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PORTRAITS D'APÔTRES

1 Jn 4, 1-6 ; Jn 1, 43-51

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(5 janvier 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

es évangiles nous tracent alors qu'on n'y fait pas toujours attention, un portrait assez ca­ractéristique des apôtres. Il n'y en a pas un qui ressemble à un autre. Parfois, on a tendance à mettre les apôtres à la même table avec Jésus, et ils sont un petit peu indifférenciés. Je me plairais à dire que les apôtres sont un peu comme les moines apostoliques, il y a autant de caractères et de différences les uns avec les autres, et cela ne nuit pas, du moins je l'espère, à la Bonne Nouvelle, autant pour les moines apostoliques que pour les apôtres, c'est la richesse de l'appel de Dieu pour des personnes. Ainsi, la manifestation de l'Epiphanie du Seigneur entre dans le concret des vies. L'Epiphanie n'est pas une idée, elle passe par des visages, par des caractères, par des personnes, c'est ce que nous montre saint Jean, dans cette semaine inau­gurale, puisque après les grands appels d'hier, ce sont encore des appels que le Seigneur adresse à Philippe et à Natanaël. La réaction de Philippe est caractéristi­que, c'est l'homme pour qui cela ne fait pas un pli, tout de suite, lorsque le Seigneur lui dit : "suis-moi", il va à la suite de Jésus, et il va aussitôt trouver Nata­naël pour lui dire qu'il a trouvé le Messie, le roi d'Israël, celui qui est le Fils de Dieu, mais aussi le fils de Joseph, de Nazareth.

Alors, que Natanaël semble plus retors, d'abord, il pose plein de question, il veut tout vérifier, il dit : "De Nazareth, que peut-il sortir de bon ?" Et Philippe lui fait la même réponse que Jésus : "Viens et vois". Et quand il va voir, c'est Jésus lui-même qui dit : "Voilà un vrai israélite". Et là encore, Natanaël pose des questions : "D'où me connais-tu ?" Finalement, nous n'avons pas élevé les cochons ensemble, alors je ne vois pas comment tu peux dire cela, c'est un peu cela que Natanaël dit à Jésus. Jésus ne se laisse pas, démonter, et il lui dit : "Je t'ai vu sous le figuier". On peut toujours argumenter sur ce qu'est le figuier, et l'on a certainement déjà écrit pas mal de choses, c'est un peu incompréhensible. Moi aussi j'ai mon interprétation de Natanaël sous le figuier.

Je pense que le figuier de Natanaël, c'est aussi notre figuier à nous, c'est-à-dire c'est notre intimité, notre secret. C'est ce qui fait peut-être la relation personnelle à Dieu, ce qui fait l'échange et la communion avec le Seigneur, et puis surtout, avec ce que l'on est soi-même profondément, cette identité, celle qui ne transparaît pas sous la forme que nous donnons lorsque nous sommes obligés de vivre en société, d'avoir une certaine manière de faire et de dire les choses, ce que l'on appellera les manières policées qui sont nécessaires, mais qui ne disent pas pleinement ce que nous sommes profondément, ce qui est le centre de notre vie, ce qui fait notre personne, notre personnalité, notre caractère, et surtout notre identité. Je me plais à avancer que Jésus, en disant : "je t'ai vu sous le figuier", dit à Natanaël, finalement : "je sais qui tu es", je connais la profondeur de ton cœur et la grandeur de ton âme, je sais vraiment ce que tu vaux et je dis de toi : "Voilà quelqu'un qui est sans détour". Peut-être qu'aux yeux des autres apôtres Natanaël n'apparaissait pas forcément comme quelqu'un sans détour. Mais Jésus avait deviné et était allé au plus profond de lui.

C'est ainsi que Jésus pour nous-mêmes nous appelle et nous dit aussi : "Je te connais, je sais qui tu es, je t'ai vu sous le figuier. Je connais ta communion avec moi, je connais tout ce qui fait ta vie, et je peux dire de toi qui tu es". Et c'est alors, que la seule ré­ponse, comme celle de Natanaël peut surgir des lè­vres, c'est de reconnaître la messianité de Jésus : "Tu es le roi d'Israël".

 

 

AMEN