AU FIL DES HOMELIES

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DEVENIR PAROLE DE DIEU POUR LE MONDE ET POUR NOS FRERES 

Ne 8, 1-10 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 + Lc 4, 14-21
4ème dimanche de l'Epiphanie - année C (dimanche 24 janvier 2016)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER

Dieu n’est pas oublieux de sa parole. C’est peut-être l’un des enseignements que l’on peut tirer de la liturgie de la parole d’aujourd’hui et en particulier de l’évangile. Dieu ne parle jamais en l’air, ne parle jamais pour ne rien dire, mais toujours en vue que ce qu’il dit puisse s’accomplir, même si cela doit prendre parfois beaucoup de temps. Et cela peut nous dérouter en 2016, à l’ère d’un monde connecté où en un clic on peut donner une réponse à quelqu’un qui nous pose une question de l’autre côté de la planète. Nous avons du mal à nous inscrire dans un temps long. Nous sommes souvent réduits au temps court. La rapidité est signe d’efficacité mais pas toujours de fécondité. C’est bien différent : on peut être très efficace sans être fécond. La parole de Dieu peut paraître inefficace, et pourtant elle est féconde d’une fécondité qui nous conduit à entrer dans la vie éternelle.

 

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, qui rentre dans la synagogue à Nazareth où il a grandi, prend le livre et fait la lecture du jour, comme nous venons de le faire ce dimanche. Et c’est le livre d’Isaïe qui ce jour-là est au programme. Jésus lit le texte qui est prévu et, refermant le livre, dit : « Aujourd’hui, cette parole du prophète Isaïe, prononcée il y a plus de cinq cents ans, s’accomplit ». Dieu n’est pas oublieux de sa parole, il réalise toujours ce qu’il dit et se lie à sa parole jusqu’au bout. Mais il faut être patient pour que cette parole traverse les âges, les sinuosités de nos histoires et celles de l’histoire du peuple d’Israël, pour qu’elle porte son fruit, qu’elle devienne acte et qu’elle prenne un visage en Jésus de Nazareth. La parole de Dieu est donc sûre. Elle est fiable, elle est solide. On peut s’appuyer dessus, même si parfois on a l’impression qu’elle ne porte pas de fruits, qu’elle n’a pas été entendue, qu’elle est laissée de côté et que finalement, elle ne pourra pas transformer le monde.

 

Nous sommes invités frères et sœurs à avoir une relation à la parole de Dieu qui devient de plus en plus fidèle, à nous laisser instruire par cette parole, même si parfois elle nous déroute, parce que nous savons qu’elle vient de Dieu et qu’elle portera donc son fruit. Parce que Dieu ne peut pas se tromper ni nous tromper.

 

Bâtir notre vie sur la parole de Dieu, éclairer nos choix et nos engagements de vie à partir d’elle, c’est ce que fait dans la première lecture le peuple d’Israël. Après une période d’exil (peut-être la période la plus dramatique de l’Israël ancien, où ils sont obligés de quitter Jérusalem détruite, où ils sont envoyés en déportation à Babylone), il se pose la question de savoir comment reconstruire : comment reconstruire sa vie sociale, sa vie religieuse, sa vie politique ? Sur quoi s’appuyer véritablement ? Qu’est ce qui est vraiment solide pour que cette fois-ci ce que nous allons construire autour notre capitale Jérusalem puisse tenir à jamais pour nous qui sommes le peuple de Dieu ?

 

On voit donc dans cette première lecture tirée du livre de Néhémie le prêtre Esdras faire une lecture solennelle de la parole de Dieu, de la loi d’Israël et de la loi de Moïse, en rassemblant tout le peuple. Même les enfants en âge de comprendre sont convoqués pour écouter cette parole et recevoir à nouveau cette loi de Moïse dont le peuple a été oublieux. Que les rois d’Israël ont laissé de côté dans leur manière de gouverner Israël, se défiant de la parole de Dieu pour ne faire confiance qu’à des régimes d’alliances politiques et économiques qui les ont conduit à l’exil.

 

De retour d’exil, le peuple d’Israël sait et refait l’expérience que c’est cette parole de Dieu sur laquelle ils peuvent bâtir de manière aussi solide que sur un roc. Esdras proclame l’ensemble de la parole toute une matinée, pour que le peuple puisse dire « Amen, Amen, cette parole est sûre, je crois » (C’est le sens du mot Amen qui est un mot hébreu). Cette parole est vérité. Elle est plus sûre que le ciel et la terre parce que le ciel et la terre passeront mais cette parole ne passera pas. Amen, c’est en fonction de cette parole et sur elle que nous voulons bâtir notre vie en société en étant peuple de Dieu. C’est dans cette parole que le peuple de Dieu trouvera et gardera toujours sa joie, il ne la perdra jamais. Et c’est même une expérience de joie que fait le peuple à ce moment-là. Découvrir que Dieu a gardé la même parole alors que son peuple s’est détourné de lui et a voulu agir comme un peuple de ce monde et non plus comme le peuple de Dieu. De retour d’exil, le peuple fait l’expérience de la fidélité de Dieu à lui-même. Dieu continue d’être Dieu. Il ne reprend pas sa parole, il ne reprend pas ce qu’il a donné. Il le donne, il le redonne. En surabondance, encore plus qu’avant d’une certaine manière. Et cela est source de joie.

