AU FIL DES HOMELIES

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PASSAGE DE JEAN-BAPTISTE A JÉSUS

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 22-43

Vendredi de la première semaine du temps de l'Épiphanie – A

(9 janvier 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile qui est moins connue que d'autres et à laquelle on ne prête pas souvent attention nous montre le passage de Jean-Baptiste à Jésus. Jean-Baptiste est "celui qui a pré­paré les chemins du Seigneur", celui qui a montré le Seigneur Jésus, celui qui l'a baptisé et qui se trouve ainsi au début de la vie publique du Christ.

Mais il y a des points plus obscurs et plus complexes dans cette "transmission" du flambeau de Jean-Baptiste à Jésus et c'est de cela que nous parle cette page d'évangile. D'une part, nous voyons que Jean-Baptiste s'efface devant Jésus. Jésus prend la suite de Jean-Baptiste et "tout le monde va vers Lui" au point que les disciples de Jean s'en inquiètent pour leur maître qui leur semble délaissé. Mais Jean-Bap­tiste adhère pleinement à ce mouvement des foules. Il dit lui-même : "Vous m'êtes témoins que je l'ai dit : Je ne suis pas le Christ. Il faut qu'Il grandisse et que moi je diminue !" Et Jean va petit à petit disparaître dans l'ombre. Il sera bientôt jeté en prison, puis il donnera sa vie obscurément au fond d'une forteresse au-delà du Jourdain, à cause du roi Hérode et de ses rapports incestueux avec la femme de son frère.

Jean-Baptiste donc s'efface progressivement et c'est Jésus qui prend la première place et tout le monde va à Lui. Mais en même temps que Jésus rem­place ainsi Jean-Baptiste, Il reprend les choses très exactement là où Jean-Baptiste les a laissées.. Jésus ne vient pas balayer d'un revers de main la prédication à peine commençante de Jean-Baptiste pour annoncer d'un seul coup le Royaume d'une façon radicalement nouvelle, et Dieu sait pourtant que l'évangile est neuf par rapport à cet Ancien Testament dont Jean-Baptiste est l'ultime témoin. Jésus reprend les choses au point où Jean les a laissé. Dans le texte de Matthieu cela est manifesté par le fait que les premières paroles de la prédication de Jésus sont identiquement celles de Jean-Baptiste : "Convertissez-vous car le Royaume de Dieu est proche !"

Ici, cette passation de pouvoir nous est mani­festée par le rite même du baptême. Jean, son surnom le montre est celui qui a inventé ce rite qui consiste à plonger les pénitents dans l'eau du Jourdain en vue du repentir et en préparation du Messie. Et il avait an­noncé que ce n'était qu'une pratique temporaire : "Moi je vous baptise dans l'eau, mais vient un Autre qui est plus grand que moi, et Lui vous baptisera dans l'Es­prit," c'est-à-dire Il vous plongera non plus dans l'eau d'un fleuve, mais dans cette venue de Dieu, dans ce surgissement de Dieu parmi vous, Il vous donnera la présence de Dieu.

Or Jésus, au lieu de cesser le geste de Jean et d'inaugurer un baptême nouveau, un baptême dans l'Esprit, Jésus va continuer le rite de Jean-Baptiste et c'est cela qui va provoquer la jalousie des disciples de Jean. "Jésus, lui aussi, se met à baptiser !" et à peu de distance probablement puisque progressivement les foules passent de l'un à l'autre. L'évangile nous pré­cise un peu plus loin que ce n'était pas Jésus Lui-même qui baptisait mais ses disciples. Toujours est-il qu'il utilise ce geste et semble tout au début n'être que le continuateur de Jean. Ce n'est que plus tard que Jésus donnera à ce geste (qu'il a gardé contrairement à ce que Jean-Baptiste pensait), qu'il donnera à ce geste toute sa portée, toute sa densité, et qu'en plongeant dans l'eau ce sera une immersion dans l'Esprit de Dieu, dans l'Esprit Saint qui nous sera accordée. Ce sera le baptême chrétien tel qu'il sera pratique dès le jour de la Pentecôte.

Mais entre l'effacement de Jean et la Pente­côte, il y a toute la vie publique du Christ durant la­quelle il continuera ce geste, au début du moins, qu'il conservera finalement puisque c'est encore celui de notre sacrement du baptême puisque nous plongeons dans l'eau pour manifester qu'on est plongé dans l'Es­prit.

Ainsi donc Jésus tant par ses gestes que par ses paroles se présente comme le continuateur de Jean. Ce n'est que progressivement que les choses vont changer de profondeur et prendre une nouvelle dimension qui nous est déjà annoncée dans les ulti­mes paroles du Baptiste : "Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout. Celui qui vient de la terre n'est que terrestre." Celui qui est de la terre, c'est Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, même s'il est "le plus grand des enfants des femmes" n'est qu'un homme à la recherche de Dieu. Et même s'il a poussé cette recherche de Dieu à la plus haute pointe de l'Ancien Testament il est encore de ceux qui sont sur la terre "les yeux rivés vers le ciel", tandis que Jésus vient du ciel et il témoigne de ce qu'il a vu et entendu. C'est la réponse de Dieu à la recherche des hommes, une réponse inespérée, inattendue, transcendante, sans commune mesure avec leur désir. Et même Jean-Baptiste, du fond de sa prison, sera surpris par cette réponse de Dieu. Il attendait un jugement et ce sera la miséricorde. Il attendait la fin du monde et ce sera la guérison des malades.

"Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous". Jean-Baptiste comprend que, désormais cette grande quête des hommes à la recherche de Dieu trouve son terme parce Dieu ouvre les cieux, parce que c'est Dieu Lui-même qui parle et qui va nous dire qui Il est et non plus nous laisser le chercher à tâtons.

C'est pourquoi, en envoyant son Fils, Dieu lui donne l'Esprit sans mesure et c'est pour cela qu'à par­tir du Christ cette présence de Dieu va progressive­ment se répandre sur tous ceux qui l'approchent, puis de loin en loin, à travers tous les siècles, envahir toute l'histoire de l'Église, toute l'histoire de l'humanité, nous envahir chacun personnellement. Ce sera cela le baptême chrétien, le geste de Jean-Baptiste mais transfiguré, transformé, rempli de cette puissance vivante de Dieu qu'est l'Esprit Saint.

Rendons grâce à Dieu pour cette œuvre de Jean-Baptiste qui est à la fois une œuvre d'immense grandeur et grande humilité et surtout pour cette ré­ponse inespérée que Dieu a faite à la réponse de l'homme. Depuis toujours l'homme cherche le visage de Dieu, mais Dieu Lui-même nous a montré ce vi­sage et nous avons été éblouis et émerveillés Il faut que ce visage remplisse notre cœur et notre vie et que nous sachions le contempler en lui disant notre action de grâces pour sa miséricorde.

 

AMEN

 

 

 
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