AU FIL DES HOMELIES

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L’INCOMMUNICABLE

Gn 37, 12-14+18-20+23-27+31-34 ; Jn 3, 31-36

Mercredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(11 janvier 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

O

n demande à Jean de témoigner sur la personnalité de Jésus,puisque tous viennent à Jésus, on demande à Jean son avis. Et Jean avoue l’impossibilité du témoignage : "Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et son témoignage nul ne l’accueille".

C’est peut-être l’impression que j’ai en revenant du Bénin, puisque j’y suis encore dans ma tête, après avoir passé quinze jours dans le nord Bénin, en immersion, c’est-à-dire que je n’étais pas distingué des populations, j’étais au milieu d’elles ? c’est un peu l’impression que j’ai quand on me demande : "Alors, c’était bien ? C’était comment ? Qu’est-ce que vous avez vu ?" Il y a une sorte de difficulté à témoigner d’une réalité si différente de la réalité habituelle, à moins de s’adresser à une personne qui connaît déjà un peu la région, qui voit un peu de quoi il s’agit, qui voit un peu le type de population, le type de rencontre que j’ai pu faire là-bas. Il y a une sorte d’impossibilité, de la même manière que j’ai essayé d’expliquer à des Béninois qui n’avaient jamais vu la neige, que j’allais faire un week-end de ski avec des jeunes dans quinze jours, ils ne voyaient absolument pas de quoi je parlais. Ils n’imaginaient pas ce que c’est que la neige, ni de descendre une piste et autre chose encore !

Je crois que dans le témoignage, il y a une sorte d’impossibilité à communiquer. On peut en rester à des éléments objectifs, on peut comparer le smig de là-bas et le smig d’ici, on peut comparer le pouvoir d’achat, etc … on peut voir le type d’habitation, le type de relation, le type de vie possible, mais il reste que quelque chose reste incommunicable, parce que cela touche à la profondeur d’une relation qui s’est établie, parce que cela touche à des difficultés qu’on a pu avoir, qui nous renvoient à nos propres difficultés, à nos propres manières d’envisager la vie qui est très différente là-bas, parce que cela touche à des difficultés relationnelles entre noirs et blancs, parce que cela touche à beaucoup de choses, il y aune impossibilité de témoigner.

Je crois que le Christ, toutes proportions gardées, ce Christ qui vient de Dieu, qui vient de cet amour brûlant de Dieu, qui vient de cet amour palpitant qu’il a avec son Père dans l’unité de l’Esprit, de cette profondeur de la communion trinitaire, le Christ a du mal à témoigner de cela aussi, et je crois dans tout l’évangile. Il n’est pas très bien compris, et jusqu’au bout, et il meurt seul sur une croix. Il a expérimenté la profondeur de l’amour trinitaire (c’est différent d’une expérience de quinze jours au Bénin, vous comprenez bien, vous avez fait la transposition), mais je crois qu’il y a quelque chose aussi de ce témoignage, de cet amour brûlant qui n’arrive pas à passer. Le Christ veut traduire à travers tous les signes qu’Il pose, à travers les paroles, à travers son existence, sa prière, tout ce qu’Il est, mais il y a quelque chose qui n’arrive pas à passer et qui ne va passer qu’à la croix. La croix, c’est l’ultime témoignage, mais c’est presque le seul témoignage. C’est dans le don total de sa vie, comme Il se donne totalement de toute éternité à son Père dans l’unité de cet amour qui est l’Esprit Saint, je crois que c’est profondément à la croix quand le don est total, quand Il ouvre son cœur, quand Il donne sa vie pour nous, que l’on comprend quelque chose de l’amour du Père, que l’on comprend quelque chose de l’amour trinitaire. Il y a de l’incommunicable dans le témoignage que l’on fait de Dieu, ou dans le témoignage d’une expérience qu’on a fait, et c’est dans l’amour que l’on va manifester, que le témoignage va pouvoir passer.

C’est peut-être quelque chose qui est signifié par Jean-Baptiste quand il dit que personne ne reçoit son témoignage, que personne ne l’accueille. Mais on voit aussi que le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main, et la croix n’est pas l’arrêt, la croix n’est pas seulement dans ce don total, il y a aussi la profondeur de l’amour du Père qui tire son Fils de l’abîme des enfers, il y a la vie nouvelle de la Résurrection qui s’ouvre, il y a l’ultime témoignage que le Père rend à son Fils dans sa Résurrection.

Goûtons, quand nous ne savons pas témoigner de notre foi, quand nous ne savons pas mettre des mots derrière l’expérience que nous faisons de Dieu, n’ayons pas peur d’aller jusqu’au bout de ce témoignage, n’ayons pas peur de donner notre vie pour nos frères, dans le don total de notre vie, parce que c’est peut-être là qu’est donné l’ultime témoignage, ce véritable témoignage qui touche le cœur des autres.

 

 

AMEN

 

 

 
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