AU FIL DES HOMELIES

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MANIFESTATION A NATHANAËL

1 Jn 4, 1-6 ; Jn 1, 43-51

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(6 janvier 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous sommes dans le temps de l'Epiphanie c'est-à-dire le temps de la manifestation. Ce terme vient des cultes païens anciens, géné­ralement centrés autour d'une statue. La statue était disposée dans le temple de telle sorte que, à certains moments de l'année, les rayons du soleil venaient l'illuminer et la faire briller, d'où le mot épiphanie qui veut dire, manifestation, mise en valeur, resplendis­sement. C'est encore d'ailleurs, vous le remarquerez, ce qui reste à Marseille avec la statue de Notre Dame de la Garde au-dessus de son clocher. C'est la Bonne Mère qui a succédé à ces vieilles statues grecques de la cité phocéenne et qui est le signe d'une présence de protection et de bienveillance sur la ville et sur les marins qui viennent chercher refuge dans le port. Donc, au début, l'épiphanie c'est une sorte de rite ou de geste, de mise en scène qui concerne la présence imaginaire et symbolique du dieu dans la cité, dans son temple, dans le milieu qu'il est chargé de protéger et de favoriser.

Aujourd'hui le thème, le mot et la réalité de l'Epiphanie sont bien autres. Ce n'est plus un symbole magnifié à travers la lumière et les rayons du soleil, mais c'est véritablement la présence même de Dieu. Et c'est là toute la différence. Les anciens ne pou­vaient célébrer l'épiphanie qu'à travers des signes, à travers des symboles, des substituts de la présence de Dieu. Et d'une certaine manière c'est ce qui est signi­fié lorsque les mages scrutent le ciel. Ils scrutent des astres c'est-à-dire des signes de la présence de Dieu. Et quand ils voient un astre extraordinaire, ils se met­tent à le suivre, en se demandant ce que ce signe peut cacher. Mais précisément, toute la dynamique de l'histoire du salut, toute la dynamique de la révélation de notre Dieu, c'est de passer du domaine des signes, des statues éclairées ou non par le soleil, des étoiles qui brillent dans le ciel, à la réalité même de Dieu. Et maintenant l'épiphanie n'est plus la magnification d'un symbole ou d'une présence symbolique de Dieu, l'Epiphanie c'est la présence rayonnante du Moi divin, de la personne de Dieu, de Dieu Lui-même. Non plus qu'on vient enrichir désignés, mais tout devient signe de Dieu Lui-même.

Et c'est précisément cela que signifie la ren­contre entre Jésus et Nathanaël. Quand Philippe dit à Nathanaël : "Celui dont il est parlé dans la Loi et les prophètes, nous l'avons trouvé, c'est Jésus de Naza­reth ", Nathanaël raisonne encore comme un païen, même s'il est juif. "De Nazareth, quel signe peut-il y avoir ?" Et quand il va voir Jésus, peut-être simple­ment par curiosité, Jésus lui dit : "Tu es un véritable israélite ", c'est-à-dire : Je t'ai reconnu, toi, person­nellement. Et c'est à ce moment-là que Nathanaël change d'attitude. Si Jésus lui parle comme à quel­qu'un, comme à une personne dont Il a, en quelque sorte, dévoilé le secret : "Avant, Je t'ai vu sous le fi­guier", c'est que Jésus se manifeste comme Celui qui dévoile l'homme jusqu'au tréfonds de son cœur, alors ce ne peut plus être une sorte de manifestation sym­bolique de la présence de Dieu. C'est vraiment Quel­qu'un que j'ai en face de moi. Et c'est alors que Jésus lui dit : "Tu verras mieux encore : tu verras les cieux ouverts" c'est-à-dire tu verras Dieu en personne, à travers mon humanité.

Vous voyez pourquoi nous lisons ces passa­ges sur la vocation des apôtres. Ce n'est pas le fait qu'ils se sont dit : On va y aller parce que cela vaut peut-être la peine ! Mais c'est parce qu'ils se sont vus dévoilés au plus intime d'eux-mêmes par la présence et le regard de Jésus, qu'ils ont compris que la mani­festation de Jésus était la manifestation personnelle de Dieu, car une statue ne nous dévoile jamais dans ce que nous sommes profondément. Tandis qu'un vis-à-vis, lui, peut nous faire voir qui nous sommes. Et alors Nathanaël a compris que si lui était reconnu à l'intérieur de lui-même, au très fond de lui-même, alors Celui qui le reconnaissait comme tel, c'était Dieu en personne et donc il pouvait le confesser comme le Messie et le Roi d'Israël.

Vous voyez toute l'importance que cela a pour nous. Quand nous disons que nous sommes croyants, nous vivons dans l'Epiphanie de Dieu. C'est cela la foi. C'est de vivre comme étant mis à jour, au plus profond de nous-même, par Celui-là même qui s'est mis à jour le premier, qui s'est dévoilé au grand jour, le mystère même de Dieu. Désormais l'épiphanie ce n'est plus simplement Dieu qui à travers des symbo­les, étoiles, statues, se dévoile, mais c'est le dévoile­ment mutuel du cœur de Dieu et du cœur de l'homme. C'est cette rencontre personnelle dans laquelle chacun manifeste vraiment ce qu'il est ou est manifesté pour ce qu'il est vraiment. Comment sommes-nous mani­festés ? Sinon comme des fils : "viens et suis-Moi !" Nous sommes les frères du Christ et ce que le Christ dévoile en nous c'est cette capacité de filiation divine. C'est ce que Nathanaël a compris et c'est cela que nous sommes, chacun à notre manière, appelés à dé­couvrir. Nous découvrons notre vrai identité de fils dans le Fils, parce que Jésus se dévoile comme le Fils. Entrons donc dans ce mystère du corps et du sang du Christ comme dans une véritable épiphanie, pour être mis à découvert devant Dieu et le reconnaître comme notre Père, en Jésus-Christ par la puissance de l'Es­prit.

 

 

AMEN

 

 
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