AU FIL DES HOMELIES

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DE LA PRÉDICATION DOMINICALE

Ne 8, 1-6+8-10

(23 janvier 1983???)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Jérusalem : Vers l'écoute de la Parole 

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n jour de sabbat, à Nazareth, la ville où Il vivait depuis trente ans, Jésus se rend comme tous les juifs, à la synagogue. Voici que se levant il prend le livre du prophète Isaïe qu'on Lui présente, il en fait la lecture, puis alors que les gens s'assoient, Il donne une homélie très courte, de quelques mots : "Aujourd'hui s'accomplit à nos oreilles ce passage de l'Écriture". Puis tout le monde sortira de la synagogue, et ce n'est qu'après dehors, qu'Il sera pris à partie pour l'audace de cette Parole et de cette si brève homélie.

       Cinq siècles auparavant, le prêtre Esdras, alors que le peuple rentrait d'exil, rassemble les juifs : hommes, femmes, enfants, auprès du Temple, debout, pour que tout le monde le voie et l'entende, il proclame depuis le matin jusqu'à midi, c'est-à-dire plusieurs heures durant, la Parole de Dieu, il va faire la lecture de la Loi. Puis un lévite explique cette longue lecture afin que chacun des auditeurs puisse en comprendre vraiment le sens. Aujourd'hui, comme chaque dimanche, le peuple est rassemblé dans le Temple du Seigneur, il vient de chanter "alleluia, alleluia" comme le peuple d'Israël avait chanté lors de la présentation du Livre "Amen, Amen". Puis le prêtre a proclamé cette Parole de Dieu, et alors que le peuple est assis, il en prononce l'explication, l'homélie afin que chacun en comprenne bien le sens.

       De ces trois événements, le premier, celui de Nazareth, est capital. Mais il y a entre eux une cohésion parfaite d'élément à élément, et en même temps une profonde unité d'esprit, le peuple est rassemblé un jour du Seigneur, il écoute cette parole, il en reçoit l'explication. Grande est son admiration. Ce qui fait l'unité de ces trois événements, c'est qu'ils se déroulent lors d'une liturgie solennelle le jour du Seigneur. Et vous voyez qu'il y a bien longtemps que le peuple se rassemble pour écouter la Parole de Dieu, afin de la comprendre et d'en vivre. Alors dans la fidélité à ces trois événements, je voudrais simplement, ce matin, vous dire succinctement ce qu'est la prédication dominicale, l'explication de la Parole que chaque dimanche, ensemble, nous entendons.

       D'abord, la prédication dominicale est un acte de la liturgie sacramentelle. Vous savez que les sacrements dont leur célébration, sont le sommet et la source de la vie de toute l'Église : le sacrement de l'eucharistie en premier, mais tout autre sacrement également, car le sacrement célébré de façon solennelle, et il doit toujours l'être, même si cette solennité peut être simple. Ce sacrement est la présence la plus forte, la plus féconde et en même temps la plus visible du Christ au milieu de son peuple, féconde et visible à travers les signes sacramentels eux-mêmes : le pain et le vin, l'eau, l'huile, l'imposition des mains. La liturgie sacramentelle, forme le cœur de l'Église, et sans ce cœur le corps que nous formons ne peut pas vivre car il n'est pas alimenté de la grâce même du Seigneur. La prédication dominicale s'inscrit de façon nécessaire et essentielle dans la célébration liturgique solennelle. Le concile Vatican II a demandé avec force qu'à chaque fois que le peuple est rassemblé pour célébrer un sacrement, il y ait toujours la proclamation de la Parole de Dieu et l'explication de cette Parole de Dieu afin que les chrétiens qui sont là et qui vont vivre ce sacrement, comprennent bien que s'accomplit pour eux ce qui vient d'être proclamé dans la Parole : "Aujourd'hui s'accomplit pour vous ce que vous venez d'entendre". La liturgie sacramentelle ne peut pas se passer de la proclamation de la Parole et de son explication.

