AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉCHELLE DE JACOB

Jn 1, 35-51

Vigiles du quatrième dimanche du temps de l'Épiphanie – C

(23 janvier 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Reims : Église Saint Rémy - L'échelle de Jacob

V

 

ous verrez les cieux ouverts et les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme !" Frères et sœurs, pourquoi, au fond, Jésus a -t-il dit cela, au moment où Il venait d'appeler tous ses disciples ? La plupart du temps, nous considérons cette parole de Jésus comme une sorte de promesse. Effectivement, plus les disciples entreraient dans le mystère du Fils de l'Homme, plus ils le suivraient sur les chemins de Galilée, plus ils s'approcheraient de la Pâque, et effectivement que ce soit dans la Pâque de leur Seigneur ou que ce soit au moment où eux-mêmes entreraient dans le Royaume des cieux, leurs yeux s'ouvriraient pour voir les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme.

Et pourtant, si, en réalité, au lieu d'une promesse, il s'agissait, à ce moment-là d'une réalité, de quelque chose qui s'accomplit à ce moment-là. Et plus exactement, si Jésus avait dit cela parce que c'était précisément, à ce moment-là ce qu'ils voyaient. Et parce qu'ils le voyaient, Il le promettait à ses disciples. Vous n'avez peut-être jamais pensé à cela et pourtant, je suis presque sûr que c'est cela qui a dû se passer. "Vous verrez les cieux ouverts et les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme !"

La plupart du temps, lorsque nous parlons de la vocation des disciples, lorsque nous parlons de notre propre vocation, nous pensons toujours d'abord à notre attitude à nous. C'est nous qui sommes appelés. Ce sont les disciples qui sont appelés et par conséquent, ce qui est intéressant, c'est de savoir que nous sommes appelés. Mais, ce n'est pas le plus profond de l'affaire. Et sans doute qu'au moment où Jésus appelait ses disciples, le plus essentiel et le plus bouleversant ne se passait pas dans le cœur de ses disciples qui n'étaient pas exactement au courant de ce qui allait se passer et qui s'aventuraient sur un chemin dont ils ne connaissaient rien. Le moment même de notre vocation n'est pas un moment d'émotion intense. Pour la plupart d'entre nous, c'est le jour de notre baptême et ce jour-là, vous savez très bien qu'il ne s'est pas passé grand chose ni dans notre cerveau, ni dans notre cœur, au sens humain du terme. Et je suis plutôt enclin à croire que le jour où les disciples, quittant leurs filets ou quittant Jean-Baptiste qu'ils avaient jusque-là entendu comme maître, ont suivi le Christ, c'était une décision très importante, mais en réalité cela n'avait peut-être pas tout à fait le caractère bouleversant de ce que nous imaginons ou de ce que nous croyons.

En réalité, ce qui était le plus important et le plus décisif, c'est ce qui se passait dans le cœur de Jésus ce jour-là. Pour la première fois, dans l'histoire de l'humanité, Dieu venait rejoindre les hommes dans un appel personnel : "Venez et voyez !" Pour la première fois, le Christ plongeait un regard humain dans le cœur et dans le regard d'un homme. Pour la première fois, il faisait vraiment briller son visage dans le cœur et dans les yeux d'un homme. Et c'est cela la vocation. Quand on y réfléchit bien, la vocation ce n'est pas d'abord le fait que nous, nous soyons appelés. C'est le fait que Dieu appelle.

Et cette échelle de Jacob, le long de laquelle montent et descendent les anges, ce n'est rien d'autre que le Christ, au moment-même où Il s'adresse à Nathanaël. C'est comme s'il disait à Nathanaël : "Tu ne comprends pas encore ce qui t'arrive, mais, moi, ton Seigneur, je le sais. Moi, dans ma chair, je suis venu pour t'appeler. Moi, aujourd'hui je suis venu te visiter. Moi aujourd'hui, je suis devenu, dans ma chair, cette échelle de Jacob. Et en ma chair, aujourd'hui, les cieux s'ouvrent pour que tu entres dans le Royaume." Et nous-mêmes, frères et sœurs, avons-nous pensé à cela pour notre propre vie ?

Vous, qui êtes mariés, vous avez peut-être plus facilement la compréhension de ce que je veux dire. Quand on est aimé par quelqu'un, il y a bien entendu, la joie d'être aimé, mais il y surtout cet émerveillement de savoir que le cœur de l'autre est une source jaillissante d'amour. Il y a ce mystère profond de deviner dans l'existence de l'autre, qu'il vous aime. Et l'on se demande, : "Mais comment, pourquoi, est-ce lui qui m'aime ? Et comment a pu venir dans son cœur cet amour qu'il éprouve pour moi ?"A ce moment-là, la vocation n'est pas vue simplement comme un appel personnel, mais d'abord comme cet émerveillement devant l'amour qui vient à votre rencontre.

Et pour ceux qui sont engagés sur ce chemin de la vocation, le chemin de la vie monastique, de la recherche de Dieu, seul, unique, peut-être que nous aurions intérêt, de temps à autre, à méditer le mystère de notre propre vocation, non pas comme un appel et une exigence que nous devons gérer, ou à laquelle nous devons essayer de répondre le mieux possible, mais si nous nous remettions devant le sens profond de notre vocation qui est, pour ainsi dire, ce tremblement du cœur de Jésus, cette émotion dans sa chair, au moment où Il jette les yeux sur nous et ou l'échelle de Jacob se tend entre le ciel et notre cœur.

Mais cela est vrai pour chacun d'entre nous. Au fond, lorsque nous avons été baptisés, et à chaque fois que, pas à pas, tout au long de notre route, tout au long de notre vie, nous sommes remis en face de cet appel fondamental qui est propre à chacun d'entre nous, est-ce que nous savons assez regarder ce qui se passe vraiment dans le cœur de Notre Seigneur, lorsqu'Il vient à notre rencontre ?

 

AMEN

 
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