AU FIL DES HOMELIES

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 PLURALITÉ ET UNITÉ DANS L'ÉGLISE

Ne 8, 1-6 + 8-10 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 + Lc 4, 14-21
4ème dimanche de l'Epiphanie - année C (dimanche 25 janvier 1998)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Athènes : Sagesse … 

Frères et sœurs, la ville de Corinthe où vivait la petite communauté chrétienne que saint Paul avait fondée et à laquelle il adressa la lettre ou les lettres que l'on appelle les épîtres aux Corinthiens et dont nous venons de lire un grand et important passage, cette ville de Corinthe était la plus moderne qui soit. Et de ce point de vue-là, elle ressemble étonnamment à certaines de nos villes d'aujourd'hui. Imaginez en effet un melting-pot qui rassemble à la fois les hommes les plus joueurs de la population de Las Vegas, les plus "intellos" de l'université de Princeton avec leur gnose, les grands financiers de la City de Londres, les jeunes dames de Pigalle et les techniciens ingénieurs de Sophia Antipolis, le tout rassemblé à Marseille, quelque part au milieu des dockers, des dames de la rue Tutaneau dans une atmosphère style l'Estaque Plage, et vous aurez approximativement l'idée de ce que pouvait être Corinthe : une ville dynamique, comme on dit aujourd'hui, c'est-à-dire une activité portuaire fébrile "à tous les niveaux", une ambiance culturelle assez populaire et la fureur de vivre.

       D'ailleurs, il courait un certain nombre de proverbes sur Corinthe, on disait par exemple : "Ne va pas qui veut à Corinthe", ce qui voulait dire qu'il fallait avoir le portefeuille bien garni pour y passer ses vacances. Et puis on disait aussi : "Si tu es né avec un cœur pour plaire aux femmes faciles, fais-toi naturaliser citoyen de Corinthe", vous imaginez le contexte.

       C'est très intéressant parce que Paul qui avait échoué dans d'autres endroits en Grèce, notamment à Athènes, connaît à Corinthe un réel succès dans sa prédication de l'évangile. Ça a même tellement bien marché, qu'il a décidé d'y rester une année et demie, ce qui est beaucoup pour un voyageur comme lui. Dans toute la période de travail de saint Paul qui nous est connue, apôtre au service de l'évangile, le séjour à Corinthe représente bien un huitième de son temps complet d'évangélisation, le seul endroit où il est resté plus longtemps, c'est Ephèse où il est probablement resté quatre ans : c'est d'ailleurs de la ville d'Ephèse qu'il écrivit les lettres aux Corinthiens. Donc il faut imaginer la prédication à Corinthe comme une mission réussie.

       Or, saint Paul a réussi dans un milieu profondément païen, car la différence entre Corinthe et Ephèse, c'est qu'il y avait sans doute un peu plus de populations juive et de synagogues à Ephèse et même dans d'autres villes d'Asie Mineure qu'à Corinthe où il y avait bien une petite synagogue et une petite communauté juive très minoritaire : la grande majorité des nouveaux chrétiens corinthiens était donc d'origine païenne. Or, cette rencontre de la foi et du paganisme fut un choc et nous rejoignons ici un thème spécifique de notre modernité, ce que l'on appelle le choc des cultures. D'où le caractère assez paradoxal de cette évangélisation de Corinthe qui fut immédiatement et simultanément un succès et un échec, succès parce que ces païens accueillaient, comme c'est souvent le cas chez certains convertis, cette annonce de l'évangile avec une spontanéité, un émerveillement et une disponibilité que n'avaient peut-être pas ceux qui avaient derrière eux des siècles de tradition religieuse juive. La nouveauté d'une annonce messianique et d'un salut pour les pauvres, à Corinthe, "ça marchait ". Mais en même temps ces hommes et ces femmes qui faisaient partie de la communauté de Corinthe étaient complètement étrangers à une vision religieuse telle qu'elle était enracinée dans la tradition juive, et no­tamment ce fait qui, pour les juifs, était spontanément structurant : le fait que l'adhésion à une religion, se fait dans le cadre d'un peuple, dans le cadre d'une communauté, le peuple de Dieu, le peuple d'Israël.

