AU FIL DES HOMELIES

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MA JOIE EST PARFAITE

1 S 17, 1-11 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(9 janvier 991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e voudrais m'arrêter sur un effet précis de notre baptême, de ce qui soit être notre vie spirituelle. Et pour y réfléchir je vous propose de retenir deux traits de la figure de Jean-Baptiste. Il y a chez lui une chose très étonnante : c'est qu'il est parfaitement heureux de sa vie spirituelle. "Ma joie est parfaite ! Je suis l'Ami de l'Epoux !" J'ai vécu ce qu'Il m'a de­mandé. Je le désigne et d'autres le suivent. Moi, je suis rassasié. Ma vie spirituelle, elle est heureuse, elle est paisible, elle est complète. Je suis ravi.

Ceci est très important parce que cela nous manque terriblement. Nous sommes tous des insatis­faits de notre vie spirituelle. Nous sommes tous des "gens pas contents" de ce que nous vivons ou plutôt de ce que nous croyons vivre, comme si notre regard humain était suffisamment profond pour discerner et mesurer toute la vie de l'Esprit en nous. Je vous lis un petit passage de saint Jean de la Croix pour nous faire comprendre que cette insatisfaction permanente de notre vie spirituelle c'est une imperfection assez grave et de façon certaine, un obstacle à la vraie spirituelle.

D'abord il a tout un développement sur les gens qui cherchent, selon l'expression de l'époque, "un directeur spirituel" et qui n'en trouvent jamais un qui leur convienne parce que quand ils en trouvent un et que celui-ci leur dit des choses qui ne leur convien­nent pas, ils en changent aussitôt. A propos de ces gens-là "jamais contents" il est dit : "Ils se laissent aller à une très grande tristesse. Ils sont toujours en train de regarder leurs fautes, leurs chutes. Ils s'ima­ginent qu'ils devraient déjà être des saints et ils se fâchent contre eux-mêmes et ils s'impatientent contre eux-mêmes. Et voilà encore une imperfection de plus. Ils supplient Dieu avec les plus vives instances de les délivrer de leurs imperfections, de leurs fautes, de leurs distractions dans la prière, etc … plutôt pour n'en être plus ennuyés et vivre en paix que par amour pour Dieu Lui-même. Et ils ne considèrent pas que si Dieu les exauçait, ils n'en seraient peut-être que plus orgueilleux."

Ceci est assez fin, même très fin tant au plan spirituel qu'au plan de l'anthropologie spirituelle. Mais ceci est, je crois, très important pour nous. Je crois vraiment, et à chacun de l'adapter à sa vie spiri­tuelle, que si nous sommes toujours des mécontents, des rouspéteurs devant Dieu de ce qui se passe en nous, cela établit entre nous et Dieu un écran. Et au fond, ceci n'est pas une vie spirituelle, c'est une vie religieuse psychologique, centrée sur nous. Je ne vais pas bien. Cela n'avance pas. Je fais beaucoup d'ef­forts. Je ne fais pas de progrès. J'ai beaucoup de dis­tractions. Je ne prie jamais comme je veux. J'aimerais avoir une vie spirituelle comme les moines, comme les prêtres, heureusement que cela reste une illusion, car à ce niveau-là, nous sommes tous pareils et je ne vois pas pourquoi nous serions différents, nous som­mes tous taillés dans la même chair, dans le même bois, nous avons tous autant de grâces chacun selon notre situation.

Je crois qu'il est important d'ouvrir les yeux sur cet aspect de notre vie, cette attitude "d'éternel insatisfait" quant-à la vie de prière ce qui est d'ailleurs une offense au don de Dieu car nous nous occupons beaucoup plus de nos humeurs que de la vie de l'Es­prit en nous qui demanderait quand même que notre regard, notre attention se tourne vers ce que Dieu fait plutôt que vers ce que nous-mêmes nous n'arrivons pas à faire ce qui nous humilie un peu, ce qui nous décourage et nous fait penser qu'en définitive, nous sommes peut-être plus pauvres que nous pensions et nous n'aimons pas beaucoup cette facette de notre esprit. Alors retenons, de façon heureuse, l'exemple de Jean Baptiste : "Ma joie est parfaite". Que votre vie spirituelle vous rende heureux, avec des imper­fections, tant mieux, au moins cela vous garde dans une certaine humilité et puis cela vous apprend que Dieu choisit peut-être un autre moment que celui que vous voudriez pour vous faire le don de sa grâce dans sa patience à Lui, dans sa pédagogie intérieure, Mais vous allez me dire : si l'on est satisfait, ca va, il n'y a plus de progrès à faire, on est content de soi, ce n'est plus la peine d'aller déranger les Frères pour leur de­mander des conseils, etc … Au fond, peut-être, certai­nes personnes pensent : Moi, tout va très bien, je n'ai pas de gros soucis, puisque je suis satisfait et comblé, Dieu doit être glorifié. Alors, là, on tombe dans l'in­verse et c'est là où le visage de Jean-Baptiste est im­portant parce qu'à côté et à cause de cette joie com­plète dans sa vie spirituelle, il y a cette autre phrase : "Il faut qu'Il croisse et que je diminue !" C'est l'aspect de l'humilité. Soyons heureux de cette vis spirituelle que nous essayons tant bien que mal de vivre, mais le plus important n'est pas ce que nous faisons ou ce que nous ne faisons pas, c'est ce que Dieu fait, intime­ment, intérieurement en nous, souvent d'ailleurs sans que nous nous en apercevions.

Un autre passage de saint Jean de la Croix, à propos de cette humilité : "La patience leur fait telle­ment défaut qu'ils voudraient être saints dans le jour même. Un grand nombre d'entre eux font force pro­jets et prennent d'énergiques résolutions", vous savez autant que moi l'inefficacité de nos résolutions, "mais comme ils ne sont pas humbles et qu'ils sont pleins de confiance en eux-mêmes, ils ont beau faire des pro­jets, ils ne font que tomber et ils s'irritent encore, et cela recommence. Ils n'ont pas la patience d'attendre le moment où il plaira à Dieu de les exaucer."

Et c'est peut-être cela, dans la prière, la racine de l'humilité : "La patience amoureuse d'attendre le moment où il plaira à Dieu de nous exaucer" et pas seulement de vouloir, selon notre propos et notre pro­blématique, être immédiatement exaucés. Que ces quelques mots, que ce visage spirituel de saint Jean-Baptiste dans cette joie complète, ce bonheur de la vie spirituelle, cette humilité dont il fait preuve, humilité qu'il ne faut pas confondre avec humiliation. Il y a des gens qui croient que plus on connaîtra d'humiliations, plus on sera humble. Et Jean de la Croix dit que cela blesse l'orgueil mais ne rend pas humble, c'est tout à fait différent. L'humilité ce n'est jamais de nous à nous, c'est toujours de nous devant Dieu, devant la grandeur de Dieu, devant la mesure que prend Dieu en nous, c'est-à-dire toute la mesure, non pas pour que nous disparaissions mais pour que nous devenions ce que nous sommes : des fils de Dieu dans le Fils de Dieu, lumière dans la lumière. Que ces quelques mots, que la prière et l'exemple de saint Jean-Baptiste, que ces quelques mots de saint Jean de la Croix nous ramènent un petit peu à ce centre fondamental de notre vie spirituelle, pour qu'elle soit vraiment un effet du baptême.

 

 

AMEN

 

 
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