AU FIL DES HOMELIES

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LE PÈRE AIME LE FILS

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24

Vendredi de la première semaine de l'Épiphanie – B

(13 janvier 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

ujourd’hui, alors que nous fêtons saint Hilaire de Poitiers, je ne pourrais que vous redire des choses que vous connaissez déjà : le Père est l’égal du Fils, l’Esprit est égal au Père et au Fils, ils sont de même nature, engendrés, non pas créés. Il y a deux natures dans le Fils, la nature humaine et la nature divine, mais sans mélange, sans confusion. Enfin, ce que nous devons bien sûr à la longue théologie des Pères de l’Église et tout particulièrement d’Hilaire de Poitiers, et vous pourriez vous demander : finalement, cela change quoi à ma vie ?

Cela change quoi ? Quand on croit, quand on a la foi, ce que l’on croit, on croit que c’est la vérité, et il est sûr, et à cet égard, Benoît XVI est très tatillon en ce domaine, sur la notion même de vérité, tout simplement parce que aujourd’hui, chacun a sa vérité. Alors, si chacun a sa vérité, les catholiques estiment qu’ils confessent la même foi, donc ils ont trouvé, si ce n’est la vérité, du moins une confession qui est de l’ordre de la vérité, de la même vérité. Pourtant, si vous interrogez les catholiques en question je suis sûr que si on les interroge sur la divinité du Fils, est-ce qu’il est vraiment Dieu par exemple, on aurait quelques surprises. On se rend compte d’une chose au moins, c’est que chacun a sa vision du Christ, ou mieux, de Jésus, car dire "Christ", c’est déjà induire quelque chose quand on parle de Jésus. Je suis sûr aussi que la plupart des chrétiens, même des catholiques en particulier, ont une vision très personnelle concernant Jésus. On reprochait d’ailleurs aux gens issus de mai 68, d’avoir plutôt un Jésus copain, tandis que maintenant, pour certains, on a un Jésus guérisseur, sérieux, ou autre chose encore.

Ce n’est pas parce que nous avons toutes les notions théologiques ou que la vérité sur Jésus semble avoir été définie, qu’en fait, nous sommes à l’abri d’une libre interprétation pour nous, de savoir qui est Jésus. Vous me direz, et c’est vrai, que jusqu’à preuve du contraire, si Jésus est vraiment le Messie, le Christ s’Il s’est vraiment incarné, s’Il a pris notre condition d’homme, s’Il a voulu se faire petit et être homme, rentrer en relation avec notre humanité, Il est capable de rentrer en contact personnel avec nous. Donc, nous pouvons le découvrir, le comprendre, dans une relation tout à fait personnelle. Mais, ce serait oublier une chose fondamentale : le Christ a voulu confier ce qu’Il était, non pas à un homme, mais à quelques hommes, au minima, au groupe des douze apôtres. Il leur a dit : "Qui vous écoute m’écoute". Autrement dit, quand l’apôtre parle, il y a la garantie que l’envoyé et celui qui envoie sont égaux dans la proclamation de cette vérité. Jésus ne fait que transmettre ce qu’il a lui-même reçu, puisque dans le passage d’évangile que nous avons entendu, Il dit justement qu’il est l’envoyé. Envoyé par qui ? Par le Père. Donc, qui honore le Fils, honore le Père, "qui me voit, voit le Père" dira-t-il à un de ses apôtres. C’est exactement la même logique : comme le Père a envoyé le Fils, le Fils envoie ses apôtres : "qui vous écoute, m’écoute". Aussi, ce qui est important aujourd’hui, c’est que même si nous sommes dans une société individualiste, et personnelle, même si nous aimons nous faire notre propre opinion, il n’empêche que nous recevons comme un précieux témoignage, la tradition, la transmission de ce qui a pu être dit sur Jésus. Bien sûr, la personne de Jésus peut s’enrichir de ce que je suis, de ce que je vis, de ce que je comprends, et de ce que je connais, mais jamais sans la confession de foi communautaire donnée à l’Église. Ultimement, c’est la communion ecclésiale qui permet de rendre compte de la personne du Christ. Ce que je dis là n’est pas pour moi des mots. C’est une réalité profonde. Pourquoi ? parce que je ne sais pas si vous avez été attentifs, mais Jésus dit au verset 20 de ce chapitre 5 : "Le Père aime le Fils". On peut toujours avoir de multiples explications : est-ce que le Fils est inférieur au Père, parce qu’il ne connaît pas la date de son propre retour, Il dit que le Père est plus grand que lui, etc … mais c’est parce que nous introduisons toujours de la concurrence là où il n’y en a pas. Il n’y a pas de concurrence entre le Père et le Fils. On n’est pas dans une logique d’infériorité ou de supériorité en Dieu, mais on est simplement dans une logique d’amour : le Père aime le Fils. Si vous avez fait l’expérience de ce que c’est que d’aimer, justement, l’expérience d’aimer n’est jamais de faire entrer l’autre en concurrence ave ce que l’on est soi-même, mais c’est se comprendre et se retrouver en l’autre comme l’autre peut se dire et se manifester dans sa propre identité par rapport à ce contact sans cesse renouvelé d’échange, de communication et de communion qu’est l’amour. Il n’y a pas d’inférieur et de supérieur dans l’amour. Il n’y a pas de différence de nature dans ces cas-là, en ce sens où il y en a un qui serait moins bon, moins beau, plus intelligent, plus, plus … Non, l’amour permet de rendre complète l’identité des personnes, de leur dire leur propre achèvement et leur identité.

Donc, quand Jésus dit :' Le Père aime le Fils', Il parle absolument de la pleine communion de la Trinité. Donc quand je disais que la communion ecclésiale manifestait ce qu’est Dieu, j’en reviens à cette parole du Christ lui-même que nous transmet saint Jean : "Qui aime Dieu et n’aime pas son frère est un menteur". Autrement dit, la seule réalisation de l’amour dans la communauté des chrétiens, c’est cela la communion ecclésiale, est capable de nous manifester encore aujourd’hui, ce qu’est l’amour en Dieu, et donc son identité. Vous le voyez, dans ces cas-là, il n’est plus question de faire un Jésus à mon idée, mais de saisir la réalité même de cet amour dont Jésus nous a dit lui-même qu’il sera manifesté parce qu’au moins l’Église croit à une chose, c’est que cet amour elle l’a reçu, et il s’appelle l’Esprit Saint.

 

AMEN

 

 

 

 
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