 

Alors à ce moment-là, le peuple se met à pleurer, se rendant compte de son péché, se rendant compte qu’il s’est détourné de Dieu et n’a pas été fidèle. Esdras leur dit « Ne pleurez pas de tristesse, mais pleurez de joie, en découvrant que l’amour de Dieu pour vous est solide, que sa parole est témoin de son amour. Il la donne il la redonne. C’est cela votre rempart, c’est cela votre force. » Bâtir sur cette parole que Dieu ne reprend jamais. Une fois qu’il la donnée, il ne la reprend pas. C’est si important, cette relation à la parole de Dieu. Ce Dieu qui parle, parce qu’il s’intéresse à nous, nous avons du prix à ses yeux.

 

Saint Paul dans la deuxième lecture alors qu’il nous parle de l’ensemble des charismes, du peuple de Dieu, de l’ensemble des fonctions des uns et des autres, qui sont interdépendants, un peu comme les membres du corps. La main n’est rien sans le pied, le pied n’est rien sans la main. C’est la même chose dans la vie de l’Église, dans la vie de n’importe quelle société, nous sommes tous interdépendants les uns des autres.

 

La chose la plus importante dans l’Église, c’est premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, et troisièmement ceux qui sont chargés d’enseigner. Les trois rôles les plus importants dans la vie de l’Église touchent la relation à la parole. Les apôtres qui transmettent le témoignage de Jésus ressuscité, qui ont autorité pour cela, qui sont envoyés par Jésus et dont la parole est vraie et sûre dans le témoignage de la mort et de la résurrection de Jésus, sur laquelle l’Église s’appuie. Les prophètes qui parlent au nom de Dieu pour décrypter le sens de l’histoire et des événements. Et enfin ceux qui sont chargés d’enseigner pour entrer dans une intelligence toujours plus profonde de la parole, la faire nôtre. Qu’elle éclaire notre intelligence, notre conscience, nos choix et nos engagements de vie.

 

Paul dit bien que ces trois fonctions qui touchent à la parole sont premières et décisives dans la vie d’une communauté, si nous voulons véritablement faire en sorte que notre parole soit un prolongement de la parole de Dieu, comme un témoignage, comme une parole de vie qui nous fait nous en nourrir sans cesse et toujours. Et peut-être tout particulièrement pour vous, jeunes fiancés qui allez vous marier en 2016. Le jour du mariage ici à Saint-Jean, ce qui sera le plus important dans la célébration, ce sera l’échange de consentements, l’échange d’une parole que vous allez vous donner l’un à l’autre. C’est sur cette parole que vous allez engager que Dieu va faire porter sa bénédiction et que le prêtre donnera cette bénédiction au nom du Christ. Et la qualité de votre échange de consentements dépendra de la qualité de la parole engagée. Et c’est ça que Dieu bénit, et c’est ça qui est le cœur de la célébration du mariage. Et plus vous apprendrez à vivre de la parole de Dieu, plus votre parole deviendra sûre, j’allais presque dire aussi sûre que celle de Dieu. Pour cela, il faut s’en nourrir, c’est le sens de la célébration d’un mariage dans une église. Quelque part, on se met à l’école de Jésus pour apprendre à aimer et à parler comme lui, notamment dans la relation que l’on a entre conjoints. Que cette relation soit une relation d’alliance aussi solide, aussi sûre, aussi forte que celle que Dieu fait avec nous quand il nous parle et célèbre l’Alliance dans chaque célébration eucharistique.

 

Frères et sœurs, nous sommes invités aujourd’hui à écouter Jésus dans la synagogue de Nazareth, qui refermant le livre, voyant toute l’assemblée qui a les yeux fixés sur lui, nous dit « Aujourd’hui, cette parole s’accomplit. En ma personne, elle porte les fruits, en ma personne elle prend chair et visage pour vous » C’est comme si Jésus disait « l’Écriture, tout ce qui a été dit par les prophètes, tout ce qui a été dit par moi dans l’Ancien Testament s’achève dans le mystère de l’Incarnation. » Le livre peut être fermé pour que nos regards se portent sur Jésus maintenant. Il devient parole de Dieu pour nous. Et la parole de Dieu prend un visage. Nous pouvons nous-mêmes devenir parole de Dieu pour le monde, lorsque cette parole nous nourrit de l’intérieur, nourrit notre cœur, notre intelligence, notre volonté, nos sentiments, pour que dans notre visage, ce que dit Jésus, ce que dit le père en Jésus puisse prendre chair.

 

Peut-être qu’en ce début d’année 2016 où c’est encore le temps de se souhaiter les bons vœux, nous pouvons prendre comme résolution les uns les autres de fréquenter un peu plus la parole de Dieu, chaque jour de lire l’Évangile du jour que nous donne l’Église notre mère, chaque matin d’en faire la lumière pour notre journée. Ca prend cinq minutes, on peut trouver ça sur internet très facilement (Vive le net !). Pour que ce soit cette parole qui devienne la lumière au quotidien qui nourrit mes pensées, mon action et ma manière d’être avec les autres. Nous rendons cette grâce de fréquenter Jésus dans sa parole. Demandons-la peut-être à la Vierge Marie, elle qui a su écouter la parole comme personne d’autre et en qui la parole a pris chair pour nous donner Jésus.

 

Au nom du Père et du Fils et du saint Esprit, Amen.

 

 
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