AU FIL DES HOMELIES

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BAPTÊME DE JEAN ET BAPTÊME DE JESUS

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 22-4, 3

Samedi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(9 janvier 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

es paroles de l'évangile sont d'autant plus difficiles à entendre que les réflexions du Baptiste, au sujet de son baptême ou de celui de Jésus, sont largement au-dessus des propos qu'il pouvait tenir concernant le baptême. Il se dit d'abord "l'ami de l'Epoux". Puis la perspective s'élargit. Il parle du témoignage de "Celui qui vient du ciel et qui est au-dessus de tout !" On a l'impression que ce ne sont plus les paroles de Jean-Baptiste mais plutôt une méditation de Jean l'évangéliste au sujet du rapport entre les deux baptêmes, celui de Jean et celui qui était donné par les disciples de Jésus.

Or de quoi s'agit-il ? Sitôt après avoir été dé­signé par Jean et avoir choisi ses premiers disciples, Jésus s'en va baptiser en Judée alors que Jean, qui n'a pas encore été mis en prison, continue sa propre acti­vité dans un endroit où les eaux sont abondantes à la limite de la Judée et de la Samarie. Or un pharisien a des difficultés avec les disciples au sujet de la purifi­cation. Il s'agit fondamentalement du sens du bap­tême, tel qu'il était accueilli dans l'esprit des foules qui venaient recevoir le baptême de Jean. Ce baptême en vue de la conversion, de la rémission des, péchés était essentiellement un baptême de purification. Et sans doute le débat devait être posé de la façon sui­vante : Jean a déjà purifié par son baptême. A quoi bon, Jésus qui a été désigné par Jean, ou ses disciples, viennent accomplir une seconde purification. Et pré­cisément tant qu'on en reste à cet aspect de purifica­tion du baptême, il est bien difficile de voir la diffé­rence. De même que nous croyons que le baptême de Jean préparait le cœur du peuple à recevoir Dieu et avait donc une certaine valeur de conversion et peut-être de rémission des péchés, de même et de façon plus assurée nous croyons que le baptême de Jésus ou de ses disciples devait avoir infiniment plus de valeur de purification et de pardon des péchés. Mais la mé­ditation de l'évangéliste nous permet d'aller plus avant.

Dans le baptême que Jésus vient apporter au monde, il ne s'agit plus d'une œuvre de purification, mais il s'agit d'un témoignage. On passe de la purifi­cation, de l'œuvre qui consiste à enlever les péchés, à purifier le cœur des hommes pour accueillir Dieu, à cette œuvre nouvelle qui est celle du témoignage. Et c'est entre ces deux mots, entre ces deux réalités que se passe quelque chose de décisif entre Jean d'une part (avec son baptême de purification) et d'autre part Jé­sus avec son baptême qui a essentiellement comme visée le témoignage. Qu'est-ce à dire ? Le baptême de Jésus, dès le moment où Il l'a fait pratiquer par ses disciples, est un baptême pour le royaume de Dieu, et pas seulement pour préparer au royaume de Dieu, mais pour bâtir, pour enraciner dans le royaume de Dieu. Alors que la purification n'avait qu'une fonction de déblaiement provisoire pour enlever les princi­paux obstacles qu'il pouvait y avoir dans le cœur des hommes, et spécialement des membres du peuple d'Israël qui venaient vers Jean, lorsque Jésus parle et propose son baptême, Il parle comme Celui qui vient de Dieu, Celui dont le témoignage à travers des mots humains, renvoie ultimement à la vie avec Dieu. Par conséquent, à ce moment-là, le baptême prend lui-même valeur de témoignage, non plus simplement de purification comme s'il s'agissait de satisfaire les exi­gences de la Loi, ce qui est déjà une grande chose, mais plus profondément et plus radicalement, comme ce qui va nous enraciner, nous "brancher" sur un ré­gime de vie nouvelle qui est le régime même de la vie trinitaire.

Et ainsi l'acte du baptême lui-même est le té­moignage que Jésus vient de Dieu, car qui peut nous mettre dans cette relation nouvelle avec le Père sinon Celui-là même qui vient de Dieu ? Et du même coup le baptême fait de nous des témoins, car celui qui a été ainsi enraciné dans la Parole de Dieu, dans l'action efficace de Jésus qui nous attache à son Père, que peut-il faire d'autre sinon d'être le témoin de la vie nouvelle qu'il a reçue Il y a là quelque chose d'extrê­mement important pour notre propre vie. De quelle manière concevons-nous notre vie de baptisé ? Est-ce simplement un moyen de nous garder pur, de nous garder du péché, de nous purifier ? Ou bien est-ce une vie de témoin, de ceux qui disent, par leur existence, par les gestes les plus simples de leur vie, que la vé­rité même de leur être est déjà dans le cœur de Dieu ? que le sens absolu et profond de notre existence c'est pour Dieu et pour son royaume ? et que nous en sommes les témoins c'est-à-dire ceux qui attestent que le sens de toute vie humaine et de tout acte humain est déjà pré-contenu dans le cœur et dans l'amour de Dieu? Passer d'une vie baptismale de purification à une vie baptismale de témoignage c'est précisément cela. Ce n'est plus se satisfaire d'une image idéale de soi-même à une existence de témoin déchiré, divisé en deux, car nous sommes encore bel et bien dans ce monde, mais déjà nous sommes totalement orientés, totalement enracinés dans ce témoignage pour le monde à venir.

Chaque fois que nous célébrons l'Eucharistie, nous disons juste après la consécration : "Et nous at­tendons que Tu viennes !" C'est cela la dimension de témoignage de notre baptême. Ce n'est pas que nous attendons passivement, mais c'est que nous attendons parce que tout notre être, désormais, dans son désir, dans sa volonté, dans son affection, dans son intelli­gence, doit être normalement, par la grâce du baptême de Jésus, orienté en plénitude vers son royaume.

 

AMEN

 

 

 
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