       Cette parole de Dieu, elle vient de Dieu Lui-même, c'est Lui qui nous l'a donnée depuis toujours et nous avons à la recevoir chaque jour de notre vie. Il y a un lien intime, un lien prégnant entre la proclamation de la Parole et l'acte sacramentel lui-même. L'homélie dominicale n'est là que pour souligner ce lien, pour expliciter cette communion profonde existant entre la Parole et le sacrement, la Parole et la Chair du Christ. Car lorsqu'on dit que le Christ est Parole de Dieu, cela ne veut pas dire simplement qu'Il a parlé de Dieu, qu'Il a enseigné le peuple au sujet de Dieu fait Chair, Parole de Dieu incarnée. Et les trente ans de silence du Christ sont une prédication car Il est le Fils de Dieu dans la chair, et son silence prêche également sur ce qu'Il est Lui-même. On ne peut pas séparer, pour le Christ, sa Parole et sa chair, on ne peut séparer non plus de la vie sacramentelle de l'Église, la Parole de Dieu qui est proclamée et expliquée. "Aujourd'hui s'accomplit pour vous la Parole de Dieu". Aujourd'hui le Christ se fait chair pour vous et Il se donne dans sa chair, par la grâce sacramentelle, pour que vous puissiez vivre de Lui. Il y a donc une communion profonde, théologique, nécessaire, entre la Parole et l'eucharistie, parce que Jésus est Verbe de Dieu fait Chair.

       Cette parole de Dieu, le prêtre l'explique, il en donne, comme Jésus Lui-même, une explication au peuple rassemblé. Or la source unique de la prédication dominicale ne peut être que l'Écriture, que la Parole de Dieu, que la chair de Dieu en Jésus-Christ, annoncée et manifestée dans le Nouveau Testament, et de façon plus spécifique dans l'évangile. L'Écriture sainte, la divine Écriture, comme aiment à l'appeler les Pères de l'Église, est la nourriture unique de toute prédication dominicale. L'homélie doit être nourrie et régie par cette Écriture où elle trouve son sens et sa vigueur. Nous n'avons pas besoin d'autre sujet pour expliquer l'évangile que l'évangile Lui-même. Il est grandement suffisant, il nous a été donné comme Parole unique venant de Dieu pour nous faire vivre totalement.

       Pourquoi l'homélie dominicale est-elle uniquement fondée sur l'Écriture ? Tout simplement par ce que l'Écriture est vérité, vérité de Dieu manifestée aux hommes, vérité de Dieu révélant la vérité des hommes, la vérité du monde, la vérité du cosmos et la vérité de l'histoire. Cette vérité, nous ne la possédons pas, simplement c'est elle qui nous a été donnée pour qu'en nous laissant imprégner par elle, nous puissions devenir vrais, vrais de la vérité de Dieu, vrais du salut de Dieu pour nous, vrais en accomplissant chaque dimanche, chaque semaine ce qui nous a été donné par Dieu. Et cette vérité qui vient de Dieu, est contenue dans l'ensemble des livres de la révélation, dans la Bible. Celle-ci n'est pas d'abord un Livre du papier et des mots, c'est la Parole même de Dieu. "Mes paroles, disait Jésus, sont Esprit et Vie". Peut-être que nous avons une conception de la Bible et de l'Écriture trop matérialiste. La Parole de Dieu la proclamation de sa Parole, ce n'est ni des mots ni du papier, c'est son Esprit et sa vie qui nous sont transmis.