       Quand Pierre ou Paul annoncent le salut à Israël, ils pensent explicitement en ces termes "que la maison d'Israël le sache", mais Corinthe, dans une ville où "chacun roulait pour soi", une telle approche de la foi communautaire ecclésiale n'avait pas grand sens. Et par conséquent la prédication de Paul s'est heurtée à une donnée très moderne, un individualisme forcené dans la population. Corinthe, c'était la ville où il fallait réussir sa carrière, dans la prostitution ou dans la haute finance, mais le projet était le même.

       Aussi, lorsque Paul annonce l'évangile aux Corinthiens, ceux-ci comprennent tout de suite les choses en termes de promotion individuelle Pour les Corinthiens, recevoir l'annonce de l'évangile, c'est recevoir un "plus" du point de vue du standing religieux. Jusque-là ils s'étaient contentés d'une religion grecque dont il faut dire qu'elle était assez sommaire et parfois un peu "brute de décoffrage", et, tout à coup, ils se retrouvaient devant une réalité religieuse avec des Écritures, avec l'annonce de l'évangile qui leur proclamait le sens ultime du mystère de la relation entre Dieu et les hommes. "Ça les excite au maximum", car ils s'imaginent tout savoir et pouvoir dire n'importe quoi, avec l'idée qu'on peut avancer et progresser chacun pour soi dans la connaissance de l'évangile. Et donc, toute la communauté de Corinthe est mise en ébullition par le fait de se dire : "Pour moi, j'ai compris telle ou telle chose".

       Par ailleurs, à Corinthe il y a beaucoup de passages, et donc après le passage de Paul, c'est au tour d'un célèbre converti qui s'appelait Apollos d'y passer quelque temps, il semble même que Céphas-Pierre y soit passé. Par conséquent, certains disent : "Moi, je suis pour la doctrine de Paul ", d'autres disent : "Et moi pour Apollos" et encore : "Et moi pour Céphas ", etc … Et le résultat au bout de quelques mois, c'est un échec flagrant parce que, sur la base d'ailleurs de certaines données de la religion païenne de l'époque, de type extatique rassurez-vous, on ne fumait pas encore d'herbe à l'époque, la communauté avait perdu son unité et avait abouti à la constitution de groupes d'enthousiastes. Il faut ici prendre le terme en son sens littéral : "être pris dans son cœur, dans ses entrailles affectives par la possession divine". Et donc on avait dans la communauté de Corinthe des gens qui se disaient prophètes, d'autres qui parlaient des langues incompréhensibles, mais qui prétendaient ainsi révéler des mystères connus d'eux seuls, d'autres qui se prétendaient enseignants, docteurs etc. Et le résultat, c'était une communauté chrétienne à feu et à sang, déchirée par un individualisme religieux assez proche d'ailleurs, reconnaissons-le, de ce que représentent aujourd'hui certaines catégories de compréhension religieuse chez certains chrétiens de notre génération.

       Aujourd'hui, en effet, il y a beaucoup de gens que l'on pourrait identifier aux enthousiastes de Corinthe. L'Église est selon eux un grand service public de connaissances religieuses où chacun vient picorer ce qui lui plaît, les sermons à Saint Jean de Malte, par exemple Mais l'idée est la même c'est pourquoi je dis que Corinthe est si moderne. On avait l'impression que l'annonce de l'évangile était une sorte de nouvelle chaîne commerciale de connaissances religieuses à succursales multiples. Et c'était à celui qui irait acheter les meilleurs produits au meilleur prix.

       Et Paul qui a quitté la petite communauté de Corinthe suit les affaires depuis Ephèse, à trois cents kilomètres de là, et contrairement aux préjugés qu'on a concernant les moyens de communication dans l'antiquité, les nouvelles vont très vite d'un bord à l'autre de la mer Egée. Et donc on arrive très vite à rester en contact, car la traversée de Corinthe à Ephèse prend deux ou trois jours, trois jours maximum, donc on peut avoir des nouvelles fraîches, immédiatement, dans la semaine. Et c'est le contexte de cette correspondance soutenue dont on a sans doute perdu quelques lettres, entre Paul et les Corinthiens. Or, il est très intéressant d'étudier la manière dont Paul va essayer de redresser la barre. Il voit très bien ce qui part à vau l'eau. Et dans le texte que nous venons de lire, nous voyons qu'il part d'une réflexion d'ordre général qui peut nous aider beaucoup nous-mêmes aujourd'hui à mieux saisir le mystère de l'Église.

