AU FIL DES HOMELIES

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LA SURDITÉ

1 S 8, 10-22 ; Jn 3, 31-36

(11 janvier 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Ecoute attentive (Stalles - Bommiers)

F

rères et sœurs, il y aurait beaucoup à dire sur la première lecture extraite du premier livre de Samuel d'autant plus que, juste avant ce que nous venons d'entendre, le discours de Samuel aux israélites, Dieu s'adressait à Samuel et finissait en lui faisant remarquer que la royauté entraîne le polythéisme. Cela peut nous paraître bizarre, puisque nous sommes dans une tradition française dans laquelle on a plutôt le sentiment que c'est la royauté qui envers et contre tout a été la garante de la protection de la sainte Église contre les révolutionnaires, les républicains, les socialistes et tout ce que vous voudrez !

Or, il est intéressant de constater qu'à l'origine, si Dieu ne veut pas donner de roi à son peuple, c'est pour deux raisons, la première, à cause du polythéisme, la deuxième qui découle de la première, parce qu'il n'y a qu'un seul roi en Israël et qui est Dieu. Dieu est Dieu donc il dit ce qu'il dit, mais il est cependant assez souple pour ensuite prendre en compte ce que l'homme a fait. Même si la royauté n'était pas voulue par Dieu, Dieu s'arrangera par la suite pour continuer à accompagner son peuple à travers ce système politique adopté et que Dieu ne voulait pas.

Je voudrais surtout vous parler de ce qu'il y a de commun entre la première lecture et l'évangile. Aujourd'hui, dans la liturgie de la parole, il n'était question que de surdité. Dans la première lecture ce sont les israélites qui ne veulent pas entendre ce que Samuel doit leur dire de la part de Dieu, et qui restent bloqués dans leur représentation et leur désir d'avoir un roi. La surdité dans l'évangile se trouve dans un tout petit passage complètement sorti hors de son contexte, c'est Jean-Baptiste qui a beau expliquer et crier aux foules qu'il n'est pas le Messie et qu'il ne fait que préparer son chemin, et qu'il n'est que le témoin de Jésus, et là non plus, il n'est pas entendu. Malgré tout ce qu'il peut dire, il y a encore des gens qui viennent le rencontrer comme s'il était le Messie annoncé.

Voilà qui pose la question de notre capacité à écouter l'autre. C'est très fatiguant de sortir de nos représentations mentales, de nos désirs, de nos attentes pour aller à la rencontre de l'autre, accepter de se décentrer entièrement et à la fin peut-être non seulement entendre, écouter, mais comprendre et faire sienne ce que l'autre veut nous dire et que nous ne voulions pas entendre au début. C'est une question que l'on pose systématiquement aux fiancés, et l'on reçoit toujours la même réponse : pensez-vous qu'il y a une recette pour pouvoir vivre heureux, au lieu de finir aigris ou de divorcer comme la moitié des couples ? Je peux vous assurer que la réponse qui arrive en tête des suffrages c'est "parler". C'est fondamental, si on se parle, nous sommes sûrs que notre couple ne s'écroulera pas.

Or, Samuel a beau parler, il n'est pas entendu, Jean-Baptiste a beau parler et il n'est pas entendu non plus. Cela signifie simplement qu'il ne suffit pas qu'il y ait quelqu'un qui parle, encore faut-il qu'il y ait quelqu'un qui écoute. S'il y a un émetteur, il faut qu'il y ait aussi un récepteur. La liturgie du jour nous invite à réfléchir sur ce dialogue et sur la découverte de Dieu, sur sa présence dans notre relation. Il faut bien convenir que dans le choix des possibilités pour essayer de comprendre pourquoi Dieu n'est pas là, il y a certains de nos contemporains qui diront que c'est parce qu'il n'existe pas, d'autres qui diront qu'il a autre chose à faire que de s'occuper des petites fourmis que nous sommes et qu'on ne l'intéresse pas. Il y aura aussi ceux qui vous rétorqueront que Dieu ne nous écoute pas parce que certaines choses il ne doit pas le faire parce que nous pouvons le faire, et c'est vrai. Mais la vraie raison, est tout simplement parce que nous ne savons pas écouter. Le problème n'est pas toujours du côté de celui qui émet le message, il est aussi du côté du récepteur que nous sommes.

Contrairement à toutes les idées reçues, la religion est du côté de l'identitaire, c'est ce qui doit nous donner une sorte de représentation mentale. Là aussi la plupart des fiancés nous définissent la relation comme un système de croyances et d'idées qui permettent de comprendre le monde dans lequel nous sommes et à quoi nous servons sur la terre. Or la liturgie du jour nous invite à comprendre que paradoxalement, la religion ne sert pas rendre notre vie plus confortable et plus sûre, mais que la religion est un décentrement permanent. Il y a des SDF, des sans domiciles fixes, et nous, nous sommes des SPR, des sans paroles fixes. La parole de Dieu est là à chaque instant où nous croyons que nous pouvons avoir enfin trouvé la solution à nos problèmes, par une parole de Dieu qui nous conforte un petit peu l'esprit, et au lieu de cela, elle nous arrache et nous décentre.

C'est aussi ce que dit le Christ quand il dit qu'il n'a pas une pierre où reposer la tête. La parole de Dieu n'est pas faite pour poser notre tête, mais elle est là pour nous attirer, nous mettre en marche et continuer à nous aspirer vers le Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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