AU FIL DES HOMELIES

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DU DÉTAIL AU POINT IMPOSSIBLE DE LA DIVINITÉ

1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 31-36

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – A

(11 janvier 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'évangile de Jean travaille par cercles concentriques, il approche le mystère du Christ, et plus il s'approche, plus les phrases semblent limpides et couler d'elles-mêmes, et en même temps le mystère de sa personne s'épaissit. Une densité imprenable dans la personne du Christ, en l'union de Dieu et de l'homme.

Dans l'évangile de Jean et dans l'épître, nous entendons souvent le fait que si nous ne croyons pas, nous n'avons pas la vie éternelle. Ce peut être interprété de mauvaise manière si nous entendons dans ces deux injonctions le fait que nous devons adhérer à la foi, à l'Eglise, à la vie chrétienne, sinon nous sommes hors du Salut. Une sorte de page blanche qu'il nous faudrait signer comme à l'avance, sans savoir,nous devons adhérer, consentir, adopter, et puis alors, nous aurons en récompense, en échange de notre confiance, la vie éternelle. Ce serait une sorte de lecture un peu trop rapide et ridicule de la façon dont Dieu nous propose le Salut. Il ne s'agit pas de fermer les yeux et d'avancer à tâtons. C'est vrai qu'il y a une part de confiance aveugle que nous devons donner à Dieu, mais elle s'appuie sur ce que nous avons à voir dans le Christ. Dans le Christ nous pouvons lire quelque chose qui nous décidera. La personne du Christ donne à lire ce que Dieu propose sans nous l'imposer. Dans le Christ est lisible le travail de l'union de Dieu et de l'homme. Certes, il est visible de manière voilée, cachée, un peu énigmatique, puisqu'après tout, nous aurions pu rencontrer le Christ homme sans nous douter qu'Il était également Dieu. Quoique dans l'évangile, la manière dont les apôtres et tous les disciples qui croient en Jésus sont à un moment, interloqués, appelés, retournés par quelque chose en Lui, (c'est mal dit, non pas sort de l'ordinaire) traverse son humanité. Ce n'est pas que le fait du Christ-Homme-Dieu soit un Dieu caché qui n'attend qu'une chose, c'est de bondir hors de son humanité pour se révéler, ce serait une manière un peut trop simpliste de voir l'union, mais c'est que cette humanité est visitée, traversée, animée, illuminée, tout en nous laissant libres de ne pas Le reconnaître.

C'est comme quelqu'un qui regarde. L'éclairagiste de dimanche, pour ceux qui ont regardé la messe télévisée, disait plusieurs choses spirituelles : je lui demandais comment il avait fait pour éclairer de façon si merveilleuse l'église, il racontait qu'il était tombé amoureux de cette église, c'était tout à son honneur et à l'honneur de l'église qu'il venait éclairer, et puis, il racontait qu'il était simplement la dernière touche des architectes qu'il avait essayé par la lumière, de mettre en valeur ce que les architectes avaient voulu faire dans cette église. Son idée était qu'un spot pouvait à la fois lécher un pilier, éclairer un chapiteau et se finir dans les voûtes. Il disait, je suis là pour mettre en valeur ce qui avait été fait, il éclairait pour dire, pour que l'homme, l'œil puisse voir. Il disait aussi ceci qui me semble intéressant : l'homme est amoureux du détail. Au fond, en fait, quand on regarde un tableau, quand on regarde un église, on ne commence pas forcément par voir l'ensemble, on commence par un détail, je ne sais pas si vous avez vu sur la cassette la manière dont la caméra travaille le détail, et puis en plus, nous apprend à ouvrir le regard sur plus large que le détail. C'est pareil quand on croise quelqu'un, il y a un détail qui nous frappe et de ce détail nous reconstruisons l'ensemble de la personne, peut-être son regard, son visage, ou ses chaussures, si on s'intéresse aux chaussures des personnes, mais peu importe, il y a un détail qui est le point d'accrochage du regard avant d'aller plus loin.

De même pour le Christ : il y a un point d'accrochage qui est imperceptiblement très différent pour chacun de ceux qui l'ont croisé, et de ce point de détail, l'œil progressivement, apprend à s'ouvrir à cette dimension impossible qu'est sa divinité. Je pense que les hommes et les femmes qui ont dans l'évangile croisé Jésus ont été accrochés à un détail, qui était peut-être une simple phrase qui faisait écho, je pense à la samaritaine, quelque chose qui comme une clé rentrait immédiatement dans l'attente de l'homme, et puis de ce détail, l'homme progressivement s'interroge, s'étonne, et passe de l'humanité visible à la divinité invisible.

C'est ce que nous vivons ici. Notre point de détail, c'est comme ce petit bout de pain, et ce petit bout de pain nous agrandit les yeux de l'âme, pour voir plus large et plus grand. Que nous ne cessions jamais de demander à Dieu de nous ouvrir, de nous mettre à la hauteur même de ce qu'Il a à nous montrer, et qui sera d'ailleurs proposition de foi et de Salut pour chacun de nous, parce que nous voyons la Gloire de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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