       Paul explique en fait la chose suivante : "Le corps est un tout en ayant plusieurs membres, et tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu'un seul corps". Voilà une approche qui nous est vraiment familière, ce qu'on appelle une conception organiciste des choses. Tout aujourd'hui est organisé, le symbole de la société moderne, c'est l'entreprise, c'est-à-dire la petite ou la grande unité de production dans laquelle les individus sont coordonnés dans leur activité de façon organique pour que chacun soude tel boulon ou conçoive tel modèle de phares pour la voiture. Et c'est précisément la communauté organique de tous ceux qui s'attachent à la production du même produit qui constitue formellement l'entreprise. Paul dit aux Corinthiens : "Vous êtes divisés, vous êtes plusieurs. Est-ce que je vais vous contraindre par une activité disciplinaire à porter tous le même costume, à avoir tous la même coupe de cheveux et à défiler au pas cadencé ?" Paul se refuse à envisager un tel procédé. Il prend le contre-pied, il prend en compte et accentue la pluralité que le monde faisait comme ça, et l'on avait toujours fait comme ça, et l'on entendait la messe en latin partout, on n'y comprenait rien, mais c'était bien mieux, parce que c'était partout la même chose.

       Il y a beaucoup de chrétiens aujourd'hui encore qui ne veulent pas prendre en compte cette pluralité fondamentale de la communauté ou des communautés chrétiennes. Or les anciens savaient d'ins­inct que la pluralité fondamentale est nécessaire pour faire le corps, pour faire la cité, et donc aussi pour faire l'Église. Aussi la première chose que Paul dit à ces chrétiens, et la première chose qu'il nous dit à nous aujourd'hui pourrait se résumer ainsi : "Est-ce que vous acceptez la pluralité ?" Je ne dis pas le pluralisme parce que les suffixes en isme donnent toujours une petite connotation idéologique à des choses qui ne sont que des états de fait. Mais je dis bien la pluralité : "je suis celui-là et tu es celle-là". Et c'est un fait que, dans la cité ou dans l'Église, nous avons à vivre ensemble dans et par cette pluralité. Et vouloir d'une manière ou d'une autre la nier, c'est se perdre immédiatement soi-même et perdre l'autre.

       Une philosophe contemporaine a écrit ceci (je cite de mémoire) : "La faiblesse de la philosophie (elle pensait aussi à la théologie) c'est de parler de l'homme, avec un H majuscule, la force d'un vrai discours politique, c'est de parler des hommes". Et je crois aussi qu'une vraie théologie devrait parler des hommes, et non pas de l'homme. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu'il faut prendre en compte l'organicité et la diversité du corps.

        Quand on parle aujourd'hui de l'individualisme, quand aux reproche aux gens sont d'être trop individualistes, d'une certaine manière on a raison. Mais l'individualisme est à double tranchant : ou bien c'est la prise en compte que je suis "moi" et que je vis dans ma bulle et par conséquent que je n'ai pas à m'occuper des autres. Dans cette perspective, la pluralité n'est pas un problème. Ou bien je me dis : "Je suis différent, et cela veut dire quelque chose pour les autres, pour la cité ou pour l'Église". A ce moment-là, les choses prennent une autre tournure. La différence est nécessaire à la bonne santé de la vie politique et la différence est nécessaire à la vie des communautés ecclésiales. Vouloir nier la différence, c'est vouloir s'abolir dans le néant, car il n'y a que le néant qui est parfaitement indifférencié.

