AU FIL DES HOMELIES

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LES DISCIPLES DE JÉSUS BAPTISAIENT

1 Jn 4, 15-21 ;  Jn 3,22-30+ Jn 4,1-3

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(7 janvier 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e passage d'évangile est d'une très grande richesse. Non seulement il contient l'admira­ble témoignage de Jean-Baptiste sur le Christ : "Celui qui a l'Epouse est l'Epoux, il faut qu'Il gran­disse et que je diminue !", c'est la raison pour laquelle nous avons déjà lu cet évangile pendant l'Avent, non seulement il nous révèle que Jésus, après avoir été baptisé par Jean au Jourdain, a pratiqué de geste d'eau que Jean avait inauguré au point que les disciples de Jean pouvaient y percevoir comme une rivalité et en concevoir quelque jalousie, mais encore de façon plus subtile et moins évidente, ce texte nous parle d'une façon plus profonde du ministère de ceux, prêtres, diacres, évêques, qui, à la suite des apôtres, sont en­voyés par Jésus, et de leur rôle.

En effet, dans cet évangile il nous est dit d'abord que "Jésus vient en Judée et qu'Il y baptisa". Puis, quelques versets plus loin, on précise : "En vé­rité, Jésus ne baptisait pas Lui-même, mais c'étaient ses disciples qui baptisaient." Le rapprochement de ces deux phrases est très significatif. Jésus fait ac­complir le geste du baptême par ses apôtres et dans une première approximation l'évangéliste peut dire que c'est Jésus qui baptisait. Autrement dit, quand les disciples de Jésus accomplissent le geste du baptême c'est Jésus qui baptise. Quand les prêtres, les diacres, les évêques successeurs des apôtres et des disciples baptisent, c'est Jésus qui baptise. Voici la grandeur, l'immensité du rôle des ministres que Jésus s'est choisi en la personne des apôtres des successeurs des apôtres que sont les évêques et des collaborateurs des évêques que sont les prêtres et les diacres, voici la grandeur du ministère chrétien. Quand un homme comme un évêque, un prêtre, un diacre accomplit un geste sacramentel, c'est Jésus qui, à travers lui, ac­complit ce geste. Quand un prêtre ou un diacre bap­tise, quand un prêtre célèbre l'eucharistie, quand un prêtre ou un évêque donne la pardon des péchés, c'est Jésus qui baptise, c'est Jésus qui se donne en nourri­ture, c'est Jésus qui pardonne les péchés.

Les ministres prêtent leur parole, prêtent leur voix, leurs gestes, leur personne à Jésus pour que Jésus accomplisse, à travers eux, mais réellement, de façon réellement personnelle, ces gestes sacramentels. Vous le comprenez, la parole d'un homme qui vous dit : "Tes péchés sont pardonnés !" n'aurait aucune valeur. Quel est le pouvoir qu'un prêtre ou un évêque porte en lui pour pardonner les péchés ? Cela n'a de sens que si cette parole, il ne la dit pas en son nom, mais comme le témoin, comme le tenant-lieu, comme le lieutenant, comme le signe, comme le symbole, comme le remplaçant, comme celui qui signifie la présence du Christ. A travers un homme qui n'est qu'un homme et qui, comme tel, n'a rien à faire valoir, le Christ s'exprime, le Christ fait passer sa grâce, le Christ vient se donner en nourriture, le Christ par­donne les péchés, le Christ baptise.

D'ailleurs saint Augustin se sert de ce texte pour dire que les vertus du ministre n'ont rien à faire en la circonstance. Quand Pierre baptisait, c'est Jésus qui baptisait. Quand Judas baptisait, c'est Jésus qui baptisait. Que Pierre, disciple fidèle baptise, c'est Jé­sus qui baptise. Que Judas, le futur traître baptise, c'est Jésus qui baptise. Qu'un prêtre saint baptise, c'est Jésus qui baptise. Qu'un prêtre pécheur baptise, c'est quand même Jésus qui baptise. Car le prêtre ne bap­tise pas ou ne célèbre pas l'eucharistie ou ne pardonne pas les péchés en vertu de sa sainteté à lui, mais en vertu de la sainteté du Christ qui passe, à travers lui. Bien sûr il est préférable que le ministre soit saint pour qu'il soit cohérent avec la mission qui lui est donnée, mais si parfois ce ministre n'est pas saint, et quel ministre, quel homme pourrait être pleinement saint ? La grâce du Christ, la sainteté du Christ passe quand même à travers lui.

Ceci c'est la grandeur inouïe du ministère confié par le Christ à ses prêtres, à ses évêques, à ses diacres. Mais cette grandeur est faite d'une immense humilité car quand "l'âne porte les reliques", ceux qui se prosternent, se prosternent devant les reliques et non pas devant l'âne qui les porte. Quand les fidèles reçoivent les sacrements du Christ, c'est du Christ qu'ils les reçoivent et non pas de cet âne qui les leur communique. C'est pourquoi cet évangile, dans le passage intermédiaire, nous apprend aussi la grandeur de l'humilité du ministre par les paroles mêmes de Jean-Baptiste : "Celui qui a l'Epouse, c'est l'Epoux !" Un seul vous a épousé, un seul est l'époux de l'huma­nité, un seul est l'Epoux de chacune de vos âmes, de chacune de vos vies, c'est le Christ.

Seul le Christ est l'Epoux. "Mais l'ami de l'Epoux qui est là se contente d'entendre la voix de l'Epoux." Cela s'applique au ministre. Il est seulement celui qui se réjouit parce que la voix de l'Epoux a passé à travers sa bouche, à travers ses gestes, Il faut que le Christ grandisse et que je diminue, dit Jean-Baptiste. Tout ministre doit redire ces paroles de Jean-Baptiste. Il faut que le Christ grandisse et que nous nous effacions devant Lui. Aussi bien, nous n'avons rien à faire valoir si ce n'est cette mission extraordinaire qui nous est confiée d'être les repré­sentants du Christ, d'être ceux qui rendent le Christ présent, d'être ceux à travers qui le Christ se rend présent. Et puis, il faut s'effacer parce que ce serait grotesque de s'adresser au ministre et de le vénérer alors que toute la vénération ne doit aller qu'aux reli­ques que porte l'âne et non pas à l'âne lui-même.

 

 

AMEN

 

 
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