AU FIL DES HOMELIES

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UNE LUMIÈRE PURE

1 Jn 4, 1-6 ; Jn 3, 13-21

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(7 janvier 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l est assez difficile et même impossible de main­tenir un amour intact pour quelque chose dont on ne fait pas l'expérience. Pour aimer quelqu'un, pour lui donner une sorte de part de soi-même, il faut qu'on l'ait un peu intégrée en soi. Le mélange de ténè­bres et de lumière qui règne dans notre cœur et dans notre vie, nous rend difficile l'amour pour la lumière pure, en fait, qui est Dieu.

Il a beau s'être incarné, avoir partagé, non pas nos ténèbres mais la chair humaine, il y a une sorte d'étrangeté permanente en Dieu qui n'incite pas tou­jours notre amour à se réinvestir. Cette lumière est trop pure. Il y a des gens qui sur le chemin de leur vie, dans leur maturité, ont pris acte de la présence des ténèbres et du peu de lumière de leur vie. Ils préfèrent s'en tenir à ce mélange-là, et ils n'osent pas s'imaginer qu'ils sont faits pour une lumière plus pure, plus grande. C'est plus facile, c'est une sorte de tolérance à l'égard de soi-même que d'imaginer qu'on ne peut pas aller plus loin.

Il y a une sorte d'intransigeance, une telle hauteur de la lumière de Dieu que nous avons peine à la maintenir, elle est trop "autre". Même si nous pen­sons et confessons qu'elle est faite pour nous, sa dis­tance nous décourage souvent et nous démobilise. C'est pour cela qu'il y a entre cette lumière et nous, non pas un espace vide, une espèce de rencontre de cette majesté de Dieu avec sa transcendance, mais un abrupt permanent, total qui serait effrayant et des éléments, des signes nous y mènent.

Nous ne pourrions pas supporter cette ren­contre brutale avec cette transcendance de Dieu, nous en avons envie, c'est le désir profond du cœur de l'homme, mais embarrassés que nous sommes de nos affaires humaines, nous détournerions les yeux d'une telle hauteur, d'une telle pureté et majesté. Et nos frè­res et nos sœurs qui dans la vie contemplative la plus radicale tentent de maintenir les yeux braqués et rivés sur cette lumière, se préparent à des combats d'une grande intensité. L'esprit humain, non pas par fai­blesse, ne tient pas suffisamment l'intensité de cette hauteur de Dieu. C'est pourquoi il y a en nous, autour de nous, donnés par Dieu, un certain nombre de si­gnes qui nous permettent d'apaiser l'éventuel tourment que cette lumière et cette hauteur de Dieu provoque­raient : l'assemblée que nous formons, les sacrements que nous célébrons, la prière liturgique que l'Eglise. Il y aurait une sorte de défi prométhéen à vouloir tenir ce chemin seuls, à vouloir se passer des autres (qui sont pénibles, évidemment), mais qui sont ces signes de Dieu, qui sont des signes apaisants de la lumière de Dieu.

Nous sommes toujours un peu écartelés entre : "aller directement", fiers, ou aller à travers les frères, nous passant un peu de Dieu, mais il nous faut main­tenir ces deux pôles. La transcendance de Dieu qui justement n'est pas restée distante de l'homme, mais a trouvé les moyens de se laisser goûter, connaître, pressentir comme à l'avance, par les moyens que Dieu nous donne dans l'Église, par les sacrements, la prière commune. Et nous avons la chance de pouvoir le vi­vre régulièrement dans cette église, nous sommes donnés les uns aux autres comme des signes vivants de ce chemin qui va à Dieu et c'est une grâce, de l'en­tendre et de le vivre de cette manière. Reconnaissons et rendons grâces au Seigneur que ce chemin que nous parcourons ensemble soit nivelé par le don que nous nous faisons les uns aux autres. Dieu a voulu justement non pas se laisser conquérir, mais se laisser suffisamment pressentir pour que notre désir de lui ne soit pas trop grand mais soit suffisant et nous main­tienne en vie devant lui, et avec l'envie de le connaître et de le suivre davantage.

 

 

AMEN

 

 
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