       Voilà donc le premier point. Donc prenons acte, nous sommes plusieurs, nous sommes une pluralité, mais ensuite c'est ici qu'est posée une affirmation qui était déjà reconnue par les sages de l'Antiquité et que Paul reprend à son compte pour la foi : "Tout en ayant plusieurs membres, tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu'un seul corps". Voilà l'étonnant : qu'en dépit de la pluralité de ce que nous sommes, nous puissions former aujourd'hui une communauté. Et vous comprenez bien ce que je veux dire. Les Églises sont les derniers lieux aujourd'hui où l'on arrive à former un seul corps alors qu'il n'y a pas communauté d'intérêts de quartier, ni communauté d'intérêts financiers, ni communauté d'intérêts affectifs ou économiques. La communauté chrétienne est encore un des lieux où des gens qui ont des préoccupations tout à fait différentes arrivent à se retrouver les uns à côté des autres C'est pour ça qu'il est si important de se donner le baiser de paix ou le signe de la paix, parce que, même si on ne se connaît pas, c'est précisément l'affirmation de la reconnaissance de la pluralité de l'autre : on ne sait peut-être pas qui il est, mais on lui donne la paix pour manifester l'unité du corps comme une donnée fondamentale de notre vie dans l'Église. Et dans les cités anciennes, c'est cette acceptation de la pluralité complémentaire de tous les membres qui les a fait vivre. La cité ancienne, c'est l'invention de la démocratie, c'est la reconnaissance de l'unité dans la pluralité.

       Mais, et c'est là le dernier aspect de ce que dit Paul, aspect pour nous capital, il s'agit de savoir comment, si nous sommes une pluralité, nous devenons un seul corps, et par qui nous sommes corps. Paul précise : "Ainsi en est-il du Christ". C'est bien là la nouveauté de l'Église qu'il dévoile aux Corinthiens. En réalité dans tous les discours anciens sur l'organicité du corps et la cohésion des sociétés anciennes, on défendait ou l'on promouvait la pluralité parce qu'on disait : "La pluralité implique complémentarité, le cordonnier rend service au charcutier, et le charcutier au cordonnier et tous les deux rendent service au fabricant de bateaux, etc. ". Et donc comme aujourd'hui d'ailleurs, on conçoit généralement la pluralité comme une complémentarité, grosso modo, une intuition prémonitoire de ce que Monsieur Taylor a préconisé pour la fabrication des voitures : la division du travail.

       Mais Paul nous dit autre chose : "Attention ! dans l'Église, ce n'est pas la division du travail". Nous sommes plusieurs dans l'Église non pas pour construire l'Église comme une entreprise dans laquelle la cohésion reposerait sur la complémentarité et la meilleure efficience des membres parce que chacun donne le meilleur de lui-même, sinon il faudrait nous intituler International Church Company, à responsabilité :limitée et à bénéfices illimités, puisqu'il s'agit du paradis. Paul précise : "Ainsi en va-t-il du Christ, car vous êtes le corps du Christ". Autrement dit, et c'est ce qui change tout pour l'Église, il affirme ceci : "Si vous croyez que l'unité résulte simplement de tous les efforts de la pluralité et de la complémentarité de ce que chacun fait, vous avez une idée de l'Église si approximative qu'elle finirait par être fausse et dévoyée". Or, il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui voudraient réduire l'Église à une immense entreprise spirituelle. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire qu'on la réduit à un pur niveau fonctionnel, comme on dit aujourd'hui, "pour que ça marche". On ne saurait pas bien où ça va, mais il faut que ça marche. Paul explique ici une réalité beaucoup plus simple, beaucoup plus profonde: "Vous êtes corps, mais comment êtes-vous corps du Christ ?" Il fait intervenir une autre dimension que celle de la fonctionnalité pure.

