AU FIL DES HOMELIES

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LA SOURCE DE L'AMOUR

1 Jn 4, 7-14 ; Jn 1, 43-51

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(6 janvier 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Billom : Jean écrivant

 

F

rères et sœurs, il arrive que ces passages de l'épître de Jean que nous avons entendu comme première lecture sont tellement répétitifs et ronronnants, qu'à certains moments, on ne se rende plus tout à fait compte des opinions un peu surprenantes que Jean affirme et aujourd'hui, c'est un peu le cas.

En effet, vous l'avez remarqué, les propos de Jean et je pense surtout à ceci : "Quiconque aime connaît Dieu, celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu car Dieu est amour. Nous devons nous aimer les uns les autres. Si nous nous aimons, Dieu demeure en nous". Si on lit cela brut de décoffrage, on a l'impression que saint Jean parle comme un philanthrope moderne. La grande théorie, il suffit de s'aimer, aimons-nous, aimons-nous, et tout ira bien. Et après, le contenu intellectuel, ce qu'on pense et ce qu'on croit, si l'on aime, cela n'a pas grande importance. En réalité, on aurait plutôt tendance à constater que c'est cet aspect-là de l'évangile, de la Bonne Nouvelle qui est passé le mieux dans la mentalité moderne, même si cela n'est pas toujours passé dans les actes, c'est une autre affaire. C'est le fait de se dire : du moment que je t'aime, ça va ! Du moment qu'on s'aime, ça marche, ce n'est pas la peine de chercher plus loin et ce ne serait déjà pas si mal.

En fait, c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. C'est vrai que si l'on interprète purement et simplement l'épître de Jean de cette manière, cela aurait petit à petit dissout la force et la vitalité de la foi chrétienne, dans une sorte de philanthropie universelle, des mouvements caritatifs, des ONG qu'on voit fleurir plus ou moins bien dans notre temps. Il faut quand même la lire d'un peu plus près car Jean le pense vraiment que l'amour est la clé de tout. Seulement, si l'on s'arrête là dans la lecture de Jean cela risque de dévier dans le sens que je viens de dire, et en fait, Jean prend soin à certains moments de revenir sur la question et de dire : "En ceci consiste l'amour, ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés". Jean maintient que l'amour est la parole la plus universelle, la plus répandue, la mieux partagée, que Dieu ait à dire aux hommes. En réalité, toute marque d'amour que manifeste un homme a véritablement son origine dans l'initiative de Dieu, mais il dit : pour comprendre cela et pour en voir toute la portée, il a fallu que Dieu nous envoie son Fils. Pour Jean, c'est vrai que Dieu est amour partout où il y a de l'amour et qu'il demeure là où il y a de l'amour, seulement pour le reconnaître et pour l'identifier, il faut avoir reconnu la preuve de l'initiative de l'amour de Dieu en Jésus-Christ.

Ce n'est pas seulement une sorte de vérité philosophique universelle, une sorte d'invitation à un comportement caritatif, tolérant, amical et finalement indifférent aux vérités religieuses. Il s'agit de dire que si l'on peut penser cela c'est parce que Dieu nous a montré la source et que même si on n'a jamais vu Dieu face à face, on ne l'a jamais contemplé, en réalité, il y a un lieu précis dans l'histoire du temps et de l'espace où nous avons contemplé, vu de nos yeux la source de cet amour. C'est pour cela que Jean commence son épître en disant : "Ce que nos yeux ont vu, ce que nos oreilles ont entendu, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie". A la fois, Jean ne renie rien de la présence universelle de l'amour de Dieu, mais en même temps, il dit à sa communauté : nous, nous savons, et nous avons contemplé au maximum ce que pouvait être la réalité de l'initiative de l'amour de Dieu dans le Christ.

Cela veut dire une chose très importante pour nous aujourd'hui. Nous ne pouvons dire à nos frères qui aiment que leur amour n'a pas d'importance. Dès qu'il y a un geste d'amour, il faut croire Jean sur parole : cet amour vient de Dieu. Certes, il peut être trafiqué, il peut être rendu plus ou moins impur par des intentions humaines parfois pas toujours très bienveillantes, c'est autre chose. Mais sur la réalité de fond, tout acte d'amour vient de Dieu. D'ailleurs, s'il ne venait pas de Dieu, d'où viendrait-il ? Donc de ce point de vue-là, nous avons une responsabilité spéciale pour reconnaître dans tout acte d'amour, quel qu'il soit, la marque et la signature de Dieu. Seulement, ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que nous, la plupart du temps, nous pouvons le reconnaître et que ceux-là même qui peut-être en sont les acteurs et les médiateurs, ne s'en rendent pas compte.

Et la deuxième chose, c'est pour cela que le monde actuel a cru qu'il pouvait interpréter une sorte de vague éthique chrétienne de l'amour sans plus se référer à la source. Au fond, les ONG pourraient très bien signer certaines parties de l'épître de saint Jean, comme charte de leur association.

Seulement, précisément, et c'est le troisième aspect que Jean souligne : oui, mais nous, nous avons la responsabilité de dire d'où vient cet amour, où est la source. Et cette source ce n'est pas l'amour répandu comme une espèce de puissance cosmique qui se vaporise sur toutes les âmes humaines. C'est l'amour qui vient de Dieu, manifesté en Jésus-Christ et pour que le monde sache d'où vient l'amour et où est cette source de l'amour.

Cela ne fait qu'amplifier et agrandir la responsabilité des chrétiens face à cette question de l'amour. Nous ne pouvons pas nous laisser dissoudre dans une sorte de philanthropie universelle comme si elle était un état normal répandu dans l'humanité, car à ce moment-là, nous renierions la source. Et même si nous le la voyons pas face à face, nous ne voyons pas Dieu face à face, nous avons la responsabilité que la source même telle qu'elle s'est rendue visible en Jésus-Christ, nous, nous la connaissons.

C'est là où souvent, règne l'ambiguïté. C'est sûr qu'on peut répondre aux mains tendues, mais on ne peut pas répondre simplement aux mains tendues en disant : je te tends la main ! on est obligé de dire en même temps: je te tends la main parce que je te dis d'où vient le fait que toi et moi nous nous tendions la main, ce qui change beaucoup de choses. Cela ne veut pas dire que nous devenons les inquisiteurs sur la question de l'authenticité de la source de l'amour, ce serait la catastrophe totale. Mais cela veut dire que nous avons la responsabilité de manifester la réalité même de l'amour dans le cœur de nos frères, là où eux, ont peut-être tendance à interpréter cet amour purement et simplement comme une simple résultante de la nature humaine : aimons-nous, aimons-nous, et tout ira bien !

Au fond, frères et sœurs, cette épître de Jean a une grande amplitude puisqu'elle va depuis la question fondamentale : d'où vient l'amour, et tout amour vient de Dieu sans exception, jusqu'à la nécessité et la source, qui est effectivement la proclamation de notre foi de Dieu comme source transcendante de l'amour, manifestée précisément en Jésus-Christ.

 

AMEN

 

 

 
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