AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE, LE SERVITEUR INUTILE

1 Jn 4, 15-21 ; Jn 3, 22-30 et 4, 1-3

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(9 janvier 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette scène de la rivalité de deux groupes, d'une part Jean qui continue sur sa lancée : annonce du Royaume, préparation du cœur des disciples, et à quelques kilomètres de là, Jésus qui commence lui aussi à faire pratiquer à ses disciples, un baptême pour éveiller le cœur des gens à la venue su Royaume, cette scène a quelque chose d'étonnant. On a l'impression que Jésus Lui-même au moment où Il va commencer son ministère ne trouve pas d'autre moyen d'annoncer le Royaume et d'accomplir sa mission, que d'imiter Jean-Baptiste. Et on comprend que les disciples de Jean aient conçu quelque jalousie en voyant que quelqu'un qui était venu auprès de Jean, qui venait après, essaie pour ainsi dire, de prendre sa place. Et ce fut sans doute pour le cœur de Jean, une des premières interrogation qu'il se fit à propos du personnage de Jésus : comment se fait-il que les débuts de sa prédication soient si peu originaux, pourquoi est-ce qu'il se contente de continuer ce que j'ai fait, voire même d'essayer de me rafler les quelques disciples fidèles qui me restent encore ?

C'est étonnant. Et Jean aurait pu en concevoir quelqu'amertume, quelqu'irritation, mais pourtant, nous dit l'évangile, Jean continue de témoigner en faveur de Jésus. Il a même à propos de cette situation un mot d'interprétation qui est éblouissant de foi, de confiance, c'est de dire : "moi je ne suis que l'ami de l'Epoux. Tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant, ce n'était pas véritablement pour moi que je le faisais, je le faisais pour Lui". Donc, si on vient me demander des renseignements à propos des rites de purification, je suis bien obligé de dire qu'en fait, ce n'est plus du tout mon problème. Moi, j'étais là pour annoncer Celui qui vient. Je l'ai annoncé, je l'ai désigné à Israël, et ma joie, c'est d'avoir accompli ma mission".

Frères et sœurs, c'est toute l'énigme du personnage de Jean-Baptiste, celui qui est au bord du Royaume, qui en est tout proche, et qui cependant a l'impression que le Royaume lui usurpe ce qui faisait sa spécialité, le baptême de conversion et de repentance, et qui n'en reçoit rien, et qui accepte de n'en rien recevoir. Il trouve dans le dépouillement par rapport à sa mission, dans le renoncement à toute prétention, il trouve pourtant cette chose étonnante et inouïe : le bonheur de savoir qu'il a fait ce qu'il fallait faire. Jean-Baptiste n'est pas exactement ce qu'on appellerait dans notre mentalité moderne, un homme du devoir, c'est plutôt un homme qui, ayant accompli sa mission, sait qu'il peut remettre tout ce qu'il a vécu, tout ce qu'il a souffert, entre les mains de Celui pour lequel il travaillait. C'est d'une certaine manière la première parabole concrète, vivante, du serviteur inutile. Et c'est sans doute pour cela que les premières communautés chrétiennes ont gardé ces souvenirs, ces traits-là de la personnalité de Jean-Baptiste, parce qu'au fond, cela correspondait assez bien à toutes les préoccupations que les disciples eux-mêmes pouvaient avoir. Chacun d'entre nous a, par rapport à ses frères, par rapport à l'annonce de l'évangile, la fonction et la mission d'un précurseur. Il y a un moment où on annonce, et il y a un moment où il faut savoir dire : moi je ne suis que l'ami de l'Epoux. L'annonce de l'évangile que je t'ai apporté à toi, mon frère, ma soeur, c'est simplement pour toi. C'est à toi maintenant de goûter la plénitude de la rencontre avec Jésus. Si j'ai été associé à ce service, tant mieux, mais je n'ai aucun droit, je n'ai rien à réclamer, je n'ai rien à demander.

Au fond, Jean-Baptiste accomplit ici d'une façon encore plus profonde cette figure d'ascète, d'homme qui vit dans le dépouillement total, tel qu'il le manifestait à travers ses coutumes alimentaires et vestimentaires dans le désert. Ici, c'est véritablement l'attitude spirituelle de Jean-Baptiste qui se révèle, être précurseur, ce n'est pas soi-même vouloir recevoir des honneurs, vouloir recevoir des félicitations pour le travail bien fait, mais c'est accepter une fois le travail fait, c'est à Dieu d'agir et d'accomplir son Salut.

 

 

AMEN

 

 
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