       Qu'est-ce que le corps, sinon la manifestation de moi-même, car tout ce que je suis, je ne peux le manifester qu'à travers mon corps. C'est vrai, même si je veux exprimer les plus hautes pensées, je suis très heureux d'avoir une main pour tenir une plume, et les autres sont très heureux d'avoir des yeux pour lire les mots et comprendre ce que je veux leur dire. Autrement dit, puisque nous sommes tous des platoniciens impénitents, on a beau tenir le corps au second ou au troisième rang de notre échelle des valeurs, en fait, que nous le voulions ou non, tout ce que nous faisons, tout ce que nous pensons passe par notre corps. Et si on vous retire quelques neurones du cerveau, vous verrez immédiatement ce que ça va vraiment beaucoup moins bien. Par conséquent Paul dit : "Vous êtes le corps du Christ" pour nous inviter à ne pas en rester au pur niveau fonctionnel, mais à comprendre que nous sommes ensemble le corps, c'est-à-dire le moyen de signifier le Christ, le moyen de dire le Christ, le moyen que le Christ a choisi pour se dire au monde.

       Et c'est le point de départ de la théologie du corps du Christ. Ce n'est pas une théologie de la meilleure rentabilité dans l'efficience spirituelle, c'est une théologie de l'Église qui est, comme l'a formulé Vatican II, le sacrement de l'union des hommes avec Dieu. Nous sommes le corps, c'est-à-dire nous sommes les signes multiples divers, car on ne peut pas signifier par un seul signe. Dans notre langage il y a une pluralité de mots, et quand un langage est trop pauvre le français basique par exemple, cette pauvreté limite considérablement l'épanchement des sentiments et ça se termine toujours par bof !. Tandis que le problème fondamental de la construction du corps, c'est de fonder son organicité sur le fait que nous sommes tous signes du mystère du Christ. Et à ce moment-là, Paul peut dire aux Corinthiens : "Continuez vos manifestations charismes !" De temps en temps il devait trouver que les Corinthiens exagéraient, mais fondamentalement, si c'était pour la manifestation de la présence du Christ au milieu de l'Église et en vue de l'unité, alors à ce moment-là il ne pouvait pas désapprouver, il y reconnaissait et authentifiait comme apôtre le vrai visage de l'Église.

       Frères et sœurs, nous terminons aujourd'hui la semaine de l'Unité et vous savez qu'on va en réalité la prolonger pendant quelques semaines puisqu'il y a cette Expo-Bible qui est une manifestation oecuménique sur Aix, et puis il va y avoir l'école de la Parole tous les dimanches soirs pendant quelque temps. Il faudrait que nous puissions renouveler notre regard sur l'œcuménisme. La plupart du temps, vous savez, l'œcuménisme, on a envie de le régler comme à Corinthe : chacun n'a qu'à penser comme il veut, et puis on verra bien : l'unité sera au point d'orgue. Mais ce n'est pas ça, le véritable oecuménisme. Qu'est-ce qui est blessé dans l'unité ? Ce n'est pas d'abord le fait qu'on ne s'entend plus, car ce fait lui-même n'est qu'une conséquence : ce qui est blessé dans l'unité, c'est que nous ne manifestons plus le corps du Christ dans sa plénitude. Tel est le vrai problème de l'œcuménisme, il est de savoir comment nous pouvons signifier ensemble réellement dans une réelle diversité, l'unité du corps du Christ. C'est le fait d'admettre qu'à l'intérieur même de la pluralité qui est chargée de péché, le péché contre l'unité, il est possible de voir encore un minimum vital de signification du corps du Christ.

       Et c'est pourquoi le concile Vatican II s'est permis de dire au sujet de l'unité des chrétiens une formule qui peut-être vous étonnera un peu, mais en tout cas, c'est écrit noir sur blanc : les Églises qui ne sont pas l'Église catholique sont excusez-moi de citer le latin, ça fait pédant, mais c'est pratiquement intraduisible en "communio non plena", en "communion non pleine" avec l'Église catholique. C'est la formule qu'on a trouvée. Qu'est-ce que ça veut dire : "communio non plena" ? Ça veut dire qu'il reste quand même de la communion, il reste quand même cette possibilité à tous et à toutes les Églises de manifester quelque chose du corps du Christ par l'unité du baptême. Il faudrait que pour chacun d'entre nous, ce que le Concile a proclamé nous réveille un peu dans notre souci de manifester cette unité et cette communion qui n'est pas le résultat de notre fabrication, mais le don du Christ à son Église pour qu'elle soit vraiment son corps.

       AMEN

 

 

 
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