AU FIL DES HOMELIES

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SUIVRE TOTALEMENT LE CHRIST

Jn 1, 35-51

Vigiles du quatrième dimanche de l'Épiphanie – A

(28 janvier 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

e voudrais simplement, en quelques mots, attirer votre attention sur les textes que nous avons lu ce soir au cours de ces vigiles.

Il y a une correspondance très profonde entre les deux textes de l'Écriture que nous avons entendu : là, c'est clair, il s'agit simplement de la vocation et de l'appel des disciples, que ce soit Elisée dans l'Ancien Testament, ou que ce soit les premiers disciples de Jésus tels que Jean nous en raconte la vocation.

Mais nous nous pencherons surtout sur le rapport entre ces appels et le texte de saint Jean de la Croix que nous avons lu car, finalement, c'est très éclairant.

Saint Jean de la Croix dit une chose, en soi presque banale, mais dont il montre toute l'importance : il nous explique que Dieu a tout dit quand il nous a envoyés son Fils, ce qui est le cœur-même de la foi de l'église. C'est la raison pour laquelle, après la venue du Christ, il ne peut plus y avoir de révélation de la part de Dieu. C'est pour cela, entre nous soit dit, qu'il n'y a pas de secret de Fatima, puisque la Sainte Vierge ne peut pas nous apporter des révélations par rapport au Christ. Quand on sait des choses comme cela, c'est un peu tomber sous le coup du jugement de saint Jean de la Croix qui explique que si on a des secrets supplémentaires à la révélation, c'est faire injure à la révélation du Christ. C'est pour cela qu'il n'y a pas de secret dans les révélations, cela peut être des petits secrets privés, mais, rassurez-vous, cela ne concerne sûrement pas la fin des temps ou la destinée de l'église, ce n'est pas possible, ou du moins, cela voudrait dire que la Sainte Vierge, ce jour-là, a fait une hérésie puisqu'elle a révélé quelque chose de plus que ce que le Christ avait à dire, donc, ce n'est pas possible.

Donc, saint Jean de la Croix nous explique que Dieu nous a tout dit et que, depuis ce temps-là, Dieu est comme muet. Vous comprenez bien pour­quoi : non pas que Dieu ne parle plus, mais il en a tellement dit dans la venue du Christ qu'il n'a pas be­soin d'en rajouter.

Par conséquent, cela nous situe exactement tout le mystère de la tradition de l'Église : la tradition de l'Église ne consiste pas à fabriquer de temps en temps des dogmes et à les proclamer le jour où cela en prend l'idée à un pape, mais elle consiste, de façon recueillie, de façon de plus en plus pénétrante, à écouter la parole de Dieu, à écouter tout ce qui a été dit. D'une certaine manière, s'il y a, ce qu'on appelle, un développement des dogmes dans l'Église, ce n'est pas parce que, en plus de l'évangile, on doit rajouter quelques détails, mais c'est parce que l'on a jamais fini de développer tout ce qui a été dit par Dieu dans son Fils. Quant à toute la tradition de l'Église, la Tra­dition avec un grand T comme disait le Père Congar, c'est simplement le déploiement de tout ce qui nous a été dit pendant les trente trois ans d'histoire de Jésus parmi nous sur la terre. Et donc, vous voyez déjà que cela nous situe les choses : le Christ, quand il vient, a tellement de choses à dire ! Et saint Jean qui com­prend très bien ces choses-là, dit : "S'il fallait écrire tout ce qu'on doit dire sur le Christ, le ciel et la terre entière ne suffiraient pas à contenir tous les livres qu'on pourrait en écrire." Cela paraît une exagération sémitique, mais c'est de la rigueur théologique abso­lue ; effectivement, s'il fallait écrire tout le mystère du Christ se révélant au monde, la terre deviendrait trop petite comme bibliothèque.

Mais il y a une deuxième chose que je vou­drais vous faire sentir à travers ce texte, et la raison pour laquelle finalement, on le lit en ce samedi soir, veille de la fête des disciples. Si Dieu a tout dit en son Fils, alors Dieu a le droit d'exiger que tout l'homme, et tout homme, écoute cela, la totalité de la parole de Dieu exige la totalité de l'écoute de l'homme, si Dieu dit tout, il peut demander tout nous-mêmes pour écouter. Et c'est cela le dimanche de l'appel des disci­ples, c'est le dimanche de tous les chrétiens, c'est le dimanche de l'appel de toute l'Église à la suite de la manifestation de Jésus au monde païen, à la suite de la manifestation de Jésus à Israël au Jourdain par le baptême, à la suite de la manifestation de Jésus à son église par le mystère des Noces de Cana. Quand Jésus a tout ce qu'il était, sur ce triple registre, nous devons être littéralement tout ouïe, et être tout ouïe c'est le suivre totalement, c'est pour cela que le Christ a un droit absolu sur les disciples quand il leur dit : "Viens et suis- moi !", c'est pour cela aussi qu'il a le droit de changer leur nom : "Tu t'appelles Simon Pierre, tu t'appelleras Céphas."

Ainsi donc, si nous célébrons ce dimanche de l'appel des disciples, c'est extrêmement important parce que cela nous explique le caractère totalitaire de la vocation chrétienne. La vocation chrétienne n'est pas mesurée par la manière dont le Christ nous inté­resse un peu plus, un peu moins, un peu beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, le mystère de la vocation de chacun d'entre nous c'est la totalité de nous-mêmes appelée à recevoir la totalité de Dieu.

Frères et sœurs, en entrant dans ce dimanche, relisons notre propre appel, depuis notre baptême jusqu'à ce jour, pour que nous essayions de lire com­ment Dieu, même des fois presqu'à notre insu, nous a progressivement aidés à mettre en oeuvre la totalité de notre vie au service de sa parole et à l'écoute de cette parole.

 

 

AMEN

 

 
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