AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA COLÈRE DE DIEU

2 Co 1, 19-22 ; Jn 3, 22-4,3

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(11 janvier 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ean est le seul évangéliste à nous rapporter que Jésus et ses disciples baptisaient du même bap­tême que Jean-Baptiste, si l'on en juge par le passage lu aujourd'hui. Dans les autres évangiles, aussitôt âpres le baptême, on parle de la tentation et de l'arrestation de Jean-Baptiste et il n'y a pas chevau­chement entre la mission du Baptiste et celle de Jésus qui commence à prêcher l'annonce du Royaume.

Dans cet évangile de Jean, pendant un certain temps, de chaque côté du Jourdain, ce qui était sym­bolique, Jean continuait de baptiser selon son baptême de purification, de rémission des péchés et Jésus et ses disciples pratiquaient aussi ce baptême d'eau. Que faut-il en conclure ? Est-ce que Jésus attendait un nouveau signe avant de commencer sa mission ?

Il est certain qu'il y a là comme une certaine attente de Jésus, après son passage dans le désert où Il a été tenté par le diable. Il est certain aussi que le si­gne d'inauguration de sa mission sera l'arrestation du Baptiste. Jean l'évangéliste veut, une dernière fois, mettre dans la bouche de Jean-Baptiste ces derniers mots qui annoncent la venue de Jésus.

Indépendamment de la réalité historique qui nous échappe, il faut retenir cette volonté de mettre dans la bouche de Jean-Baptiste cette ultime prédica­tion de la venue de Jésus comme Celui qui annonce totalement le Royaume et en qui nous pouvons trou­ver totalement la véritable et parfaite joie. Mais il est vrai que dans ce texte il y a quelques relents de l'Ancien Testament, comme si le Baptiste utilisait dans cette dernière prédication, des mots qui appartenaient déjà aux prophéties antérieures.

Je voudrais m'arrêter sur le dernier mot de cette prédication qui est celui de "la colère de Dieu". En général, on saute ce passage, sachant trop bien que le Christ est venu apporter l'amour entre les frères et les sœurs de ce monde.

Pourtant dans l'évangile, de nombreux propos sont contradictoires de cette annonce de la paix : "Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ! Il séparera la fille de sa mère, le fils de son père."

Dans ce texte, "la colère de Dieu" fait écho à tout ce que l'Ancien Testament essaie de découvrir du cœur de Dieu. Jean-Baptiste l'emploie aujourd'hui et nous pouvons ultimement l'entendre comme cet amour bafoué de Dieu qui ne peut pas se résigner. Voilà bien ce qu'est la colère de Dieu. C'est la colère d'un amour qui ne se résigne pas. Nous le savons pour les anges ou pour ceux qui, dans leur cœur, décident, une fois pour toutes, presque de façon éternelle, de renier Dieu, d'y renoncer totalement, tout au long de leur vie, mort comprise. Il n'y a qu'un mot pour dé­crire cette déception du cœur de Dieu et ce mot est "colère."

Par contre, pour nous qui sommes des hési­tants sur la route vers Dieu, ce mot colère devient miséricorde. C'est-à-dire qu'il est l'inlassable travail que Dieu opère en nous afin de pouvoir, sans arrêt, nous récupérer, frapper à la porte de nos vies, de nos actes, en demandant qu'ils s'orientent vers Lui et qu'ils viennent vers Lui. Tel est le mystère de cet amour de Dieu qui prend deux couleurs selon la liberté de l'homme, selon qu'il décide ou bien qu'il reniera Dieu à jamais ou bien qu'il le cherche comme à tâtons, dans la nuit. D'un côté la colère, de l'autre la miséricorde.

Et ce mot colère nous permet de mesurer l'immensité de l'amour de Dieu, un amour qui ne se satisfait pas de ceux qu'il a pu toucher ou séduire par son cœur, mais qui reste blessé par tous ceux qui se refusent et continuent à se refuser, d'où l'enfer. En effet, l'enfer est cette possibilité réelle que des êtres, hormis les anges et les puissances de Satan qui se sont refusés à Dieu, que des hommes décident, au plus profond de leur cœur, comme un secret scellé, de re­nier Dieu. Tel est le nom de ces hommes qu'on ap­pelle damnés mais qui ne sont pas là pour nous faire grincer des dents ou nous faire peur, mais qui sont là simplement pour nous faire mesurer l'immensité de l'amour et du dessein de Dieu.

Alors, nous qui sommes sur une route de mi­séricorde, déracinons en nous ce qui pourrait donner prise à un certain reniement plus radical, à un certain orgueil si profondément installé en nous qu'il nous conduirait, non pas vers la damnation mais vers ce détournement, cette absence de lumière, cet éloigne­ment de la paix que Dieu ne veut à aucun prix.

Nous qui sommes rassemblés pour prier les uns pour les autres, prions spécialement pour Hélène qui, après une vieillesse assez difficile et douloureuse, a peut-être gardé dans son cœur ce secret désir de Dieu. Nous prions aussi pour tous ceux qui attendent cette lumière, pour tous ceux qui sont morts et qui attendent cette lumière. Et nous prions aussi pour nous, afin que rien dans notre vie ne pose de façon plus radicale ce reniement de Dieu, mais que nous soyons toujours désireux et assoiffés de sa miséri­corde, afin de ne pas blesser Dieu mais que nous le suivions réellement. Nous aurons aussi à cœur de prier pour ceux qui souffrent dans leur corps, afin que les ténèbres de la maladie ne diminuent leur courage et leur espérance dans ce que Dieu veut leur donner, sa paix et son cœur.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public