AU FIL DES HOMELIES

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DU CIEL ET DE LA TERRE

1 S 9, 18-22+26 b+1 S 10,1 ; Jn 3, 22-36

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(12 janvier 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est encore le témoignage de Jean-Baptiste qui nourrit notre méditation en ces jours où nous célébrons à la fois le baptême du Christ, au sens où je le distinguais hier de notre baptême, bap­tême qu'Il n'a pas "reçu" mais réalité trinitaire qu'Il a manifestée pour que nous puissions recevoir sacra­mentellement la vie divine.

Aujourd'hui Jean-Baptiste désigne Jésus comme Celui qui va être la source, en nous, de cette vie trinitaire, mais sous un accent légèrement différent quoique non contradictoire avec ce qu'il disait hier. Jean-Baptiste annonce le Christ comme "Celui qui vient du ciel et qui va parler des choses du ciel". Mais aussi il annonce le Christ comme Celui qui est de la terre et, en terrestre, va parler des choses terrestres. Jean-Baptiste professe cette foi en un Fils de Dieu qui est du Ciel, qui est Fils de l'Homme, qui est de la terre par sa chair, par son histoire, par sa psychologie, par son caractère. Tant et si bien qu'en disant que Celui qui vient du ciel nous annonce les choses de Dieu, en tant que venant de la terre, Il nous annonce aussi ces choses de Dieu concernant notre vie terrestre. L'ac­cueil que nous faisons à la prédication du Christ, dit Jean-Baptiste, certifie que Dieu est véridique. Non seulement que Dieu est vrai en Lui-même, mais certi­fie que cette vérité, quand elle est accueillie par l'homme en tant que vérité des choses du ciel et des choses de la terre, cette vérité est vraiment le sens profond, définitif de ce que nous sommes. A la fois du ciel parce que nés de l'abondance de la vie trini­taire de Dieu par notre baptême, à la fois de la terre par le jeu des généalogies et de la parentalité.

Dans un monde où pèse sur nous, et nous nous en plaignons souvent, l'épaisseur de la vie, la lourdeur des événements, le matérialisme, le manque de sens religieux, l'absence de critères moraux, dans ce monde nous avons, en tant que chrétiens, la tenta­tion du spiritualisme et c'est une tentation qui vient du diable, comme toute tentation. Cela veut dire que, vu la bassesse de notre vie, vu le péché du monde, vu les lourdeurs de notre propre chair, nous nous disons qu'après tout, mieux vaut se réfugier dans ce qui vient du ciel. Mais ceci est une tentation qui vient du diable parce que toute l'histoire de l'Église nous montre qu'il y a là la racine d'un certain nombre d'hérésies quant à la personne même du Christ et quant-à la vérité même de l'homme. C'est une tentation que parfois je recon­nais et désigne quand j'entends personnellement ou en groupe parler les uns ou les autres, présents ou ab­sents.

Nous avons la tentation de mépriser cette chair, de mépriser cette vie terrestre parce qu'elle ne nous comble pas, parce qu'elle nous semble plus tra­vaillée par les forces du mal que par le bien, tentation du mépris de la création de Dieu, tentation de la dé­sespérance et donc tentation de la fuite dans une vie spirituelle qui, entre nous soit dit, n'est rien de ce qui vient du ciel si ce n'est une composition de notre pro­pre vie pour fuir ce monde tel qu'il nous est donné c'est-à-dire en définitive pour nous fuir nous-mêmes dans la non-acceptation de notre propre péché, de nos lourdeurs et de notre propre finitude.

Quand le Christ vient nous dire qu'Il vient nous parler des "choses du ciel", Il les distingue bien sur des choses de la terre. Il les distingue pour nous faire comprendre que ces "choses du ciel", la Parole vraie de Dieu doit s'incarner en nous pour nous révé­ler le vrai sens de notre terre, le vrai sens de notre vie terrestre, le véritable sens de nos lourdeurs et de nos finitudes, le véritable sens de ce que dans la solidarité humaine nous vivons de bien ou de moins bien.

Alors, en nous préparant à la fête du baptême du Christ, souvenons-nous, mais au sens où nous di­sons dans l'eucharistie "faisons mémoire de" c'est-à-dire réalisons bien la vérité dans laquelle le baptême nous a nous-même introduit par cette manifestation du Christ en nous qui vient bien "au nom de Dieu" nous parler du ciel parce que c'est le ciel qui, en vé­rité, peut nous parler, réellement et de façon juste, de la terre et de tout ce qu'il y a dans la terre, et de tout ce qui fait l'histoire du monde, choses auxquelles Dieu n'est jamais étranger puisque créées par amour et rachetées avec encore plus d'amour. Que cette eu­charistie nous enracine dans une vie spirituelle qui soit profondément charnelle, profondément impré­gnée de ce que nous sommes. Rappelez-vous cette phrase de saint Augustin : "Si vous n'êtes pas spirituel jusque dans votre chair, vous serez charnel jusque dans votre esprit !" Elisabeth de la Trinité, dans une très belle prière qu'il nous faudrait dire tous les jours : "Bienheureuse Trinité que j'adore" demande au Christ Sauveur de s'incarner en elle parce qu'elle veut donner au Christ "un surcroît d'humanité", un surcroît de chair, un prolongement de vie terrestre, une expansion de son incarnation pour que, à l'intérieur de cette chair d'humanité puisse se réaliser encore le mystère qui fut celui de l'Incarnation, de la manifestation et de la Rédemption du Christ.

Ce "surcroît d'humanité" nous sommes inca­pables de le donner au Christ, mais Lui va nous don­ner sa chair et son sang pour que, sanctifiés, vivifiés dans cette vérité, nous puissions le lui rendre en un surcroît d'humanité et célébrer ainsi, continuer de célébrer, pour sa gloire, pour notre salut et pour la vie du monde, le mystère qu'Il est venu manifester et qu'Il veut continuer à vivre, à travers nous, pas simplement en esprit ou en abstraction mais dans toutes les réali­tés les plus sécrètes de notre vie, de notre vie terrestre la plus matérielle, la plus charnelle.

 

 

AMEN

 

 
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