       A cause de cela, l'homélie dominicale, comme tout autre commentaire de l'Écriture pendant un sacrement, ne peut s'inspirer, ne peut s'appuyer que sur l'Écriture. Et saint Paul le disait aux Corinthiens : "Nous ne frelatons pas la Parole de Dieu", nous ne devons pas la mélanger avec d'autres paroles qui ne seraient qu'humaines, même si elles sont justes et bonnes. La Parole de Dieu, source de vie, Esprit, manifestation de la vérité de Dieu a comme but de nous faire vivre de la vie de Dieu dans son Esprit, en nous laissant modeler par sa vérité. Chaque dimanche, l'explication de l'Écriture n'est pas une conférence sur la théologie ni un commentaire scientifique et exégétique de la Bible, comme celle faite en groupe, ni la catéchèse officielle des documents pontificaux ou épiscopaux qui sont importants qui ont leur sens, mai qui ne sont pas explicitement donnés au cœur même de la célébration liturgique et sacramentelle de l'Église. Pour cela la prédication dominicale a une spécificité qui lui est propre, on ne peut la lui enlever sous peine de la détériorer et de la frelater. L'homélie dominicale peut ne pas être le journal "religieux de la semaine locale", le moment n'est pas de faire des informations sur la vie de l'Église, sur son fonctionnement ou sur ses services.

       L'homélie dominicale ne doit pas être frelatée, elle est uniquement l'explication de la Parole de Dieu. En conséquence elle ne saurait être le lieu de la contradiction, de la discussion ou encore du partage. Nous devons simplement la recevoir. Mais il faut aussi que les chrétiens trouvent d'autres lieux et d'autres temps pour la recevoir. Mais il faut aussi que les chrétiens trouvent d'autres lieux et d'autres temps pour en avoir une explication plus scientifique, pour la partager, pour en discuter, toute chose souhaitable. La liturgie, elle, est donnée et la Parole est donnée et son explication aussi, il faut en rester là. A chacun ensuite d'y réfléchir pour sa propre gouverne et de la partager, le cas échéant, avec d'autres. Parce qu'elle est un acte liturgique sacramentel, don de la vérité de Dieu à travers un ministre de l'Église, l'homélie dominicale ne peut être donnée que par un ministre ordonné, par un ministre qui participe par son ordination au sacerdoce de l'évêque qui a charge, et lui seul, de garder le dépôt et d'en transmettre avec fidélité tout le contenu à tous les fidèles et à tous les hommes.

       L'homélie dominicale a pour but, comme le disaient les prêtres au temps d'Esdras, de donner le sens de ce qui vient d'être proclamé, parce que c'est vrai, l'esprit, la signification de l'Écriture ne se trouvent pas immédiatement à la surface du texte, il faut fouiller, il faut scruter profondément pour en découvrir toutes les richesses et faire en sortie qu'aucune nous échappe. Mais comme elles sont infinies et innombrables, au moins que l'une d'entre elles soit retenue et développée avec tout son sens, toute sa vigueur, la prolongation de la Parole de Dieu expliquée, explicitée et manifestée par Jésus-Christ. Et celui qui prêche est le premier auditeur devant recevoir ce qu'il annonce à tout le peuple, car s'il a le ministère d'expliquer cette Parole, comme baptisé il a d'abord le devoir de la recevoir pour lui. A quoi cela servirait de prêcher pour les autres, si ce n'était d'abord pour soi-même ?

       Que ces quelques réflexions vous permettent, chaque dimanche, d'écouter la Parole de Dieu et d'en recevoir l'explication avec toute l'ouverture nécessaire de votre esprit. Il faut mettre notre intelligence au service de notre foi, avec toute l'ouverture nécessaire de votre cœur, pour que vraiment elle vienne en vous comme des semailles, pour qu'elle vienne en vous comme un don gratuit, unique et total de Jésus-Christ qui nous est dispensé de façon intègre et fidèle par les ministres de son Église. Je voudrais simplement terminer par cette réflexion de saint Jean Chrysostome qui, prêchant souvent et longtemps au peuple d'Antioche, disait un jour : "Si nous expliquons beaucoup l'Écriture, ce n'est pas seulement pour que vous puissiez la comprendre avec l'intelligence, c'est aussi pour que vous convertissiez votre conduite. Si vous ne faites point cela, nos lectures sont inutiles et notre prédication est superflue".

       AMEN


 

 

 
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