AU FIL DES HOMELIES

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CATÉCHÈSE A NICODÈME

1 Jn 4, 7-14 ; Jn 3, 13-21

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(8 janvier 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Courpière : Nicodème

 

L

e pharisien Nicodème a bien de la chance, parce que, dans l'évangile de saint Jean, c'est le premier à qui Jésus fait du catéchisme. En effet, jusque-là, dans l'évangile de saint Jean, Jésus n'a pratiquement pas dit un mot. D'abord Il s'est mani­festé par le baptême de Jean et simplement Il a appelé les disciples. Mais Il ne leur a pas fait beaucoup de catéchèse à ce moment-là, Il leur a dit simplement de le suivre.

Ensuite, Il a fait deux signes : le premier si­gne c'est celui de Cana. C'est le signe par lequel le Christ pose de manière explicite, mais uniquement par un geste, je dirais pratiquement sans commentaires, ce qu'Il est venu faire : transformer l'eau en vin, trans­former l'ancienne création en une nouvelle création. Ce signe de Cana est fondamental car il éclaire tout le ministère de Jésus, la raison pour laquelle Il est venu sur la terre.

Ensuite, dans un deuxième signe, déjà un peu plus délicat celui-là, la purification du Temple, le fait de chasser les vendeurs, le Christ montre que cela ne peut s'opérer que par un changement de temple, que le temple ancien bâti de main d'homme soit changé, transformé en temple nouveau, non bâti de main d'homme, la chair du Christ qui devient véritablement le temple nouveau, le lieu dans lequel nous serons tous construits.

Mais, après ces deux grands signes qui po­sent, de façon uniquement gestuelle, je dirais de ma­nière dramatique, théâtrale, l'action de Jésus, vont suivre les commentaires. Et les deux premiers bénéfi­ciaires de la catéchèse de Jésus, ce sont des gens qui ne sont pas des disciples, ce ne sont pas des gens du cercle intime de Jésus, c'est d'une part un pharisien, d'autre part une femme de Samarie. Ce sont les cha­pitres trois et quatre de l'évangile de Jean.

Or à Nicodème Jésus fait une catéchèse qui peut nous toucher encore aujourd'hui. En effet, Nico­dème est un pharisien. Vous savez ce qu'est un phari­sien : c'est quelqu'un qui pense qu'à force d'étudier et de pratiquer tous les commandements de la Loi, on peut se sortir de la mauvaise passe dans laquelle on se trouve en ce monde et être justifié devant Dieu. Pour le pharisien, le jugement c'est le fait que Dieu recon­naît, un jour, que les œuvres de l'homme ont été bon­nes et que, par conséquent, Il nous accorde le paradis et le Royaume comme une récompense à la suite d'un bon travail.

Or le Christ qui est visité de nuit par Nico­dème qui pressent que Jésus a un enseignement qui dépasse de loin tous les autres enseignements qu'il a reçus dans sa vie, Jésus le reprend précisément à ce sujet-là et lui dit : "Voilà ce que tu crois : tu crois, dans ton catéchisme que ce sont les œuvres qui sau­vent. Et bien ce n'est pas exactement comme cela que les choses se passent. En réalité, ce qui sauve, c'est le fait que le Père, dans sa miséricorde, a envoyé le Fils, et que le Fils n'est pas venu pour juger, c'est-à-dire pour estimer chacun selon ses œuvres, mais que le Fils est venu pour sauver, c'est-à-dire pour montrer à tout homme que, de toute manière, il ne se sauverait pas lui-même." Jésus fait pour la première fois, une catéchèse de la grâce. La grâce c'est le salut accordé envers et contre tout pour l'unique raison de la miséri­corde de Dieu.

Mais cela ne veut pas dire pour autant que Jé­sus pense qu'il n'y a plus rien à faire. En réalité, Il dit : en même temps que j'apporte la grâce, j'apporte la lumière. Et la lumière a un inconvénient, c'est qu'elle fait apparaître les œuvres. C'est la lumière de la grâce, la lumière de la tendresse de Dieu qui fait qu'à ce moment-là, les œuvres que nous pouvons faire, non pas nous justifient ou nous font nous tenir orgueilleu­sement devant Dieu, mais au contraire, nous mani­festent que ce que nous faisions était déjà une œuvre de la lumière en nous. Par conséquent c'est à ce mo­ment-là que Jésus montre à Nicodème la logique du bien et du mal. La plupart du temps, les œuvres du mal se cachent car elle ne veulent pas se montrer. Tandis que les œuvres du bien n'ont pas besoin de se montrer car c'est la lumière de Dieu qui les fait voir, ce qui change considérablement la manière de voir du pharisien qui pensait qu'il fallait qu'il crée à la fois la lumière et les œuvres. A la fois les œuvres pour se justifier, et la lumière pour montrer que, effective­ment, il était dans le bon chemin et qu'il avait bien raison.

Jésus renverse le catéchisme de Nicodème et lui dit : "Ce que je viens t'annoncer c'est d'une part que tu ne seras pas jugé sur tes œuvres, au sens de ton seul effort personnel, mais tu seras sauvé, c'est-à-dire par grâce. Et ce qui te feras voir l'œuvre du salut de Dieu, l'œuvre de Celui qu'Il a envoyé, c'est préci­sément la lumière que j'apporte pour que tu ne vives plus dans les ténèbres de celui qui essaie de se justi­fier lui-même devant Dieu, mais que tu vives dans la lumière de Celui-là seul qui peut te justifier.

 

AMEN

 

 

 
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