau et qui vient donner à ce peuple nouveau un prophète, un guide, un roi nouveau. Et ce roi monte des eaux. Ce roi remonte du fleuve. Or c'est le prophète Isaïe qui avait annoncé que Dieu plongerait les péchés du peuple au plus profond des eaux de la mer. Et voici que le Christ, le Fils bien-aimé remonte de la profondeur des eaux où Il s'est chargé du péché du monde. Et au moment même où Il remonte du péché, cette remontée qui annonce la future remonté du Christ depuis les enfers, les cieux se déchirent, l'Esprit descend et Dieu fait connaître le Nom nouveau qui sera le nom qui sauve : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur." Ainsi s'accomplit pour nous cette annonce, cette prière du prophète Isaïe.

Ainsi s'accomplissent pour nous toutes nos prières, tous ces psaumes où nous demandons la miséricorde de Dieu, la fin de sa colère, toutes ces prières où nous exprimons notre désir de voir la face de Dieu, de recevoir son Esprit dans le pardon des péchés, lorsque le Fils descend dans notre propre mort, dans notre propre péché. Et aussitôt après c'est déjà le règne du monde nouveau qui s'instaure, celui de la paix. Car si l'Esprit descend alors que le Christ remonte, cela manifeste que, désormais, la terre et le ciel sont rétablis dans une communion profonde qui est celle du don de Dieu. La terre et le ciel sont restaurés dans cette alliance première qui était celle de la paix sans rupture, sans brisure et sans péché. Alors que le Christ est au désert, Il est en accord, en harmonie, en communion avec les bêtes sauvages et avec les anges qui le servent, signe que la paix cosmique, que la paix de l'univers entier nous est redonnée en la personne même de Jésus et qu'il n'y a désormais, plus rien à craindre ni du monde, ni de la colère de Dieu, ni des anges de Dieu puisqu'ils ne sont plus à garder la porte du paradis, ils sont maintenant à servir le Fils de l'Homme dans sa mission sur la terre. Cette mission qu'il va inaugurer immédiatement après, en proclamant la conversion et la foi en la Bonne Nouvelle.

 

AMEN

 
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